A l'ère du digital, la télévision sur le chemin de la presse papier
Deux chercheurs britanniques mettent en relief l’impact des médias digitaux sur la télévision: on regarde de moins en moins la télévision pour s’informer.
Après la mort de plusieurs journaux en papier (The Independent à Londres, As Safir à Beyrouth) et la naissance de nombreux médias digitaux (Médiapart ou "celui que vous avez devant les yeux"), la télévision, côté news, voit son audience baisser.
Richard Sambrook de l’université de Cardiff et Rasmus K. Nielsen de l’Institut Reuters pour l’étude du journalisme à Oxford, révèlent comment l’amplification des sources d’information impacte (désormais) fortement les choix des consommateurs.
Les moins de 25 ans, c’est différent
Sambrook et Nielsen rappellent que "ces changements sont débattus et attendus depuis plus de 10 ans". Mais, notent-t-ils, "ces changements sont surestimés à court terme et sous-estimés à long terme."
Selon l’Institut Reuters, l’impact à long terme sera important sur les programmes d’information télévisée, notant que l’audience des programmes d’infos en GB et aux USA est en baisse de 3 à 4% en moyenne par an depuis 2012. Cette baisse est plus forte dans les tranches d’âge plus jeunes et pour les programmes d’informations télévisées.
Chez les moins de 25 ans, la vidéo, le streaming, le partage de vidéos et les plate-formes de médias sociaux constituent les premiers médias. Et ce groupe d’âge constitue le groupe de consommateurs de demain.
Ces taux rappellent la baisse des ventes de journaux papier à partir du début des années 2000. Sur 10 ans, cela fait une baisse de 25%. Selon emarketer.com (London), dans une étude publiée en septembre 2015 et couvrant les années 2013-2017, les adultes passent plus de temps sur leur ordinateur, le mobile (smartphone ou tablette) et moins devant la télé, à écouter la radio ou à lire un journal en papier.
Des clips de programmes et des documentaires avec plus de fond
La réaction actuelle des professionnels de la télévision est de se déployer vers les médias sociaux un phénomène déjà "ancien", mais aussi de faire de plus en plus appel aux algorithmes pour coller aux besoins du public.
Mais selon nos professeurs de Cardiff et d'Oxford, le plus dur reste à faire pour la télévision. "Ce sera un combat pour attirer l’attention, pour la marque et l’accès aux données qui permettent de mieux connaître et cibler son audience, pour traduire cela en opportunités commerciales et publicitaires. De manière plus massive, on devrait voir les chaînes de télévision développer des clips sur leurs programmes à partager et en même temps, de vrais documentaires, riches et explicatifs."
Pour la télévision d’information, il s’agit de redéfinir son rôle social et sa mission politique, dans un environnement changeant, avec des publics plus informés et ayant plus de choix … planétaires.
Comme pour la presse papier, la réflexion sur une profonde adaptation de la télé classique aux goûts des publics a commencé. Certains journaux papier ont réussi leur virage, d’autres pas. Ce sera aussi certainement le cas dans le monde de la télévision.