Akhannouch lance la refondation du RNI, objectif 2021
TANGER. “On va réorganiser le parti. Je veux du travail et du sérieux“. Aziz Akhannouch a été on ne peut plus clair au lancement, à Tanger, de sa tournée des 12 régions du pays qui durera moins de deux mois.
Conséquence du fort recul du Rassemblement national des indépendants (RNI) aux élections législatives du 7 octobre dernier, Aziz Akhannouch est appelé à conduire le big-bang du parti. Une page se tourne ainsi pour le RNI fondé en 1977 par Ahmed Osman, beau-frère de feu Hassan II. Le RNI aura durant 40 ans aidé à surmonter les crises politiques et à jouer les "raccords" lorsque l’Istiqlal ou l’USFP se montraient moins conciliants avec la stratégie politique du palais royal. Désormais, il s’agit d’être plus compétitif et plus autonome tant vis-à-vis du palais que du PAM ou du PJD.
Le RNI, qui a perdu près de 20 sièges à la Chambre des représentants entre 2011 et 2016 et rapidement changé de chef dans la foulée de l’échec du 7 octobre, tourne une page. La période 1977-2016 devrait désormais constituer un livre à part. En 2021, si le calendrier électoral est respecté, le Maroc connaîtra des élections législatives, communales et régionales.
12 escales régionales en six semaines
A Tanger, ce dimanche 27 novembre, Aziz Akhannouch, mais aussi Rachid Talbi Alami, unique député rescapé du RNI sur l’ensemble de la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima, ont aligné les principes de travail du RNI pour les mois à venir.
Rachid Talbi Alami: "On ne peut pas parler de parti ou d’organisation", assène-t-il. Si on peut dire ça d’un parti qui a occupé les ministères des Finances, de l’Industrie et du Commerce ou les Affaires étrangères depuis 2013, c’est que l’on pourra tout dire ce dimanche matin à Tanger.
M. Talbi Alami poursuit: "On ne se réunit qu’à la veille des élections. Il faut de la démocratie, du débat, des échanges pour avancer. Nous avons un rôle dans les institutions, dans le gouvernement, mais nous ne sommes qu’un petit groupe de personnes à en profiter. Agharass, Agharass – le "sérieux" en tamazight – c’est d’abord l’autocritique». Avant la chute du mur de Berlin en 1989, on aurait pensé assister à une séance de confession d’apparatchiks communistes jugés par leurs pairs.
“On veut être un grand parti, mais on n’ouvre pas les portes“
Les militants présents dans la salle ne sont pas en reste: "Sortons maintenant n’importe où à Tanger, à Tétouan et à Al Hoceima, lance Yassine de M'diq, et on ne trouvera pas un seul local du RNI ouvert, qui reçoit les citoyens, qui les écoute". "On veut être un grand parti, mais on n’ouvre pas les portes". La salle applaudit. Les échanges sont fermes, francs et courtois. Camélia de Tétouan parle de militants complices de l’échec par leur silence".
Akhannouch a l’avantage de la nouveauté, de ses résultats à l’agriculture et dans ses affaires, et de la confiance royale. Il prend la parole pour annoncer le planning: "La réunion de Tanger est la première. La dernière aura lieu à Agadir dans le Souss dans six semaines. Dans six semaines, nous aurons fait la synthèse de nos réunions dans les 12 régions et nous rendrons publique notre feuille de route. Nous sommes venus écouter, pas parler".
"Nos résultats électoraux récents sont à discuter et à évaluer. Je constate que dans cette région, il y a 2,2 millions d’électeurs potentiels et que 1,5 million de citoyens ne sont pas allés voter". Traduction partielle : même si on ne prend aucun électeur au PJD ou au PAM, il reste un vaste bassin d’électeurs pour devenir la première force politique régionale si nous le souhaitons.
Akhannouch: “Nous aurons un parti différent“
Akhannouch sait qu’en face du RNI au Nord, il a le PJD dans les villes, et le PAM dans les campagnes et accessoirement à Al Hoceima. Akhannouch a été appelé à la rescousse du RNI et du camp libéral, car le PAM n’a pas réussi à détrôner le PJD. Et parce le RNI, malgré son bon bilan aux finances, à l’économie et aux affaires étrangères, n’a tout simplement pas envoyé de candidats légitimes pour défendre ce bilan. Ni Boussaid, ni Moulay Hafid Elalamy ni Mezouar ni… Akhannouch n’étaient candidats aux dernières élections législatives. Akhannouch sait que cette manière de faire de la politique est révolue.
“La politique c’est le citoyen“, clame-t-il. "On ne récoltera que ce qu’on sèmera“. “On va réorganiser le parti“, lance-t-il dans le micro au cas où un membre du RNI n’aurait pas encore compris le sens de la réunion de Tanger ce dimanche. “Je veux du travail et du sérieux“, poursuit-il. “Si nous entrons au gouvernement et que nous avons des ministres, ces ministres devront aussi être capables de consacrer leurs samedis et dimanches aux affaires de leur circonscription et de leurs compatriotes, sinon je n’en veux pas“.
“Quand on finira notre tournée, le parti aura un autre mode d’organisation, un programme et des ambitions bien définis“. A Médias24 qui l’interroge sur le résultat final attendu de ces consultations, Akhannouch glisse: “Nous aurons un parti différent“. En 2021, il y aura des législatives, mais également des élections municipales et régionales. De quoi aiguiser ambitions, appétits et imaginations.