Chafik Amine Hachem: Voici pourquoi nous refusons d'autoriser une nouvelle décharge à Médiouna
ENTRETIEN. Si vous habitez à Casablanca, l’une des zones proches de la décharge de Médiouna, lisez cet article et mettez-vous à la place des habitants de la commune de Mejjatia. Le conseil élu de cette commune refuse d’accorder à la Ville de Casablanca l’autorisation d’ouvrir une seconde décharge, censée remplacer la décharge actuelle selon les standards respectueux de l’environnement.
Réuni en session extraordinaire le 16 novembre, le Conseil de la ville de Casablanca a constaté l’impasse et… décidé de maintenir ouverte l’actuelle décharge (nauséabonde et nuisible à l’environnement et à la santé). En principe pour six mois. Une période au cours de laquelle le conseil espère régler le problème.
Médias24 a interrogé le président de la commune de Mejjatia, Chafik Amine Hachem. Il ne mâche pas ses mots.
Médias24: Pourquoi refusez-vous d’accorder l’autorisation à la Ville de Casablanca?
Chafik Amine Hachem: Les problèmes provoqués par l’actuelle décharge sont toujours en suspens. Le Conseil de la ville de Casablanca ne nous contacte même pas. Il nous ignore complètement. Comment voulez-vous qu’on lui accorde l’autorisation de créer une nouvelle décharge sur le territoire de notre commune!
Les choses se passent comme si on avait décidé de noyer notre commune avec les déchets de la ville de Casablanca, sans aucun égard pour les habitants de la ville qui souffrent sur tous les plans, santé, hygiène, économie, à cause de l’actuelle décharge. Par exemple, lorsqu’il pleut, le lixiviat coule jusqu’à envahir les maisons.
La Ville de Casablanca ne peut pas rechercher des solutions pour elle au détriment d’une partie de la population. Les habitants de Mejjatia ne sont pas des demi-citoyens.
- A quand remonte la dernière réunion des parties concernées par ce dossier?
-Je n’en sais rien. Nous sommes censés faire partie, mais nous n’avons jamais été invités à nous réunir, ni par l’Intérieur, ni par la Ville. Nous ne sommes même pas invités aux sessions du conseil consacrées à la décharge alors que nous, de notre côté, invitons la Ville à nos réunions.
-Mais la Ville veut créer une décharge contrôlée, ce sera la solution à vos problèmes…
-Ce ne sont que des paroles. Ce n’est pas une initiative réelle, concrète, sérieuse. Le Conseil de la ville est incapable de réaliser des projets complexes ou sophistiqués, et ce, depuis une année. Il fait des promesses, mais il n’y a jamais rien de concret.
-Il y a un accord en vertu duquel votre commune doit être indemnisée en raison de la situation de l’actuelle décharge…
-Nous n’avons jamais reçu un dirham de la Ville de Casa. Nous sommes une commune pauvre qui souffre de problèmes énormes qui dépassent à la fois nos capacités financières et administratives. En plus de la plus grande décharge du Maroc, nous accueillons le plus grand cimetière, sans compter de nombreux programmes de recasement de bidonvilles.
-Quelles sont vos conditions pour autoriser la nouvelle décharge?
-Nous savons pertinemment qu’il s’agit d’un intérêt supérieur du pays. Malheureusement, dans les circonstances actuelles, nous ne pouvons pas autoriser cette décharge.
Nous voulons une solution équitable, qui tienne compte des intérêts légitimes de la population de Mejjatia et préserve leur dignité au lieu de détruire leurs rêves de respirer un jour un air pur.
La population riveraine doit être consultée et les accords d’indemnisation financière doivent être respectés.