Jeudi, un docu de France 3 avec un casting orienté
Le documentaire qui prétend révéler les zones d’ombre du Roi Mohammed VI sera diffusé jeudi 26 mai. Karim Tazi qui apparaîtra à l’image, conteste la crédibilité de ce reportage, qu’il juge orienté.
Qu’y a-t-il de commun entre les propos scénarisés de Loubna Abidar chez Laurent Ruquier et le pseudo-reportage à charge sur la fortune du Roi, qui sera diffusé jeudi 26 mai sur France 3?
Sans verser dans le chauvinisme irrationnel, il y a incontestablement une volonté de faire du buzz auprès des téléspectateurs, en exploitant le filon marocain, qui semble vendeur à certains journalistes. Abidar ou l'émission de France 3, ce sont les mêmes objectifs: l'audience coûte que coûte; etc'est encore mieux, si le Maroc est ciblé.
Dans le synopsis de l’émission, publié par la chaîne France 3, la liste des intervenants interrogés au Maroc et en France donne plus l’impression d’un contenu-brûlot que d’un vrai reportage équilibré.
Joint par Médias 24, Karim Tazi qui a témoigné dans l’émission affirme qu’il ne renie en rien ses propos tenus lors des images tournées au Maroc, mais précise prendre ses distances avec le casting.
«Le réalisateur a retenu un casting orienté en réunissant la dream-team des critiques du palais. Ce qui est sûr, c’est que les personnalités interviewées ont peu de choses en commun, en tous les cas avec moi. Contrairement à certains invités, je n’ai jamais remis en cause l’institution monarchique».
Sur la fortune royale dont l’émission a fait son sujet, le président du pôle international de Richbond déclare que le Roi ne peut être assimilé au prédateur tunisien Ben Ali ou angolais Dos Santos.
«Je n’ai jamais eu d’objections à ce que la famille royale dispose d’une fortune qui soit investie au Maroc. Je n’ai pas changé de position, même si cela ne m’empêche pas de penser que le Roi doit être neutre à la fois politiquement et économiquement. Tout ce que j’ai dit au journaliste de F3, je l’avais déjà dit dans une interview accordée en 2011 à Telquel. Ceci dit, sur les trois heures d’entretien avec le journaliste français, je pense qu’il ne retiendra au final que des bribes montées et hors-contexte».
Sans dévoiler le contenu de ses propos, Karim Tazi rappelle qu’il n’a fait que répondre à des questions générales sur l’économie marocaine et la fortune royale, en précisant qu’il ne les renie pas.
Interrogé sur la crédibilité des autres interviewés, il préfère se prononcer après visionnage, mais avance que le casting retenu présume d’une volonté délibérée de livrer une charge violente contre le Roi.
«Sur les 12 personnes composant le contenu du documentaire, une bonne partie est antimonarchiste. Pour plus de crédibilité, il aurait été souhaitable d’entendre la voix d’une Meriem Bensalah (Présidente de la CGEM) ou d’autres personnalités avec une position différente».
Proche de Fouad Abdelmoumni et de Najib Akesbi dont il partage le combat contre la corruption et pour les droits de l’homme, Tazi précise que leur récent communiqué de presse sur la manipulation du journaliste de l’émission est le signe de sa proximité avec eux et non avec les autres intervenants.
«La grande différence avec les autres interviewés, c’est que Najib, Fouad et moi sommes les rares personnes qui tout en nous exprimant librement, vivons toujours au Maroc. Nous ne sommes pas exilés, mais je refuse de juger ceux qui ont dû quitter contraints et forcés le Maroc à contrecœur».
La seule personne dont se démarque clairement Karim Tazi est la «journaliste» Catherine Graciet, dont il rappelle qu’il avait condamné publiquement, en 2011, le livre intitulé «Le Roi prédateur».
«Ce livre procédait d’une intention sensationnaliste qui me paraissait déjà à l’époque éminemment suspecte. Quand le journaliste de l’émission a fait allusion à son livre devant moi pendant le tournage, je n’ai pas manqué de lui faire part de mon scepticisme sur la crédibilité de ses écrits».
Selon lui, la participation à ce documentaire de Graciet qui se présente comme une experte de la fortune royale est mise à mal par sa récente interpellation pour tentative d’extorsion de fonds au Roi.
«L’inviter sur le plateau de l’émission au seul motif qu’elle va tenir des propos critiques sur la fortune royale, je ne peux m’empêcher de penser que la démarche du réalisateur est biaisée. Elle s’est discréditée toute seule, car même son livre n’est pas le fruit d’une enquête, puisqu’elle n’a fait que paraphraser les articles de Boubker Jamaï (le Journal) et de Ahmed Réda Benchemsi (Telquel)».
Doutant d’un traitement objectif et équilibré sur la fortune royale, il conclut qu’il y a beaucoup plus de transparence qui règne sur ce sujet au Maroc que dans des pays comme la Tunisie ou l’Angola.