Blocage VoIP: La campagne “unlike” sur Facebook marque des points
Au mardi 1er mars à 10h30, le bilan de la campagne de “unlike“ lancée par des internautes mécontents, contre les trois opérateurs téléphoniques, est assez impressionnant. Quelle pourrait être la prochaine étape?
>Les faits.
La campagne a été lancée le week-end dernier. Le nombre de “unlike“ sur les pages Facebook des opérateurs approche les 500.000, plus de 7% du nombre originel de fans. C’est énorme. Cela correspond environ à 6 mois d’efforts.
Voici le décompte par opérateur, effectué par nos soins:
Maroc Telecom:
- Unlike: 187.100 (7,64%)
- Nombre restant [mardi 1er mars] de likes: 2.260.478
Inwi:
- Unlike: 157.190 (7,71%)
- Nombre restant de likes: 1.882.654
Meditel:
- Unlike: 148.875 (6,77%)
- Nombre restant de likes: 2.049.774
Il ne s’agit pas de la seule campagne de protestation, mais c’est certainement celle qui aura été la plus efficace. Son ampleur témoigne de l’étendue de l’incompréhension, de l’indignation et du rejet de cette décision de blocage de la VoIP.
>Les opérateurs sont stigmatisés et le vivent mal.
Interrogez n’importe qui autour de vous et il vous dira que les opérateurs sont à l’origine de la décision de blocage. D’ailleurs, sur les réseaux sociaux et sur la plupart des médias, le blocage est présenté comme une décision des opérateurs.
Médias 24 a pu échanger avec deux opérateurs et a constaté qu’ils vivent mal cette situation. En effet et contrairement à l’opinion répandue, la décision n’est pas celle des opérateurs. Elle a bien été prise par l’ANRT. Et contrairement à l’opinion générale, elle n’a pas provoqué de hausse du chiffre d’affaires des opérateurs.
Nos deux sources se disent conscientes de l’effet négatif sur leur image. Pire, “l’opinion et les usagers ont l’impression que nous avons agi en amateurs“. “En réalité, nous n’avons fait qu’appliquer une décision prise par l’ANRT et à laquelle nous n’étions pas préparés. Sans compter que la décision a été implémentée sans communication“.
“Si nous l’avions prise nous-mêmes [cette décision], nous aurions quand même agi avec plus d’intelligence“.
Les opérateurs disent qu’il n’y a pas de bénéfice pour eux et qu'au contraire, c’est mauvais pour leur image, alors qu’un opérateur doit défendre sa marque et créer une image forte avec les usagers.
Nos sources ajoutent que, légalement parlant, les opérateurs sont dans l’obligation d’appliquer les décisions de l’ANRT et que c’est cette dernière qui seule, a le pouvoir de revenir sur le blocage.
>Une décision qui remonte à décembre 2015.
Depuis trois ans environ, on constatait une érosion du chiffre d’affaires des opérateurs et surtout un “effondrement du trafic voix entrant au Maroc“, en d’autres termes, des communications venues de l’étranger, principalement des MRE et des étudiants marocains de l’étranger. Selon nos sources, Maroc Telecom a commencé à évoquer en 2013 ou 2014 la nécessité de bloquer la VoIP, mais avec le temps, celle-ci a été intégrée dans les habitudes de consommation. Pour les usagers, elle est devenue un acquis.
La décision de blocage aurait pu être prise en 2013 par exemple ou avant. Mais en 2016, elle apparaît comme illégitime et place le Maroc en décalage total avec l’évolution internationale. Nos deux sources reconnaissent que si les opérateurs font la promotion de la 4G et d’Internet, qui est l’avenir du secteur, ils ne peuvent brider la voix sur IP.
La décision a été communiquée par l’ANRT aux trois opérateurs vers la mi-décembre. Elle prévoyait une entrée en vigueur le 31 décembre à minuit, “heure où l’on se souhaite la bonne année“, s’agace l’une de nos sources.
Le pire, c’est que l’ANRT a sous-estimé la grogne des consommateurs et a refusé d’assumer sa décision et de communiquer. Ce n’est qu’à la demande pressante des opérateurs que l’agence a finalement consenti à diffuser un communiqué.
En conclusion,
-jusqu’à ce jour, on ne sait pas pourquoi la décision a été prise. Sachant que ce n’est pas pour des raisons sécuritaires, ni à la demande des opérateurs.
-les usagers ont intérêt à poursuivre leur pression et leur mobilisation. Cela finira par payer. Et pousser les opérateurs à se tourner vers l’ANRT pour demander une levée du blocage.