Abdelilah Benkirane: les élections, les tractations, le référentiel islamique...
Le Conseil national du PJD s'est réuni au sujet de la désignation des futurs membres PJD du gouvernement. Une commssion d'une cinquantaine de membres a été constituée.
Lorsqu’un homme politique s’exprime, il dit rarement toute la vérité. Soit il livre une partie de la vérité, soit il livre sa propre vérité.
De surcroît, on ne devine pas facilement à qui s’adresse le message. Parfois à ses détracteurs, parfois à son public, parfois à ses sympathisants ou à son électorat….
Le discours prononcé par Abdelilah Benkirane samedi 22 octobre à l’ouverture du Conseil national du PJD est difficile à décrypter. Pourquoi le secrétaire général a-t-il consacré autant de temps à relativiser le lien entre son parti et le référentiel religieux? S’agissait-il d’une réponse aux critiques de plus en plus nombreuses à ce sujet? Ou d’un virage qu’il veut faire prendre au parti? S’agit–il d’une réponse politique ou d’une réponse sincère? On jugera sur les actes. Par exemple, si le PJD coupe ses liens avec le MUR (Mouvement de l’Unicité et de la Réforme, matrice idéologique, mouvement de prédication et réservoir de militants du PJD) dont l’ancien président Hamdaoui a été élu à Larache sur les listes du PJD.
Pour préparer ce qu’il va dire, il commence par un “Nous réaffirmons notre attachement inconditionnel au référentiel islamique“.
Ensuite: "nous n’avons pas à contrôler la société. Sur le champ religieux, la décision revient à Sa Majesté. Nous, nous faisons de la politique et nous considérons le référentiel islamique comme une grille de valeurs, celle de l’honnêteté, des mains propres, de la proximité avec les citoyens, du respect de la vie privée des gens. Ceux qui ne partagent pas le référentiel islamique, mais qui partagent ces valeurs sont les bienvenus au sein du parti".
En politique, "on ne vérifie ni vos ablutions ni vos prières, mais on vérifie votre honnêteté", a ajouté Benkirane.
[Précisément, si l’on considère que l’honnêteté et les valeurs sont indispensables en politique, le référentiel religieux n’est-il pas un label d’honnêteté, un préjugé favorable, un marchepied vers la politique? Et donc, n'est-il pas utilisé dans un objectif politique?]
Concernant la compétition politique proprement dite et les dernières législatives, Benkirane considère que le Maroc est un pays apaisé et stable après ces élections. La confiance a été selon lui renforcée par le résultat des élections et la décision rapide du Roi Mohammed VI de le désigner pour former le nouveau gouvernement.
En matière de chiffres, Benkirane annonce que la direction de son parti a reçu une quarantaine de contestations concernant le déroulement des élections et qu’il a demandé de ne garder que les dossiers consistants. Il revendique entre 1,8 million et 2 millions de voix au total pour son parti. Là encore, il faudra attendre la publication des résultats détaillés pour savoir ce qu’il en est.
Benkirane a affirmé qu’il n’excluait pas que le PJD perde l’élection législative à cause du dossier des retraites, mais selon lui, un parti [l’UMT probablement] a fait baisser la tension et a aidé à faire passer le projet.
Lorsque Benkirane parle, Ilyas El Omari n’est jamais loin de ses pensées. Il invoque ce qu’il appelle le message de conciliation que Omari a envoyé. Il s’agit de cet article publié par El Omari et dans lequel il appelait à la réconciliation nationale.
“El Omari cite le Coran, c’est un progrès. Qu’il en lise davantage et ce sera encore mieux. Il ne suffit pas d’avoir un père fquih“. El Omari n’est jamais loin dans ses propos, mais la religion reste centrale.
Sur les tractations au sujet de la formation du gouvernement, Benkirane affirme ce qui suit:
-je rencontre Benabdellah presque tous les jours ;
-le PPS et l’Istiqlal ont donné leur accord.
-Pour d’autres partis, c’est “ni oui ni non“. Il ne les nomme pas. Par élimination, on pense à l’UC. Eventuellement à l’USFP et au MP.
-D’autres partis ne pourront pas entamer les discussions avant la fin de la semaine prochaine (RNI évidemment, à cause du congrès extraordinaire prévu le samedi 29 octobre). “Nous ne sommes pas obligés de les attendre en tout, nous pouvons commencer à avancer en les attendant.“
Sur les chantiers du gouvernement, Benkirane évoque l’enseignement, ensuite la Santé, la Justice, l’Emploi. Encore une fois, le tourisme est absent.