Nabil Benabdallah: “Le peuple de gauche vote désormais PJD”
Invité par la Fondation Fqih Tetouani le 17 mai à Salé, le leader du PPS Nabil Benabdallah a sorti l'artillerie lourde, notamment contre le PAM. VERBATIM.
Le ton monte, à 5 mois des législatives. A l'instar de Benkirane, le numéro un de l'ex-parti communiste marocain conteste ce qu'il appelle "les visées hégémoniques" du PAM. Il estime que tous les partis "indépendants" doivent s'allier pour contrecarrer ce projet. Il a défendu le projet de loi sur le travail domestique, ainsi que le bilan de la coalition gouvernementale.
Voici notre sélection des propos tenus par Nabil Benabdallah:
La polémique autour de la loi 19-20 est une campagne anti-PPS
"Un parti que je nommerai plus tard dépense des millions pour financer une campagne de désinformation dans les réseaux sociaux contre nous."
" La scolarité n'est plus obligatoire à partir de 16 ans. Le code du travail et la Constitution autorisent le travail à partir de 16 ans, sauf pour les travaux pénibles. C'est le cas d'ailleurs pour des pays avancés comme les USA ou la France."
"Voici les acquis de ce projet de loi: les congés et les repos payés, la CNSS, la couverture médicale, ainsi que l'interdiction des travaux pénibles pour les travailleurs qui ont entre 16 et 18 ans."
"Nos adversaires et certains journalistes ne parlent que de l'âge légal, comme si nous avions proposé cette loi rien que pour légaliser le travail à 16 ans."
"Pour le secrétariat général du gouvernement, il n'est pas question de fixer l’age minimum à 18 ans. Cette loi ne peut pas contredire le code du travail."
"La loi avec tout ce qu'elle apporte comme acquis pour les travailleurs domestiques, doit être adoptée. Après, nous pourrons œuvrer pour relever l'âge à 18 ans. Et c'est parce qu'on est de gauche que nous pensons qu'il est de notre devoir d'adopter cette loi."
"Il n'y a pas de retrait de la loi, c'est une rumeur. La procédure d'adoption est suspendue le temps de trouver un consensus."
Le PAM, un projet dangereux
"Le peuple marocain refuse le projet d'Attahakoum [hégémonie, domination] et il l'a fait savoir par les urnes. Ce projet a été lancé en 2007. Ceux qui l'ont élaboré estiment que l'institution monarchique n'a plus besoin des partis historiques [Istiqlal, PPS, USFP]. Et que le PAM sera l'unique partenaire du Roi dans l'action de développement du pays".
"Pour rappel, nous avons dit NON à ce projet, bien avant notre alliance avec le PJD. Je vous le dis clairement encore une fois, ce projet est dangereux."
"Comme en 2009, ce parti use de certaines pratiques déloyales pour dominer. A titre d'exemple, il fait pression sur les citoyens qui veulent se présenter aux élections avec les partis historiques comme le PPS. Un autre exemple? le PAM infiltre les partis politiques pour en contrôler les décisions."
"Nous avons lutté contre le colonialisme. Nous avons résisté à l'autoritarisme des années de plomb. Aujourd'hui, nous ne cèderons pas aux visées hégémoniques [Attahakoum]."
"Quand je discute avec certains leaders de partis en privé, ils sont unanimes à s'indigner contre l'absence d'indépendance des décisions partisanes. Officiellement, ils ne peuvent pas exprimer ces positions. Nous connaissons très bien ce qui se passe à l'intérieur des partis politiques."
"Le Plan d'accélération industrielle chapeauté par mon collègue My Hafid Elalamy prévoit pour les 12 régions du Maroc la création de 500.000 postes sur 5 ans. Comment est-ce possible qu'une seule région puisse créer 300.000 emplois? c'est une chimère, pour ne pas dire un mensonge [Allusion faite ici à la déclaration d'Ilyas Omari à propos des investissements chinois dans la région de Tanger]"
"El Omari ne pèse pas bien ses mots. Il dit des choses très dangereuses. Il met en doute les résultats des élections législatives de 2011, mais pas seulement. En pleine crise avec l'ONU, il déclare que le plan d'autonomie proposé par le Maroc en 2007 était une décision hâtive."
"Nous œuvrons pour élargir le front des partis démocratiques. Un front capable de préserver l'indépendance des partis politiques. C'est ça l'objectif de nos rencontres consultatives avec des partis comme l'USFP."
Le PJD, un partenaire pour la construction
"Le peuple de gauche ne vote plus à gauche, il vote désormais PJD. Nous avons compris cette réalité. Ces électeurs ont réalisé que certains figures de gauche ont retourné leur veste en acceptant de s'allier avec des courants antidémocratiques."
"20% des électeurs au Maroc ont voté pour le PJD. Cette réalité impose ce parti comme partenaire dans la construction démocratique, du moment qu'il respecte la Constitution et les libertés individuelles et collectives. Rien n'a changé au Maroc depuis 2011 et cela prouve qu'on n'a pas trahi nos idéaux de gauche."
"Nous sommes tous d'accord au PPS que l'alliance avec le PJD était la bonne décision."