Le Maroc a désormais 200 sites de production: salve d’investissements dans les métiers de l’automobile
Valéo, Alfagomma, Kansai, Delphi, Trèves, Viza, Relats, Mecaplast ou RG Fixations: “une semaine oui, une semaine, non“. Le Maroc a ajouté plus de 25 nouveaux sites industriels automobiles sur sa carte en une année à Tanger, Casablanca, Kénitra ou Meknès. Pour la seule année 2016, le total des engagements se monte au moins à 10 MMDH, selon l’AMICA.
Les industriels de la place de Tanger parlent de “salve“ et la presse européenne de "déluge". Le fait est que les équipementiers affluent en 2016 sur Tanger, Kénitra ou Casablanca. L’automobile représente désormais un chiffre d’affaires à l’export de 50 MMDH depuis 2015, avec un objectif de 100 MMDH en 2020.
Le Maroc compte désormais près de 200 sites de production du secteur automobile en 2016, contre 170 en 2015. Soit plus de 25 créations et extensions sur 52 semaines.
Dès cette année, le secteur automobile représente 30% des exportations marocaines, ce qui le place au premier rang. C’est la première source de revenus du pays, suivie de près par les phosphates, le tourisme et les transferts de MRE.
“Nous récoltons les fruits d’une stratégie“
Le Maroc veut produire un million de véhicules en 2020, contre 370.000 aujourd’hui à Renault Melloussa et à la Somaca. Peugeot-Citroën va rajouter 200.000 voitures à partir de 2019.
Pour le vice-président de l’Association marocaine pour l’industrie et la construction automobile (AMICA) Tajeddine Bennis, "nous commençons à récolter les fruits du lancement de la stratégie des écosystèmes; le traitement des structures de coût commence à donner des résultats".
Depuis le début de cette année,RG Fixations, Valéo, Linamar, Mecaplast, Relats, Asahi Glass, Kansai Paint, Alfagomma, Novaerum, Teknia,Viza, Cover Car, TE Connectivity, SIGIT, Standard Profil, Trèves, SNOP, ACOME, Faurécia, Simoldes, Yazaki, Linamar ou Delphi avec un plan pour sept (bien 7 !) unités figurent parmi les équipementiers internationaux qui ont confirmé de nouveaux investissements.
Delphi annonce sept unités d’un coup, Valéo veut 10 hectares!
Valéo prend ainsi huit hectares avec une option pour deux hectares supplémentaires à la Tanger Auto City (TAC) à Melloussa; le Canadien Linamar installe, la première unité de moteurs et transmissions marocaine pour servir dans un premier temps Peugeot-Citroën à Kénitra; Lear s’étend vers le siège auto intégralement fabriqué ici, sans un dirham importé et Renault a annoncé en avril lors d’une cérémonie présidée par le Roi Mohammed VI, 10 MMDH d’investissements pour doubler à 65% son intégration industrielle d’ici 2020.
L’espagnol Viza va fabriquer des armatures de sièges pour Renault et le japonais Kansai de la peinture pour les Dacia Sandero et autres Dokker fabriquées à Melloussa. A cette liste, il faut ajouter le projet chinois d’une unité industrielle pour autobus, sans compter Renault à nouveau, qui réfléchit en interne à la place du Maroc dans son schéma d’expansion de la voiture électrique!
De nouveaux métiers
Interrogé sur sa vision des années à venir, Tajeddine Bennis indique que "de 2016 à 2020, on est dans le schéma "des petits ronds" avec le développement de la sous-traitance, puis des équipementiers des rangs 2 et 3 pour améliorer la compétitivité des équipementiers de rang 1 et in fine, améliorer la compétitivité des constructeurs".
"On est entrés dans un cercle vertueux, car les équipementiers ont déjà un marché local consistant avec Renault et à venir avec Peugeot, sans compter les achats de Ford qui grimpent", souligne le vice-président de l’AMICA". "Cette situation a désormais deux répercussions importantes selon M. Bennis : cela incite les concurrents des opérateurs présents au Maroc à venir s’installer et amènera progressivement ce qui nous manque comme les usines de pneumatiques et de rétroviseurs".
Interrogé au sujet des contacts ou des "touches" avec de nouveaux investisseurs, Tajeddine Bennis, qui ne souhaite pas fournir de détails pour ne pas interférer avec des négociations en cours, lâche une phrase qui en dit long sur le chemin parcouru depuis 10 ans: «Il n’y a plus aucune raison pour que le métier de l’automobile dans toutes ses composantes ne se développe pas. Le marché est là, les facteurs de compétitivité sont là“.
Pour M. Bennis, "ce succès traduit sans conteste le bon fonctionnement de la cellule d’animation pilotée par l’AMICA et financée par le ministère de l’Industrie et l’efficace travail public-privé sur l’automobile au Maroc". Un site Internet marocain dédié aux zones industrielles et aux disponibilités est notamment en ligne depuis deux mois.
L’accélérateur Ford
Selon un industriel important de la place de Tanger, "cette accélération des investissements est l’effet indéniable de l’arrivée de Ford. Les gens de Ford ont été systématiques et rigoureux dans leur approche. Aujourd’hui, leur bureau de sourcing est une réalité et une référence. Ford devrait conclure 300 millions de dollars d’achats auprès des équipementiers automobiles installés au Maroc en 2016. Du coup, ce qui est intéressant à observer, précise mon interlocuteur, ce sont bien sûr les arrivées, mais également les extensions. Ces gens parient sur l’avenir et anticipent. Ils savent qu’ici, nous sommes sur une bonne tendance. Ces gens ne viennent pas pour une opération. Ils viennent sur la durée".
Deuxième élément selon notre industriel, "c’est l’élargissement du spectre de métiers; c’est bien que Valéo vienne, insiste-t-il, mais quand on parle de nouveaux métiers dans ce cas, on parle de HBack, une conception intégrée de système mécaniques ou électroniques. L’intérêt de l’unité de Valéo à la TAC de Melloussa [Valéo dispose d’une première unité à la Tanger Free Zone, NDLR] est qu’ils vont faire de nouveaux produits dans l’électronique auto, avec la fabrication de systèmes de contrôle et de régulation des températures, par exemple".
"Autre nouveauté: les professionnels qui viennent produire au Maroc voient au moins deux, voire trois marchés, pointe notre interlocuteur: le Maroc bien sûr avec Renault et Peugeot, mais aussi l’Espagne et la France. C’est pour cela que nous avons une salve d’investissements".