Grève générale: Succès d’estime ou succès historique?
Comme au lendemain de chaque grève, les décomptes du gouvernement et des syndicats livrent des chiffres de mobilisation complètement contradictoires. Le front syndical parle d’un taux total de participation de 84%, alors que le porte-parole du gouvernement avance un chiffre de 39% pour le secteur public et de 4,8% pour le privé.
Joint par téléphone, Miloudi Moukharik, secrétaire général de l’UMT, nous déclare que la grève du 24 février a connu une mobilisation historique, qui fera bientôt l’objet de l’édition d’une brochure récapitulative revenant sur tous les secteurs d’activité touchés.
«L’ensemble des ministères et des établissements publics a massivement répondu présent, ainsi que de nombreux salariés des entreprises privées.
«En fonction des secteurs (privés ou publics), le taux de participation des grévistes s’est situé entre 40% et 100%. Selon les premiers résultats parvenus à notre commission nationale de suivi de la grève, les chiffres provisoires donnent un taux moyen de 84%, qui est historique et qui a dépassé toutes nos espérances».
Un triomphalisme que ne partage manifestement pas, le porte-parole du gouvernement, qui s’est exprimé à l’issue du Conseil de gouvernement de ce jeudi 25 février.
Contacté par notre rédaction, le ministre et porte-parole du gouvernement, Mustapha Khalfi, nous a annoncé après son point de presse un chiffre de mobilisation de 39% dans le secteur public (chiffres du ministère de la fonction publique et de la modernisation de l'administration).
Le ministre de la communication a estimé que l’essentiel du mouvement de grève s’est concentré sur la sphère publique, car le secteur privé a connu un taux de participation d'à peine 4,8% (chiffres du ministère de l'Emploi et des affaires sociales).
"L'essentiel est que la grève se soit passée dans un climat pacifique et démocratique, mais elle reste à notre sens injustifiée, car les négociations sur la réforme des retraites ont trop duré. Contrairement aux accusations syndicales, nous navons pas gelé le dialogue social, vu que nous avons organisé 8 rencontres avec les syndicats et engagé 13 MMDH pour mettre en oeuvre l'accord du 26 avril 2011 (augmentation des salaires, rééchelonnement dans la fonction publique ...)".
Khalfi a refusé de commenter les chiffres "historiques" du front syndical, en arguant que le gouvernement refusait une polémique sur cette "mobilisation présumée".
Le ministre a aussi critiqué la couverture médiatique de 2M sur le déroulement de la grève, en accusant la direction de la chaîne télévisée du service public d’avoir failli à son devoir de réserve. Il a ainsi dénoncé l'intervention "déplacée" de la présentatrice du journal télévisé en arabe, qui a déclaré que "la rédaction de 2M soutient le mouvement de grève d'aujourd'hui".
"Si les journalistes avaient le droit de porter un brassard rouge de solidarité avec les grévistes, ils ne devaient pas faire preuve de parti-pris syndical dans le cadre de leurs attributions, qui relèvent du service public".
Ce qui est certain, c'est qu'une partie importante de l'enseignement et des collectivités locales a été paralysée, ainsi que plusieurs ministères, une partie des services bancaires et des transports publics à Casablanca.