Officialisation de la langue amazighe: Les propositions du PAM
Le groupe parlementaire du PAM de la Chambre des conseillers a déposé une proposition de loi organique pour faire à terme de l’amazigh l’égal de l’arabe. Retour sur les points saillants d'un programme censé inscrire à terme le bilinguisme dans le quotidien des Marocains.
Alors que le Parlement doit adopter la loi organique relative à l’officialisation de l’amazigh avant la fin de son mandat, le PAM a déposé le 12 décembre dernier une proposition de loi devant la 2e Chambre. Dans le cadre du débat que nous avons ouvert sur cette question, nous donnons ci-dessous lecture de cette proposition de loi.
Le texte de la proposition de loi organique qui a été transmis à la 1e chambre est à l’étude depuis le 21 janvier devant la commission de l’Enseignement, de la culture et de la communication. Ses dispositions sont inspirées pour l’essentiel de celles déposées en 2011 par le RNI, avant que ce parti ne retire sa proposition de loi au lendemain de son entrée au gouvernement Benkirane.
Dans les 83 articles de sa proposition de loi, le PAM définit les mécanismes de trois grands axes qui instaureront à terme un bilinguisme équilibré entre l’arabe et l’amazigh, pour les générations futures. Le PAM place la barre très haut, puisqu'il propose une égalité parfaite entre les deux langues officielles et l'instauration d'un vrai bilinguisme.
L’enseignement graduel de l’amazigh
La priorité sera le volet éducatif pour que l'amazigh passe du statut de langue enseignée à celui de langue d’enseignement. Les enfants comme les adultes seront concernés, car l’amazigh devra également intégrer le programme de lutte contre l’analphabétisme.
L’apprentissage passera par l’enseignement public mais aussi privé de manière graduelle dans les cycles primaire, secondaire, supérieur et dans les cycles de formation professionnelle. L’officialisation de l’amazigh concernera aussi les Marocains des missions étrangères et MRE, afin qu’ils ne soient pas décalés vis à vis de leurs compatriotes.
En 2003, le Roi Mohammed VI a tranché pour que l’enseignement de cette langue officielle soit basé sur des manuels écrits en alphabet tifinagh.
Des services publics et privés amazighophones
Un effort devra être consenti pour que les fonctionnaires des administrations, offices publics, collectivités territoriales (locales et régionales) soient formés à son utilisation et que les amazighophones puissent se faire comprendre des services de l’Etat.
Pour y arriver, tous les documents papier ou électroniques traditionnellement en arabe devront avoir un pendant amazigh. Cela nécessitera du temps et des moyens financiers conséquents pour que l’usage des services publics mais aussi privés devienne accessible aux amazighophones:
-Etablissement des documents officiels en amazigh (CIN, permis de conduire, passeports …)
-Rédaction des rapports et PV en amazigh.
-Noms des administrations et des établissements publics (processus en cours)
-Banalisation des discussions, déclarations et délibérations lors des réunions officielles.
-Sceaux officiels, logos ministériels et des administrations publiques en version amazighe.
-Contrats rédigés et enregistrés auprès des notaires et avocats (vente, bail, travail …)
-Secteur judiciaire polyglotte, qui tient compte des coutumes amazighes (interprètes ...)
Une visibilité médiatique accrue
La présence de l’amazigh dans les médias est aussi importante que son instauration progressive dans l’enseignement et les services publics, auxquels sont confrontés les citoyens marocains.
Pour cela, l’Etat doit réviser les cahiers des charges des établissements audiovisuels publics pour réserver une part plus importante de leur programmation aux productions en amazigh à la télévision, au cinéma, théâtre … Les programmes arabophones ou étrangers devront être traduits en amazigh.
Le quota actuel qui oblige les chaînes publiques à diffuser au moins 30% de leurs programmes en langue amazigh doit être respecté, sous peine de sanctions de l’autorité de régulation (ANRT).
A terme, les médias audiovisuels devront augmenter la part des émissions en amazigh à 50% de leur temps d’antenne et consacrer 50% de leurs budgets pour produire des programmes en amazigh.
Les séances parlementaires des chaînes publiques devront faire l’objet d’une traduction instantanée. La radio amazighe ainsi que la chaîne TV Tamazight 8 devront être diffusées 24 heures sur 24.
Le processus de normalisation du bilinguisme sera long, mais il ne fera que suivre celui qui a conduit la langue arabe à supplanter le français dans la vie des Marocains, après 44 ans de protectorat.
Drnier point, tous les intervenants au débat s'accordent sur un point: la progressivité.