Jettou: L'actuelle réforme des retraites n'évitera pas un épuisement des réserves en 2028
Ce mercredi 4 mai, le président de la Cour des comptes a fait un exposé sur les activités des juridictions financières. Parmi les points saillants, figure le dossier des retraites. Détails.
"A moyen et long termes, la réforme de la Caisse marocaine des retraites (CMR), telle que proposée par le gouvernement Benkirane, ne fera pas éviter le pire, celui de l'épuisement des réserves à l'horizon 2028". Ce constat, qui fait froid dans le dos, a été dressé par Driss Jettou, président de la Cour des comptes, devant les deux chambres du Parlement réunies en plénière, ce mercredi 4 mai.
Deux "défaillances" ont été mises en exergue.
-D'abord, le champs d'intervention de la réforme paramétrique proposé par le gouvernement. "Elle ne concerne que le volet civil de la CMR, ce qui exclut le rapprochement des systèmes de retraites dans le secteur public", a-t-il expliqué. Pour le président de la Cour des comptes, il fallait que la réforme s'étende à toutes les caisses.
-La réforme contribuera certes à réduire le déficit, mais ne sera pas en mesure de l'alléger de manière significative pour pérenniser la CMR. Jettou précise que '' les cotisations à elles seules ne seront pas suffisantes pour honorer les engagements de la Caisse et payer les retraites."
"Le déficit qui est de 6,8 MMDH en 2016 diminuera certes pour atteindre 3,2 MMDH en 2017, mais il s'inscrira dans un trend haussier, pour remonter à 4,1 MM en 2020. La recrudescence du déficit aura pour effet d'épuiser les réserves en 2028", a-t-il souligné.
Deux facteurs explicatifs
Le patron de la Cour des comptes retient deux facteurs pour expliquer la recrudescence du déficit dans les années à venir:
> Un facteur démographique, lié à la diminution du nombre des cotisants par rapport à celui des retraités: 2,5 cotisants pour un retraité. Ajoutons à cela l'augmentation soutenue du nombre des retraités, passant de 120.000 en 2000 à 313.000 en 2015, soit une progression de 160%. L'effectif des adhérents actifs n'a progressé, quant à lui, que de 15% durant la même période. Le déséquilibre est patent.
> L'augmentation de la valeur des pensions. "Ces dernières années ont été marquées par une augmentation des salaires, une récurrence des promotions dans les administrations et une augmentation de la proportion des cadres parmi les retraités", a-t-il souligné.
Aussi, Jettou considère que le fait de ne pas aborder la question des retraites anticipées constitue un autre point faible de la proposition gouvernementale.
"Mis à part le critère d'ancienneté qui est de 30 ans actuellement, l'absence d'autres règles précises pour l'encadrement du départ anticipé contribue au déficit de la CMR", a-t-il ajouté.
Il n'hésite pas à illustrer ses propos par des cas pratiques, voire des scénarios catastrophes. "Si le tiers des 93.000 fonctionnaires ayant plus de 30 ans d'ancienneté décident d'effectuer une retraité anticipée, les réserves s'épuiseront en 2024 au lieu de 2028", fait-il savoir.
Mais quelle alternative? Jettou préconise la mise en place de la règle en vigueur à la CNSS, selon laquelle l'apurement des pensions ne se fait qu'après l'âge légal de départ à la retraite.