La Mecque: à la veille du pèlerinage, une marée humaine pour la grande prière
Près de 2 millions de fidèles affluaient ce 9 septembre vers La Mecque pour le grand pèlerinage annuel musulman, un an après une bousculade meurtrière qui alimente encore des tensions entre l'Arabie saoudite et l'Iran. Reportage.
A la veille du début du hajj samedi, la foule est devenue de plus en plus dense à La Mecque, où les autorités ont pris de nouvelles mesures pour empêcher une répétition de la tragédie de 2015, qui avait fait quelque 2.300 morts, dont plus de 450 Iraniens. Cette année, aucun pèlerin n'est attendu d'Iran.
"On ne vient pas ici avec la peur dans le cœur, on a la foi et on sait que c'est Dieu qui tient notre vie entre ses mains", affirme Naouri Abdelkrim, un Marocain de 50 ans.
Dans la Grande mosquée et sur l'esplanade, des dizaines de milliers de fidèles déambulent ou prient en permanence, venus des quatre coins de la planète.
Pour éviter toute cohue, les autorités ont renforcé le déploiement policier. Au gré des horaires des cinq prières quotidiennes, des militaires en béret rouge déplacent des barrières de plastique vert pour orienter les cortèges. Tout pèlerin qui tente de contourner un parcours est aussitôt bloqué.
Vendredi, pour la grande prière hebdomadaire, un hélicoptère survolait les lieux. Les principaux axes étaient fermés à la circulation pour laisser la place aux pèlerins convergeant à pied vers la Kaâba.
Bracelets d'identification
En plusieurs endroits, des fidèles semblaient avoir des malaises sous l'effet de la chaleur accablante. Pour éviter que des pèlerins malades, inconscients ou pris dans une bousculade restent des heures sans pouvoir indiquer un contact ou un nom, les Saoudiens ont commencé à équiper des fidèles de bracelets d'identification.
Ces petites bandes plastifiées munies d'un code-barre lisible par smartphone renferment toutes les informations et contacts nécessaires "pour identifier un pèlerin, notamment ceux qui parlent des langues rares ou sont malades, âgés ou incapables de communiquer", explique à l'AFP le vice-secrétaire du ministère du hajj, Issa Rawas.
"On nous a dit de ne pas nous éloigner de notre groupe, de ne pas trop nous attarder au moment des départs et des arrivées des bus, de bien respecter les trajets et les parcours dessinés", précise Racha Mohammed, une Egyptienne de 36 ans.
L'année dernière, l'Arabie saoudite s'était retrouvée sous le feu des critiques après la bousculade la plus meurtrière de l'histoire du hajj.
Le 24 septembre 2015, au moins 2.297 fidèles avaient trouvé la mort, selon des données compilées à partir de bilans fournis par des gouvernements étrangers. L'identification des victimes avait été difficile. Les autorités saoudiennes en sont restées à un bilan de 769 morts et les résultats d'une enquête ne sont pas connus.
Lawan Nasir, 45 ans, a perdu son cousin dans la bousculade. Malgré "une douleur toujours vive", ce Nigérian a tenu à venir à La Mecque: "ce serait bête de ne pas aller au hajj à cause de ce qui est arrivé, la mort viendra quand ce sera mon heure".
"Il y a eu d'énormes ratés en termes d'organisation" l'an dernier, constate Jane Kinninmont, du centre d'études Chatham House à Londres.
Mais le hajj "est une énorme opération logistique et l'Arabie saoudite sait qu'elle doit la mener avec succès, en raison de son importance sur les plans religieux et économique".
Zakou Bakar, 50 ans, vient du Niger. Il a reçu un bracelet d'identification, de couleur mauve pour les musulmans africains. Cette mesure le "rassure". "Si je meurs ou s'il y a des problèmes (...) je sais que je serai identifié".
"L'objectif est d'équiper tous les pèlerins. Sur le long terme, toute personne qui ne le portera pas sera identifiée comme étant en contravention", explique M. Rawas sans préciser combien de fidèles ont déjà reçu le bracelet.
(Avec AFP)