La réforme de la flexibilité des changes annoncée pour le second semestre 2017
On l'escomptait pour janvier 2017, elle ne commencera qu'au second semestre de l'année prochaine. La très attendue instauration d'une flexibilité des changes est retardée. C'est Abdellatif Jouahri qui l'annonce.
“Nous allons reporter au deuxième semestre 2017 le début de la mise en œuvre de cette flexibilité“, a annoncé Abdellatif Jouahri, wali de Bank Al-Maghrib. M. Jouahri s’exprimait mardi 27 septembre au cours d’un point de presse après la réunion trimestrielle du conseil de la Banque centrale.
“Nous avons déjà indiqué que l’instauration de ce régime nécessite des pré-requis. Nous avons également indiqué que nous allons opérer la transition progressivement, par étapes et que nous ne passerons à l’étape suivante qu’après avoir évalué l’étape précédente“, précise le gouverneur de la Banque centrale.
La Banque centrale, explique M. Jouahri, mènera “une campagne à la fois d’explication et de communication auprès des différents intervenants: le gouvernement à travers le ministère des Finances, le secteur bancaire, les opérateurs économiques, mais également auprès des journalistes et même de la société civile, afin d’expliquer ce qu’est ce tournant important, pourquoi on le fait et où on se dirige en l'instaurant“.
La flexibilité des changes a été peu à peu annoncée par différentes petites phrases, notamment dans la bouche de M. Jouahri ou des communications du FMI. En juillet 2015, le principe a été acté. Le FMI a accepté ensuite d’accompagner le Maroc, sur le plan technique, pour élaborer la feuille de route de cette transition vers un taux de changes flexible, et surtout pour le premier pas.
Dans le rapport qu’il a publié le 2 aout 2016, le FMI explique que le démarrage de la transition vers le taux de change flexible sera accompagné par un régime de ciblage de l’inflation. Il va sans dire qu’une inflation élevée pousse mécaniquement la monnaie vers la baisse.
“Le staff du FMI et les autorités marocaines conviennent que la situation actuelle est appropriée pour démarrer cette transition“, ajoute le FMI, ce que nous confirme une source marocaine de haut niveau.
Ce qu’il reste à définir dans les prochains mois, c’est la feuille de route, avec la stratégie d’intervention, la bande de fluctuation du taux de change et le taux d’inflation cible. Sur ce dernier point, la Banque centrale a donné une petite indication en prévoyant un taux de 1,2% en 2017, contre 1,6% prévus en 2016.
La flexibilité des changes est une transition vers un taux de change libre, fixé totalement par les lois de l’offre et de la demande. Elle se fait par l’instauration d’une bande de fluctuation au sein de laquelle le dirham va bouger librement, à la hausse ou à la baisse. Ce qui a été envisagé selon une dépêche de Reuters, c’est une fluctuation de plus ou moins 5% par rapport au taux officiel.
Le 22 septembre, dans le message qu'il a adressé aux gouverneurs des banques centrales arabes, réunis au Maroc, le Roi Mohammed VI écrivait: "Consacrant davantage ce choix d’ouverture et dans le but de renforcer la résilience de l’économie nationale aux chocs externes, le Maroc a décidé tout récemment d’entamer une transition graduelle vers un régime de change plus flexible, à même de consolider la compétitivité de son économie", ce qui a été interprété comme un feu vert officiel du Roi.
Pour le FMI comme pour la plus grande partie de la communauté financière du Maroc et du gouvernement, il semblait évident que le démarrage de la transition allait se faire le 1er janvier prochain. Une source de haut niveau estime que la fenêtre propice, c’est maintenant et qu’il ne fait pas prendre le risque d’un retournement de conjoncture, car il est plus facile d’entamer cette réforme dans les conditions favorables actuelles que sous une situation plus contraignante, comme l’a fait la Turquie.
C’est dire que la déclaration de M. Jouahri, reportant au second semestre 2017 le démarrage de cette réforme, a pris tout le monde de court.
“Nous avons fait un benchmark avec plusieurs pays et avons constaté que des pays ont achevé la transition vers la libéralisation des changes au bout de 8 à 10 ans; pour d’autres la transition a pris 15 ans, mais l’essentiel pour le Maroc c’est qu’il entame cette expérience dans un cadre où il n’est pas en crise, parce que pratiquement tous les autres pays ont opté pour ce changement au lendemain d’une crise de devises… Quant à nous, nous avons renforcé nos réserves de change et donc nous pouvons envisager le changement sereinement“, ajoute M. Jouahri.
La Banque centrale va tenir des réunions didactiques et de sensibilisation, puis créer un comité avec la CGEM. Avec le secteur bancaire, un comité a été créé et avec le ministère des Finances, co-responsable de cette réforme, une commission de coordination est en place.