Hystérie collective contre Elquamch, accusé à tort d'avoir offensé le Prophète
L’hystérie semble s’être emparée de certains milieux extrémistes. L’objet de cette ire est un essayiste, Abdelkrim Elquamch, accusé à tort d’avoir insulté le Prophète de l’Islam.
En réalité, c’est tout le contraire. Elquamch a écrit un article dans le quotidien “Akher Saâ“ [édition du mercredi 19 octobre] où il demande d’expurger les recueils de hadiths, particulièrement celui de Boukhari, de propos qui sont selon lui manifestement inventés par des sources qui se sont perdues dans la nuit des temps.
Le recueil de Boukhari a en effet été publié 2,5 siècles après la mort du Prophète.
Pour Elquamch, plusieurs hadiths dressent du Prophète une image peu avenante pour ne pas dire négative, qui ne correspond ni ce qu’il a été ni à ce qui est décrit de lui dans le Coran.
Elquamch donne plusieurs exemples.
Il soulève ainsi, d’une manière qu’il veut didactique, un problème central: la place du hadith dans la Tradition et même comme source de charia; l’authentification des hadiths etc…
Cette question a fait l’objet de plusieurs travaux critiques dans plusieurs pays, en Orient et au Maghreb.
L’article d’Elquamch fait partie d’une rubrique intitulée les “Lumières“.
Dès la publication de l’article, un journal digital proche des milieux salafistes a publié une série d’articles affirmant que l’auteur a offensé le Prophète. Ce qui évidemment est complètement faux, mais dans le déchaînement qui va suivre, personne ne prendra la peine de lire les écrits incriminés.
Dans le même journal, les écrits se succèdent, aboutissant tous à une condamnation sans appel du supposé coupable. Des activistes comme Hassan Kettani, l’ex-détenu salafiste, prennent le relais. Ce dernier diffuse deux vidéos qui décrètent qu’Elquamch est un apostat, un mécréant, un ennemi de Dieu. Une condamnation à mort.
Au moins un prêche du vendredi en a fait de même, comme nous l’avons-nous-mêmes constaté.
Facebook lui-même a bloqué le profil d’Elquamch, suite à un signalement. Les réseaux sociaux ont pris d’ailleurs la relève et on voit cet auteur vilipendé, apostasié, insulté. Des appels à l’organisation d’une manifestation “millionnaire“ (avec au moins un million de participants) sont lancés, pour défendre le Prophète.
Dimanche 23 octobre et après avoir reçu des menaces téléphoniques, il s’est rendu dans un commissariat de la ville où il habite et a déposé plainte contre le journal qui a déclenché cette fausse affaire. C'est lui-même qui nous l'a confirmé, tout en réaffirmant qu'il est prêt à toute confrontation indépendante, rationnelle et sans préjugés et que son article était destiné exclusivement à défendre le Prophète.
On attend la suite.