Les importateurs de céramique réagissent face aux accusations de l’APIC
Une semaine après les nouvelles accusations de l'Association des producteurs de céramique au sujet de l’importation des produits céramiques d’Espagne, la réaction de Association des importateurs de céramique n’a pas tardé.
Son président estime que la concurrence est saine et loyale et qualifie la requête anti-dumping de l’APIC d’abusive.
Le 13 juin, l’Association professionnelle des industries céramiques (APIC) avait réuni la presse, pour faire part de la situation critique de l’industrie à cause de l’importation de produits céramiques en provenance d’Espagne, à des prix anti-concurrentiels et en dessous du prix de marché.
Un constat lucide pour certains, fallacieux pour d’autres, à l’instar de l’Apisa (Association des importateurs de céramique) qui a aussitôt contacté notre rédaction pour répliquer.
"Le carreau espagnol se vend au même prix que le marocain"
Pour le président de l’association des importateurs, Youssef Belkaid, l’APIC n’apporte aucune preuve concrète aux allégations de dumping. Pour rappel, le président de l’APIC, Mouhcine Lazrak, affirmait ce 13 juin que le carreau espagnol se vendait à 25 DH le mètre carré, contre 45 à 50 DH pour le carreau marocain.
"L’APIC affirme que le carreau espagnol se vend beaucoup moins cher que le carreau marocain. Ce n’est pas vrai. Il suffit de vérifier les prix auprès d’un revendeur pour s’en convaincre. Les carreaux espagnols et marocains se vendent à peu près au même prix", souligne M. Belkaid.
En ce qui concerne la requête anti-dumping contre les importations de céramiques espagnoles et italiennes, introduite par l’APIC auprès du ministère du Commerce extérieur en début d’année, l’Apisa qualifie la requête d’abusive: "Les exigences des responsables de l’APIC sont sans limites. Ils demandent à l’administration de sortir de son rôle de contrôle et de se transformer en une annexe commerciale au service de l’APIC. Cela devient abusif."
La production locale s’appuie sur l’importation
Le discours tenu par l’APIC, celui "d’industrie nationale" ou de "préférence nationale" agace l’Apisa. Pour l’association des importateurs, cet argument ne tient pas debout: "L’APIC vient d’admettre elle-même l’importation de 50 millions d’euros d’intrants d’Espagne. Une somme à laquelle ils ont oublié d’ajouter les 50 millions d’euros d’Italie (fournisseur de technologie et de machine) et 30 millions d’euros pour l’importation du gaz. C’est une industrie d’importation, qui n’a rien de national".
Une industrie locale surprotégée
L’APIC pointait également du doigt lors de la conférence le laxisme de l’administration des douanes et du ministère de l’Industrie. L’Apisa réplique comme suit: "Cela n’a aucun sens. L’administration fait le maximum dans ce sens. Il y a un pesage systématique des importations et pour toute importation, les agents du ministère de l’Industrie prélèvent des échantillons pour analyse en laboratoire."
Selon L’Apisa, l’Etat fait beaucoup plus que le nécessaire pour l’industrie locale. L’administration a déjà procédé, selon M. Belkaid, à la mise en place de mesures de sauvegarde, accordées de manière exceptionnelle et à mettre une valeur en douane excessive pour le carreau en céramique importé. "Il a même été procédé, à la demande de l’APIC, à la mise en place d’une norme obligatoire '13006', que cette corporation ne respecte pas, puisqu’elle commercialise en toute impunité le 2e et 3e choix, en principe interdits."
Pour l’Apisa, le but de l’association des producteurs de céramique à travers leurs récentes déclarations et la requête anti-dumping n’est autre que de mettre la pression sur les décideurs pour avoir la garantie d’un monopole sans partage.
Une absence de compétitivité
Pour le président de l’Apisa, le problème le plus grave dont souffre l’industrie locale est l’absence de compétitivité. L’industrie reste bloquée sur un niveau de gamme beaucoup plus bas que celui de la concurrence internationale: "Les producteurs nationaux sont largués. Ils sont toujours dans l’impossibilité de répondre à la qualité et aux prescriptions exigées pour les ouvrages et projets structurants du pays (aéroports, usines, projets touristiques, hôpitaux, etc)."
Et puis il y a le volet fiscal. A ce niveau, l’Apisa se montre transparente. Les entreprises que l’association représente s’acquittent des droits et taxes, dont une grande partie aux frontières, assure M. Belkaid, avant même la mise en consommation de la marchandise: "Les entreprises paient 60 millions de DH d’impôt sur les sociétés et 400 millions de DH de droit et taxes à l’importation chaque année. La masse salariale annuelle est de 160 millions de DH."