Conjoncture. Des opérateurs économiques en détresse
Dans le monde des affaires, les prévisions de croissance annoncées par Bank Al Maghrib ne surprennent personne. Elles ne font que confirmer les craintes.
Il y a quelques semaines, les avis sur le démarrage de l’année étaient encore mitigés. Aujourd’hui, plus l’ombre d’un doute. La conjoncture économique est difficile et le ralentissement n’est plus une simple appréhension, mais un fait. Tous les opérateurs économiques le confirment.
Ils n'ont pas été surpris du contenu de la dernière sortie médiatique de Abdellatif Jouahri, wali de Bank Al Maghrib, où il a balayé d’un revers de main les prévisions de la loi de finances 2016, tablant sur une croissance de 3%.
Avec seulement 1% de taux de croissance prévisionnelle, Abdellatif Jouahri est encore plus pessimiste que le Haut-commissaire au plan, Ahmed Lahlimi, qui s'attend à un taux de 1,3%.
Si du côté du monde des affaires, les prévisions de Jouahri semblent cohérentes, elles n'ont pas manqué de secouer le gouvernement, qui s’est penché sur la question lors de son Conseil, tenu ce jeudi 24 mars.
Il incombera à Mohamed Boussaid, ministre de l’Economie et des finances, de réaliser une étude approfondie sur la situation économique, en vue d’en discuter lors d’une prochaine réunion du gouvernement.
En attendant que cette étude soit bouclée, certains secteurs de l’économie sont en détresse. Nous avons choisi de sonder ceux dont l’activité est significative, soit qu'il s'agisse d'un secteur de support à l'économie, soit de consommation finale.
>Abdelilah Hifdi, président de la Fédération nationale du transport
"Nous vivons depuis bientôt 6 ans des crises à répétition, une sorte de séisme avec d’interminables répliques. Nous n’arrivons pas à absorber le choc d’une crise, que nous en subissons une autre. Plusieurs cas de faillite ont été enregistrés dans le secteur.
"L’activité du transport ne supporte pas seulement les difficultés qui lui sont intrinsèquement liées, mais subit de plein fouet les crises que vivent tous les autres secteurs d’activité, le transport étant un secteur transversal. A titre d’exemple, quand le commerce va mal, que ce soit au niveau national ou international, le transport va mal. Et c’est le cas aujourd’hui.
"C’est vous dire que les prévisions de BAM ne m’étonnent pas du tout. 1% me semble en phase avec le ralentissement économique que nous vivons au quotidien.
"Résultat, le secteur commence à glisser vers l’informel, en contournant les réglementations sociale, économique, environnementale… Il y va de sa survie".
>Youssef Lahlou, président de la Fédération marocaine de plasturgie
"Les dernières prévisions de Bank Al Maghrib sont en ligne avec ce qui se passe dans le monde économique. Notre secteur, intimement lié à l’agriculture, au BTP, aux produits de grande consommation…, peut en attester.
"En plus du ralentissement de l’activité comparativement à 2015 et 2014, nous manquons de visibilité à très court terme. Et nous ne sommes pas les seuls dans cette situation.
"Nous attendons la mise en place de la réforme des délais de paiement et des directives fermes et crédibles, qui redonneront confiance aux opérateurs économiques.
"En ce qui concerne notre secteur, je cite à titre d’exemple l’écosystème plasturgie, qui est validé et qui sera signé prochainement. Il permettra un développement à deux chiffres à l’horizon 2020. Quatre branches sont concernées: plasticulture, BTP (hors ceux signés dans le cadre des matériaux de construction), emballage et recyclage".
>Riad Laissaoui, D.G Retail Holding (Label Vie)
"Cela fait 3 ans que la conjoncture est difficile, mais la situation devient de plus en plus dure.
"Nous avons toutefois la chance d’être dans le secteur de l’alimentation, nous ne ressentons donc pas la crise de la même manière que les autres secteurs.
"Le format Atacadao, spécialisé dans l’alimentation à prix bas, se prête à la crise et compense le manque à gagner constaté sur les autres formats de supermarchés et hypermarchés du groupe. Ces derniers pâtissent de la baisse du pouvoir d’achat. Les ménages sont plus regardants sur les prix; et de ce fait, les produits de luxe et festifs sont les premiers à être sacrifiés. C’est une réalité".