Saïd Mouline: “La transition énergétique est le vrai enjeu de la COP22”
Présent lors de la 2e journée de la COP22, le directeur général de l’AMEE (AQmarocaine d’efficacité énergétique) est revenu sur sa mission pour concrétiser l’Accord de Paris, qui engage 196 Etats. Pour la partie marocaine, le mot d’ordre est la mutation énergétique et les économies d’énergie.
Lors d’une conférence ce mardi 8 novembre, la réduction des émissions de CO2 à laquelle se sont engagés les pays du Nord et Sud a été au centre de l’intervention du DG de l’AMEE.
Saïd Mouline a martelé que l’ambitieux objectif de baisser de 2 degrés la température, passera par la transition énergétique, qui repose sur les énergies renouvelables et sur l’efficacité énergétique.
«Le développement des énergies renouvelables est du ressort de MASEN, qui s’occupe de la mutation. De notre côté, l’efficacité énergétique n’aboutira pas sans politique dédiée, réglementations juridiques, accompagnements technico-financiers, sans sensibilisation et formation. La COP22 est donc l’occasion de lancer une campagne de sensibilisation nationale et continentale pour promouvoir cette efficacité», détaille le directeur général.
Au-delà des bénéfices économiques et environnementaux pour le Maroc, la COP22 doit aussi permettre à l’Afrique de relever des gros défis, sachant que 600 millions d’Africains n’ont pas accès à l'électricité.
«Face aux inégalités de consommation dans le Sud et au gaspillage des pays du Nord, la répartition énergétique doit devenir une priorité, sachant que l’efficacité a toujours été le parent pauvre des COP. Depuis la lettre royale de 2009, le Maroc a fait le choix de la transition et de l’efficacité énergétique, avec des objectifs chiffrés (50% d’énergies renouvelables et 20% d’efficacité énergétique d’ici 2030).»
Dans l’actualité de la COP22, le Royaume est donc précurseur, selon le DG, par ses initiatives en matière d’économies de consommation énergétique visibles et duplicables à l’international.
L ’AMEE prépare un contrat programme avec les ministères de l’Energie, de l’eau et de l’environnement, pour accompagner les secteurs énergivores concernés par l’efficacité énergétique.
Selon Mouline, l’efficacité n’est pas un programme de développement de centrales solaires ou de parcs éoliens, mais une politique d’économies d’énergies dans des secteurs comme l’industrie, le transport, le bâtiment, l’agriculture, l’éclairage public …
Pour cela, une stratégie a été développée, avec des mesures d’accompagnement et réglementaires, pour inciter les entreprises et in fine les particuliers à adopter des mesures d’efficacité.
«Nous avons lancé un programme avec le ministère des Habous, destiné au début à 100 mosquées. Même s’il y a plus énergivore, il n’y a pas de petites économies, car elles (les mosquées) sont 50.000 au Maroc. A terme, cela permettra surtout de sensibiliser les fidèles qui se rendent dans ces lieux de culte. Le meilleur exemple en matière d'économie et de diminution de la pollution concerne le secteur du transport en commun. Le ministère de l'Intérieur a alloué une enveloppe pour remplacer les vieux taxis qui consommaient 13 litres de diesel (aux 100 km) contre 5 litres actuellement. Faites le calcul pour les 80.000 taxis concernés".
Il faut savoir que 1% d’efficacité énergétique représente 600 millions de DH d’économies réalisées sur notre facture énergétique. En remplaçant des chauffe-eau électriques par des panneaux solaires ou des ampoules normales par des LED, on peut aller très loin. Idem pour les agriculteurs, que l’on accompagne pour remplacer leurs pompes à diesel par des moteurs fonctionnant à l’énergie solaire.»
En incitant les secteurs énergivores (publics et privés) à s’inscrire dans ce type de consommation, l’objectif est de convaincre l’ensemble des Marocains d’adopter de nouveaux comportements en matière d’économie d’énergie.
Quelques jours après l’entrée en vigueur de l’Accord de Paris, l’ambitieux programme porté par l’AMEE (ex-ADEREE, agence pour le développement des énergies renouvelables et l’efficacité énergétique), pourra permettre de réduire les émissions de gaz à effet de serre, mais aussi rendre l’énergie plus accessible à des catégories défavorisées.
«Les Etats membres de la COP négocient, mais de notre côté, nous faisons des propositions pratiques, qui auront un effet de levier avec un impact concret», a conclu Saïd Mouline