Benkirane: “Je suis contre la monarchie parlementaire et je l'assume” (Verbatim)
La monarchie parlementaire, la loi sur le travail domestique ou le contexte du 20 février. Telles sont les thématiques abordées par Benkirane dans une conférence à l'Institut supérieur de l'information et de la communication, mercredi 1er juin à Rabat. Verbatim.
>De 1956 à 2011. Un parcours mouvementé
"Le parcours du Maroc entre 1956 et 2011 a été mouvementé. Nous avons connu des hauts et des bas. Nous sommes actuellement sur la bonne voie, même si j'estime que nous aurions dû être meilleurs."
"Au Maroc, nous avons des secteurs développés comme dans les pays avancées, à l'instar des autoroutes ou de la lutte antiterroriste. Mais d'autre part, il y a d'autres secteurs dans lesquels nous avons échoué. Il s'agit par exemple de l'enseignement."
"2011 était une année difficile. Plusieurs questions existentielles ont été posées de nouveau. Après deux décennies, le modèle d'Attahakoum a provoqué une explosion en Tunisie, comme ce fut le cas en Egypte également. Nous avons également souffert de ce phénomène au Maroc, mais dans une mesure moindre ."
"Ce qui diffère chez nous, c'est que nous avons réglé les problématiques liées au monopole sur le pouvoir politique et économique ou l'approche sécuritaire."
"Même si on ne risquait pas un incendie [allusion faite ici à une révolte], la montée de chaleur provoquée par le printemps arabe a donné lieu au mouvement du 20 février. Mais quelques jours après, le 9 mars a marqué la volonté sincère du Roi de résoudre la crise."
"Une fois que j'ai été nommé le chef de gouvernement, beaucoup de manifestants ont cessé de battre le pavé avec le mouvement du 20 février."
>La sphère de la responsabilité diffère de la sphère de l'opposition
"Quand tu deviens responsable, tu accèdes à un nouveau monde. La sphère de la responsabilité diffère de la sphère de l'opposition."
"Cela a été difficile de diriger le premier gouvernement après la nouvelle Constitution, qui a donné plus de prérogatives au chef du gouvernement. Mais ce sont des prérogatives limitées et bien définies, qui sont encadrés par le Roi, qui est le chef de l'Etat."
"J'ai toujours évité de toucher aux prérogatives et aux domaines du Roi. Je n'ai jamais pensé à la confrontation pour devenir un héros."
"Mon gouvernement a lancé des réformes, que les gouvernements précédents ont évité d'engager. Et c'est compréhensible, ces réformes ont un prix politique élevé (la maîtrise des équilibres macroéconomiques, le contrôle du déficit et la réforme de la Caisse de compensation, la réforme de la CMR)."
"Il est très difficile de réformer au Maroc. Nombreuses sont les pressions et les contraintes."
> Je suis contre la monarchie parlementaire et je l'assume
"Je me suis opposé à la monarchie parlementaire comme revendication du 20 février, car si on adopte ce système, nous n'aurions plus besoin du Roi. Or, j'estime que nous avons besoin d'un Roi avec des prérogatives. Nous sommes un peuple qui a ses propres spécificités. C'est ma conviction et je ne la changerai pas."
"J'ai pensé à maintes reprises à présenter ma démission, mais je n'étais pas prêt à assumer cette décision. La période que j'ai passée au gouvernement est la plus difficile de ma vie. En définitive, ce qui a été réalisé est historique."
> Nous avons amendé le projet de loi sur le travail domestique pour préserver l'unité de la coalition gouvernementale
"Fixer dès maintenant l'âge légal du travail à 18 ans impliquerait le chômage des travailleurs domestiques. Le travail à partir de 16 ans est un droit universel."
"Le débat sur ce projet de loi a pris une tournure purement politicienne."
"Le PJD a accepté les amendements pour préserver l'unité de la coalition gouvernementale."
"Le gouvernement refuse le vide juridique dans ce secteur et a dans ce sens consacré des garanties pour ces jeunes travailleuses domestiques."
> L'Etat doit intervenir avec fermeté pour lutter contre la violence dans les universités
"Les autorités et la justice doivent intervenir avec fermeté, pour lutter contre la violence dans les universités."
"Certaines parties défendent ces criminels [allusion faite ici aux étudiants impliqués dans des actes de violence], puisqu'ils partagent avec eux des positions politiques. Je leur dis encore une fois, ne jouez pas avec le feu."
"Les jeunes sont appelés plus que jamais, à participer à la vie politique pour contribuer à la prise de décision. Cette participation doit se baser sur le sérieux et la raison."