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ECONOMIE

Financement du business agricole: L'étrange classement de la Banque mondiale

Dans un nouveau rapport, dont la première édition est parue cette année, la Banque mondiale dresse un comparatif des législations qui influencent le fonctionnement des marchés du business agricole, à travers 40 pays dans le monde, dont le Maroc. Le Royaume affiche une bonne performance sur plusieurs critères, mais il obtient 0 point en matière de financement.

Financement du business agricole: L'étrange classement de la Banque mondiale
Sara El Hanafi
Le 3 mars 2016 à 15h36 | Modifié 11 avril 2021 à 2h37

>L'info:

Six indicateurs ont été utilisés dans l’étude, à savoir les semences, les engrais, la machinerie, la finance, le transport et les marchés.

Chaque indicateur est noté sur 100, sur la base des réponses aux enquêtes menées par la Banque mondiale auprès des acteurs du secteur public, du secteur privé et des organisations de la société civile, ainsi que des spécialistes et chercheurs universitaires.

Le Maroc tire son épingle du jeu dans le premier indicateur (semences), avec un score de 85.9 sur 100, dépassant ainsi des pays comme l’Espagne (81,3), la Turquie (76,6) ou la Russie (76). Cet indicateur représente une mesure des lois et réglementations encadrant le développement, l’évaluation, la mise sur le marché et le contrôle des espèces de semences.

Selon la Banque mondiale, le Maroc dispose d’une réglementation solide pour l’enregistrement, la certification et le développement de toute nouvelle variété de semences.

Par ailleurs, le Maroc affiche une bonne performance sur le critère Marchés (72.3), qui se  base sur des éléments comme la production ou le volume des ventes, mais examine également des éléments propres à la réglementation liée aux produits d’agriculture destinés à l’export.

Le Royaume affiche une performance moyenne en matière d’engrais, résultante d’une qualité de contrôle des engrais excellente (94,9 sur 100), combinée à une détérioration en matière de réglementations et de législation encadrant l’enregistrement de ceux-ci. Il affiche un score de 50,4 sur cet indicateur.

En outre, le Maroc affiche une note de 52,0 dans le critère "Machinerie" et pour cause: la faible fiabilité des systèmes de maintenance des tracteurs, combinée au non respect des standards de sécurité dans leur utilisation. Le critère tient également compte des entraves auxquelles les importateurs de tracteurs doivent faire face.

Sur le critère du transport, le Royaume affiche un score de 60,7. Dans le détail, il affiche une performance moyenne (50 sur 100) sur les licences de camions, avec un bon score (71,4) en matière de transport transfrontalier.

Seul indicateur où le Maroc est complètement largué: le financement. Le Royaume obtient un score de... 0/100, selon les données présentées dans l’étude. Cet indicateur traite de facteurs liés à un segment de clientèle généralement exclu des services financiers traditionnels, en raison de leur situation géographique ou le type de garantie qu’ils présentent.

Ainsi, cet indicateur encadre des aspects relatifs aux institutions de microfinance, aux banques mutualistes, ainsi que d’autres moyens de financement innovants, destinés au segment précité. Le score nul du Maroc peut être le résultat d’un manque d’informations, tout comme il peut traduire un réel problème pour les entreprises agricoles d’accéder à des moyens de financement outre que les financements classiques, malgré les efforts déployés pour assurer une plus ample inclusion financière. 

>Le commentaire:

Ce qui est étrange dans l'étude, c'est le classement du Maroc sur le critère financement, alors que le Royaume est considéré dans la région Mena, comme un leader du financement agricole, du monde rural et du micro-crédit.

Contactée par Médias24, une source autorisée du Crédit Agricole du Maroc s'en étonne et affirme n'avoir reçu aucun questionnaire ni demande d'entretien ou d'information dans le cadre de cette étude.

En étudiant le rapport en détail, on constate que le Maroc a obtenu la note nulle, car il n'y a pas, à la base, de lois régissant les critères utilisés dans cet indicateur (credit unions, e-money, etc.).

Nous avons alors contacté la Banque mondiale, pour poser la question suivante: Pourquoi cette institution a-t-elle pris en considération, dans la notation attribuée au Maroc, des critères qui n'existent même pas dans le pays?

Voici la réponse du bureau de la Banque mondiale à Rabat:

"Les scores de l’indicateur Finance du rapport Améliorer le Climat des Affaires dans l’Agriculture n’évaluent pas nécessairement, pour un pays, l’inclusion financière ni l’accès au financement des activités agricoles dans leur globalité.

"Lors de la mise au point des indicateurs, les auteurs du rapport ont intentionnellement choisi une méthodologie qui permette des comparaisons à l’échelle mondiale sur la base de critères faciles à appréhender, plutôt que sur une évaluation des différentes approches qui guident les pays dans leurs politiques et en direction du secteur agro-alimentaire.

"Cela signifie que les indicateurs Finance du rapport mesurent la qualité des lois et réglementations qui facilitent l’accès aux services financiers pour des clients qui sont partiellement ou totalement exclus des services financiers traditionnels. On peut citer, par exemple, les services bancaires sans agence qui permettent aux institutions financières d’élargir leur offre aux zones rurales peu desservies et en faveur des comptes à faible solde des exploitants agricoles. De plus, cela permet aux agriculteurs d’accéder à des services financiers, sans devoir se rendre à une agence bancaire.

"Certes, les indicateurs ne mesurent pas l’ensemble des facteurs, des politiques et  des institutions qui affectent la qualité des services financiers dans un pays donné. En revanche, ces indicateurs servent de point de départ pour une analyse des contraintes réglementaires pouvant nuire aux objectifs d’inclusion financière et ils doivent être examinés en conjonction avec d’autres sources de données.

"Nous tenons par ailleurs à souligner que, sur la totalité des indicateurs couverts par le rapport, le Maroc se positionne bien dans certains d’entre eux, obtenant même des résultats supérieurs à la moyenne des pays étudiés. Par exemple, le Maroc obtient un score de 85.9 pour l’indicateur examinant la régulation et les pratiques applicables au développement, à l’enregistrement et à la certification des semences (Strengthening Seed Systems). Il se classe ainsi parmi les 10 meilleurs pays étudiés en ce qui concerne la réglementation applicable aux semences de variétés améliorées, réglementation qui dans de nombreux pays constitue une contrainte majeure au développement du secteur agro-alimentaire. Pour le Maroc, les réglementations qui régissent la production et la vente agricoles, ainsi que la protection des végétaux, telles que mesurées par les indicateurs Marchés, dépassent également la moyenne de l’échantillon de 40 pays.

"L’objectif final du rapport Améliorer le climat des affaires dans l’agriculture est de fournir aux décideurs des données précises, s’appuyant sur des faits concrets et aisément mises en œuvre, pour les aider à instituer des bonnes pratiques et à améliorer les réglementations en vue de promouvoir des marchés agricoles efficaces et inclusifs. Mettre au point des indicateurs qui puissent être comparables d’un pays à l’autre représente donc un point essentiel de ce travail de recherche".

 

 

 

 

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Sara El Hanafi
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