Polémique sur les fonds sociaux de la mairie de Rabat: les explications des protagonistes
La majorité PJD qui dirige le conseil communal de la capitale a transféré un budget social de 3 MDH à l’organisation de deux congrès internationaux. Lahcen Lamrani, vice-maire PJD de Rabat et l’élu FGD Omar Balafrej apportent chacun ses explications sur une affaire qui les a opposés à la mairie.
Mardi 11 octobre, le conseil communal de Rabat, dirigé par le maire PJD Mohamed Sadiqui, a voté le transfert de 2 MDH sur un budget de 3 MDH destiné initialement à l’action sociale, vers l’organisation de deux congrès (fac-similé ci-dessous).
Malgré l’opposition des élus FGD, cette somme attribuée mais non dépensée au titre de l’exercice 2016 a été réaffectée au financement de l’organisation de deux congrès qui se tiendront en novembre prochain à Rabat. Il s’agit du congrès international des villes côtières et du congrès international des capitales islamiques.
Balafrej: "c'est scandaleux"
Joint par Médias24, Omar Balafrej, élu FGD à la commune de Rabat, affirme que des transferts budgétaires peuvent s’imposer en cours d’exercice comptable, mais qu’il est injuste de supprimer des budgets d’action sociale pour les attribuer à des événements festifs ou de prestige.
Il rappelle que les deux associations qui devaient bénéficier des subventions de la mairie agissent pour aider les personnes âgées et les enfants en situation difficile (orphelins, enfants des rues …).

«Il est scandaleux d’effectuer ces coupes budgétaires pour des congrès qui peuvent être financés par des sponsors. Le maire a expliqué qu’il avait retiré l’argent aux associations, car elles ne s’étaient pas conformées aux obligations de transparence que la FGD a instituées. Soit, mais pourquoi attribuer cet argent à un secteur qui n’a rien à voir avec le social? A trois mois de la fin de l’année, n’y a-t-il plus de pauvres à Rabat que le conseil peut soutenir par le biais d’associations?», s’insurge Balafrej en regrettant la décision définitive prise par les élus PJD qui ont voté «comme un seul homme».
Les élus FGD de Rabat affirment défendre une bonne gouvernance, ainsi que l'importance de la culture et du social dans la ville.
Les explications du vice-maire
Interrogé à son tour, le vice-maire, Lahcen Lamrani, explique le transfert budgétaire par des raisons procédurales et par le manque de transparence des associations qui devaient recevoir les fonds.
«Les conventions signées début 2015 par nos prédécesseurs avec les associations engageaient ces dernières à la reddition de comptes, par la transmission de rapports financiers. Malgré nos courriers de rappel, elles n’ont pas respecté leurs engagements et n’ont donc plus bénéficié de subventions».
«On nous reproche de ne pas octroyer directement aux démunis les fonds retirés aux associations mais c’est impossible, car la procédure instaurée en février 2016 impose le lancement d’un appel à projets qui nécessité au moins trois mois pour aboutir (préparation des projets, examen et sélection).
Selon lui, le délai étant trop court pour réaffecter à de nouvelles associations les 3 MDH non dépensés, le conseil a préféré transférer 2 MDH du budget global (8 MDH) au financement de deux congrès.
«Si nous avions lancé l’appel à projet pendant la campagne législative, on nous aurait accusé de visées électoralistes. Pour financer ces deux congrès qui réclament un budget de 20 MDH, il y a eu des coupes dans plusieurs budgets de la mairie et pas que dans celui de l’action sociale. Au final, nous avons récolté 5 MDH dont nous avons décidé de reverser 3,3 MDH aux congrès. Le reste de leur financement sera assuré par le ministère de l’intérieur et le sponsoring du secteur privé,» ajoute t-il.
A ceux qui accusent sa majorité de réaffecter à des congrès, des fonds destinés aux nécessiteux, Lamrani répond que la tenue en novembre des deux événements à Rabat est aussi importante que l’action sociale car elle aura une portée politique et médiatique bénéfiques à l’image du Maroc.
«Il n’y a pas lieu de polémiquer car nous avons déjà distribué 5 MDH aux associations qui ont honoré leurs engagements et pour 2017, nous avons prévu un budget social de 4 MDH, sans compter les subventions pour les associations non inscrites dans cette ligne budgétaire», conclut-il.
Chaque lecteur se fera sa propre opinion.