Chabat: “Je n'exclus pas une alliance avec Benkirane”
Le secrétaire général du parti de l’Istiqlal a reçu à son domicile du quartier Souissi à Rabat une dizaine de journalistes pour un dîner, jeudi soir 3 mars. Ce fut l’occasion pour Médias 24 de l’interroger sur l’avenir de son parti au futur scrutin législatif.
Après un long silence médiatique, le leader du parti de la balance s’est livré jeudi 3 mars au jeu des questions réponses avec des journalistes de la presse arabophone et francophone.
Accompagné de plusieurs membres de sa garde rapprochée, comme Abdellah Bekkali ou Abdelkader El Kihel, Hamid Chabat s’est dit disposé à répondre à toutes les questions.
Sur les divisions agitant l’Istiqlal, il a avancé que les choses redevenaient cordiales avec le courant contestataire Bila Hawada, dont il confie avoir rencontré la veille le chef de file, Abdelouahed El Fassi.
M’Hamed El Khalifa n’est par contre plus le bienvenu, car il a déserté les rangs du parti depuis l’intronisation de Chabat en 2011. A l’écouter, l’unité règne, mais tous les journalistes présents ont relevé l’absence de certains ténors comme Tawfik Hjira, Yasmina Baddou ou Karim Ghellab.
Se voulant rassurant pour ceux qui réclament la tenue du congrès devant renouveler toutes les instances du parti, y compris le secrétariat général, Chabat n’a pas exclu qu’il se tienne d’ici juin.
Malgré l’optimisme de Chabat, une source importante du parti assure qu’il y a une vraie démobilisation au sein de cette formation, car il n’y a ni leadership, ni démocratie interne et encore moins de projet. Il en veut pour preuve le fait que peu de cadres du parti ont donné suite à l’appel à candidature pour les futures élections législatives.
«Mon mandat ne finit que le 23 mars et nous disposons d’une marge de six mois pour le tenir, c’est-à-dire jusqu’à septembre. Au pire, vu que le terme du délai légal tombe en pleine campagne électorale, nous pourrons l’organiser juste après le scrutin du 6 octobre».
Interrogé sur la préparation de ces élections, Chabat a déclaré que l’Istiqlal était en train de rédiger un programme pour traiter certains dossiers d’actualité où le gouvernement a échoué (chômage, corruption …).
"Nous allons présenter aux électeurs une panoplie de mesures d’urgence, en nous basant sur un bilan comparatif des trois derniers gouvernements (Abdelilah Benkirane, Abbas Al Fassi, Driss Jettou)."
Le secrétaire général a confirmé qu’il penchait pour un seuil électoral de 10% au lieu des 6% actuels.
"Tous les candidats de l’Istiqlal qui ont remporté les élections du 4 septembre ont obtenu un score d’au moins 10% des voix. Si l’on continue dans cette voie, on va se retrouver un jour avec 800 partis au Parlement. Pour équilibrer le jeu politique, je propose un seuil de 10%, avec une liste nationale qui permettra de faire émerger 4 grands partis, car le Maroc n’a pas besoin de plus".
Concernant son maintien éventuel dans l’opposition s’il n’arrivait pas premier aux législatives, le secrétaire général a affirmé être persuadé que le parti de la balance sortira vainqueur du scrutin national.
"Il est temps que notre parti prenne les choses en main, car hormis la parenthèse de 2007-2011 avec le gouvernement de Abbas El Fassi, l’Istiqlal n’a pas été au pouvoir pendant plus de quarante ans".
Il n’a pas voulu s’étendre sur les pistes de rapprochement avec des partis d’opposition, mais par contre, il n’a pas jugé impossible une alliance gouvernementale avec le parti de la lampe.
"Nous n’avons pas encore réfléchi à une alliance avec l’USFP, car nous voulons prendre notre temps, mais le parti de la rose est libre de se rapprocher du PAM. Ilyas El Omari a souhaité se réunir avec nous pour préparer ensemble les élections mais pour l’instant, nous n’avons pas donné suite à sa demande."
A la question d’un confrère pour savoir ce qu’il pensait du vote de la chabiba ittihadia pour le polisario, Chabat a refusé d'entrer dans les affaires internes de l’USFP, en déclarant se concentrer sur l’avenir.
"Quoi qu’il arrive (victoire ou échec), il n’est pas exclu que des députés de notre parti se retrouvent dans un gouvernement avec le PJD, car je rappelle que le seul parti islamiste marocain est l’Istiqlal".
Même s’il a refusé d’en dire plus, sa réponse laisse penser que quel que soit le score réalisé, Chabat envisage sérieusement de rejoindre une coalition avec ou aux côtés de Benkirane.
Il n’a cependant pas voulu révéler si à titre personnel, il accepterait d’être ministre aux côtés du chef du parti de la lampe, se contentant d’ajouter qu’il voulait un gouvernement fort, sans idéologie.
Se disant peu rancunier "contre les attaques personnelles de Benkirane", le secrétaire général a tout de même comparé les relations entre son parti et le PJD à celles existant entre l’Algérie et le Maroc.
"Benkirane doit cesser de s’immiscer dans nos affaires, car il est le chef du gouvernement de tous les Marocains, y compris des istiqlaliens. Il faut qu’il arrête de nous demander pourquoi notre parti est sorti de son gouvernement, car nous ne lui demandons pas pourquoi lui y est entré".
Tout en souhaitant du succès à son successeur, Driss El Azami, à la mairie de Fès, Chabat n’a pas manqué de l’égratigner en déclarant que les habitants de la ville n’ont depuis son départ aucun interlocuteur pour répondre à leurs doléances.
"Dès que l’on aura fini le dîner que je vous offre, je prends la route pour Fès, afin d’essayer de régler certains problèmes de mes anciens administrés que je n’oublie pas. Certains sont même obligés de vendre la ferraille de leur habitation pour pouvoir assurer un repas à leur famille". Comme si durant son mandat, tout allait à merveille.
Chabat s’est dit pressé de rejoindre la ville dont il a été maire pour pouvoir dormir les huit heures nécessaires à son équilibre et à son efficacité politique.
Le dîner constitué d’une pastilla aux fruits de mer, de poulets beldis et de fruits fut donc vite expédié par le secrétaire général, avant qu’il n’embarque avec son chauffeur dans une modeste Dacia Duster, à destination de la capitale spirituelle du Maroc.