Ce premier rapport classe les violences en plusieurs catégories. Il donne également une idée sur la répartition géographique des violences faites aux femmes, et sur l'exposition au risque de violence en prenant en compte des paramètres comme l'âge ou encore la situation familiale de la victime.
Le rapport de l'observatoire indique que la proportion des violences physiques répertoriées a fortement progressé entre 2013 et 2014, passant de 54,8 % à 63,3 % sur l'ensemble des cas de violence, tous types confondus.
Elles ont été principalement commises par des hommes à hauteur de 88%. En termes de gravité, le rapport ajoute que dans près de 15% des cas, elles ont provoqué, chez les femmes battues, un délai d'invalidité supérieur à 20 jours.
Autre point à retenir, le nombre de violences physiques répertoriées diffère d'une région à l'autre. Le rapport note que, dans certaines régions à faible densité de population, le nombre de dossiers déposés auprès du tribunal demeure comparable à celui recensé dans les tribunaux des grandes villes. C'est le cas du tribunal de Kenitra qui a reçu plus de cas de violences entraînant une invalidité de plus de 20 jours que les tribunaux de Casablanca, Rabat ou Fès.
A l'inverse, le tribunal de Tétouan a traité le moins d'affaires liées à des violences physiques faites aux femmes et entraînant un délai d'inactivité qui dépasse les 20 jours. Et pour cause, seuls 27 cas ont été répertoriés.
Le ministère de la Santé ajoute des précisions: les unités hospitalières intégrées ont reçu, en 2013, 8.675 cas de femmes violentées. En 2014, ce chiffre a atteint 12.218 cas. Cela est dû, selon la même source, à l'augmentation du nombre et à un meilleur déploiement de ces unités sur le territoire national.
Selon les chiffres de la sûreté nationale, en 2014, les services ont recensé 15.865 cas de violences à l'égard des femmes. Le chiffre renferme une forte progression des agressions physiques à l'égard des femmes dans les villes de Rabat, El Jadida, Kénitra et Casablanca. De 2013 à 2014, les violences ont augmenté respectivement de 42,4%, 18,7%, 18,3% et 11,9% dans ces villes. Les cas de meurtres ou tentatives de meurtres ont également très fortement progressé de 2013 à 2014, passant de 5 à 32 cas sur l'ensemble du territoire national.
Autre chiffre intriguant, les statistiques récoltées par l'Observatoire indiquent qu'une femme mariée risque deux fois plus qu'une femme non mariée d'être physiquement agressée.
Les violences sexuelles figurent également parmi les phénomènes étudiés dans le rapport. On apprend ainsi que les violences répertoriées, de nature sexuelles ont baissé de 2013 à 2014, passant de 2.610 cas à 1.595. Inversement, le nombre des victimes prises en charge par les unités du ministère de la santé est en forte progression, on recense 749 prises en charge en 2014 contre 475 une année plus tôt.
Plus de la moitié des femmes victimes de violences sexuelles sont célibataires (53%), suivies des femmes divorcées (22%), puis des femmes mariées (20%). Les deux tiers des cas de violences sexuelles en 2014 ont eu lieu dans l'espace public. Il s'agit, dans 96% des fois, de viols ou de tentatives de viol, dont les victimes sont principalement des femmes âgées de moins de 30 ans, dans environ les deux tiers des cas.
En définitive, ce qu'il faut retenir, c'est qu'il existe plusieurs formes de violences à l'égard des femmes, et que les données collectées par l'observatoire ne concernent que les cas déclarés ou constatés.
Le plus souvent, les abus et violences à l'égard des femmes sont silencieux, et ne débouchent sur aucune plainte ou poursuite judiciaire. Le déploiement des cellules d'écoute et de prise en charge des femmes victimes de violences permet d'accueillir davantage de personnes d'année en année, ce qui encouragera inéluctablement les femmes violentée à rompre la loi du silence.
Créé en 2013, l'Observatoire a pour mission d'assurer la veille et le recensement des cas de violence constatées, l'élaboration d'indicateurs, de garantir leur suivi et leur évaluation régulières. La structure est également chargée de la création d'une base de données sur les violences faites aux femmes à partir des éléments récoltés auprès des différents services aux niveaux régional et national.
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