Températures plus élevées, faible pluviométrie: Le Maroc impacté
Le Maroc est entré dans une période de réchauffement climatique, comme toute la Méditerranée d’ailleurs. Ce réchauffement affecte la production agricole fruitière et maraîchère, les réserves d’eau, l’irrigation, la pluviométrie.
Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) évoque le cas du Maroc et les scénarios de réchauffement climatique qui peuvent l’affecter, dans son rapport 2014.
Dans ce rapport, les experts du GIEC qui travaillent sous l’égide des Nations Unies, identifient des vulnérabilités dans six secteurs différents:
-les ressources en eau,
-la sécurité alimentaire,
-la gestion de la biodiversité et des ressources naturelles,
-la santé,
-les mouvements de population
-et l’infrastructure et la désertification.
Dans un document de 2016, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), assène de son côté d’autres chiffres sur le Maroc.
L’augmentation de la température moyenne est estimée entre 1,1° et 1,6° en 2030, 2,3 à 2,9° en 2050 et 3,2 à 4,1° en 2080.
Pour la baisse des précipitations, celle-ci est estimée à -14% en 2030, de -13 à -30 % en 2050 et -21 à -36% en 2080.
La FAO conclut en rappelant qu’«avec 83% (7,2 millions d’hectares) des terres agricoles qui ne sont pas irriguées, les rendements des principales cultures subissent des variations très importantes en raison de la forte variabilité des précipitations et une fréquence élevée des sécheresses». L’agriculture marocaine fournit 13 à 23 % du PIB selon les années et … la pluviométrie.
Eau, agriculture
Variabilité des précipitations et fréquence élevée des sécheresses constituent par ailleurs le cocktail explosif «idéal» pour provoquer des inondations. Il n’y a rien de pire en la matière que de fortes pluies sur un sol sec qui n’absorbe pas rapidement les précipitations.
Au Maroc, la FAO a notamment développé une modélisation de scénarios pour l’agriculture pour anticiper et corriger les impacts du changement climatique.
En matière de lutte contre la désertification et la semi-désertification, des actions-pilotes sont menées près de Midelt.L’agriculture consomme près de 90% des ressources hydrauliques, contre 10% pour les villes. Le rapport du GIEC signale qu’en matière agricole, des cultures telles que celles du blé et du maïs verront leurs rendements affectés. Le GIEC évoque notamment l’apparition de parasites et de variétés végétales (herbes) liées au climat plus chaud.
Les cultures céréalières sont affectées mais également la production animale car «liée à la production végétale des terres de parcours».
LE GIEC avertit: en matière de ressources hydrauliques, les experts onusiens indique que «la réduction des précipitations est probable sur l’Afrique du Nord».
Dans le cas du Maroc, le stress hydrique est appelé à s’accentuer avec l’augmentation des températures, la baisse de la pluviométrie et la croissance des besoins de la population. Cette situation mène à une compétition plus vive pour l’accès aux ressources en eau et une surexploitation des ressources souterraines.
Une réduction relative des ressources en eau disponible aura des implications en milieu urbain engendrant dans tous les cas de figure un accroissement des infrastructures pour la retenue de l’eau. Parmi les coûts d’une eau moindre ou plus chère pour l’agriculture, figure l’exode rural qui à son tour crée des pressions sur les infrastructures des villes en matière de logement, de travail, de services et de sécurité.
Exode rural, forêts et littoral
Au niveau des mouvements de population, si le réchauffement climatique amène plus de ruraux marocains à se déplacer vers les villes, il crée aussi un mouvement migratoire de l’Afrique subsaharienne vers le Maroc et vers l’Europe. Cela n’est pas sans créer des problèmes humains et sociaux.
Les forêts et les milieux naturels sont également affectés. Un suivi est effectué depuis plusieurs années par le PNUE dans les cédraies du Moyen Atlas. Il montre une surface forestière en recul et un passage d’un état dynamique à un état statique. Avec la sécheresse, les feux de forêt sont plus fréquents.
La hausse des températures qui crée une montée des eaux présente également des risquent pour le littoral marocain. La montée des eaux a un impact sur les infrastructures portuaires ou sur les constructions sur la côte allant des Oudayas à Rabat à Aïn Diab et Sidi Abderrahmane à Casablanca. La montée des eaux provoque aussi l’inondation de périmètres agricoles situés proches des côtes et des embouchures des fleuves, voire une salinisation des plaines côtières.
L’augmentation des températures moyennes de surface d’au moins 0,5° degré au cours des 50 à 100 dernières années et de 1,1 à 1,6° d’ici 2030 sur notre région créent des besoins plus importants en énergie.
La croissance des besoins en énergie induite vient notamment de l’utilisation de la climatisation pour le bâtiment domestique, professionnel et industriel et de pratiques de réfrigération accrue pour le stockage et le transport des denrées alimentaires.
Selon le GIEC, plus de 25% des gaz à effets de serre (GES) sont dus à la production d’énergie … par les centrales à charbon et à fuel. D’où la nécessité et la pertinence de continuer d’accroître dans le cas du Maroc et ailleurs la part des énergies produites par des ressources renouvelables.
En matière de santé enfin, certaines maladies (paludisme, bilharziose, leishmaniose) peuvent être aggravées par les changements climatiques alors que l’infrastructure sanitaire actuelle reste déficitaire.
Les records de températures battus cet été au Maroc et en Europe, les feux de forêts géants en Californie et les inondations à Moscou où il est tombé deux fois plus de pluie en août que lors du dernier record datant de 130 années, montrent que l’impact du réchauffement climatique est déjà réel au Maroc et dans le monde.