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Youssef Mouhyi (CGEM): “Mes premiers pas à la Chambre des conseillers”

Chef d’entreprise, membre depuis 18 ans de la CGEM, ancien président de la confédération pour la région de Marrakech-Tensift, Youssef  Mouhyi siège depuis octobre 2015, à la Chambre des conseillers.

Youssef Mouhyi (CGEM): “Mes premiers pas à la Chambre des conseillers”
Patrick Marescaux
Le 2 février 2016 à 8h10 | Modifié 2 février 2016 à 8h10

Rencontre avec un élu qui, sans langue de bois, parle de ses nouvelles activités, de ce qui fonctionne bien, mais aussi de ce qu’il est urgent de réformer.

-Médias24: Avec le peu de recul que vous avez, est-ce que la vie de la Chambre des conseillers correspond à l’image que vous en aviez avant votre élection?

-Youssef Mouhyi: Honnêtement, non! Parce que l’image que tout le monde a de la Chambre, correspond forcément aux rumeurs qui circulent et qui sont complaisamment colportées: beaucoup d’élus seraient des voleurs, des bandits, qui pensent avant tout à se sucrer etc…

La réalité est tout autre: ce sont des gens qui travaillent et qui sont très honnêtes. Certes, il peut y avoir encore quelques personnes pas très nettes, mais cela concerne uniquement la façon dont ils ont été élus et il y en a de moins en moins.

En réalité, on trouve à la Chambre des élus qui ont envie de travailler pour le bien du pays, même s’il peut arriver, parfois, qu’ils ne le fassent pas de la bonne manière. Mais ce sont des gens respectables et souvent de vrais experts.
 A l’extérieur, on dit aussi parfois que les élus s’amusent, qu’ils ont acquis un poste et qu’ils se reposent. C’est tout le contraire! Il y a beaucoup de textes, d’écrits, d’administratif qu’il faut traiter. Alors? mes confrères et moi, sommes conscients de la responsabilité qui pèse sur cette Chambre pour faire avancer le pays. Il est dommage que nos concitoyens ne se rendent pas compte des enjeux de nos débats: quand on discute, par exemple, de la justice de demain au Maroc, du statut des juges, on engage le pays pour 15 ou 20 ans: il y a donc une profondeur dans notre réflexion.

-Quels sont, pour vous, les points forts et les points faibles de la Chambre des conseillers?

-Parmi les points forts, sans aucun doute, notre présence aux côtés des syndicats des salariés. Il y a aussi le fait que l’on ne soit pas nombreux: nous ne sommes plus que 120 conseillers contre 270 précédemment, ce qui facilite le travail.

Autre point essentiel: nous avons tous compris, après le discours de Sa Majesté, que l’on devait se détacher  de la politique pour être dans l’expertise.

Maintenant, pour parler des faiblesses, il y en a une principale: les fonctionnaires qui ne travaillent pas! Certes, il y a autour de nous des fonctionnaires remarquables, qui font un travail de grande qualité. Mais il faut le dire, ce n’est pas le cas de tous: à une époque, les partis avaient l’habitude de caser le cousin de l’un, la sœur de l’autre… Des gens qui bénéficient d’une rente de situation mais qui n’ont pas envie de travailler et qui sont même souvent absents!

Heureusement que sur la proposition du bureau de la Chambre et de son président qui fait «au passage» un travail remarquable de restructuration, le règlement intérieur est en train d’être revu pour mette fin à ces abus. On en profite aussi pour dépoussiérer ce règlement intérieur, pour  régler les difficultés de fonctionnement interne.

Par exemple, le règlement prévoit beaucoup de nominations en fonction du poids numérique des uns et des autres. Alors que, bien évidemment, c’est la compétence d’un élu, sa spécialité qui devrait le propulser vers telle ou telle représentation: on ne peut plus envoyer, pour travailler avec les instances européennes, quelqu’un qui n’a aucune connaissance du dossier en question, ou ne maîtrise pas la langue, même s’il représente un groupe puissant. Simplement, parce qu’il aura en face de lui des interlocuteurs compétents et puissants.

-Au Maroc, on peut être élu et garder ses activités professionnelles. Le fait de vous partager entre Rabat, où vous siégez et Marrakech où vous avez toujours votre entreprise, vous permet-il de gérer convenablement votre emploi du temps?

-Ce n’est pas facile du tout à gérer! Parce que, déjà, le fait d’être à la CGEM est très prenant: je me dois d’assister aux conseils d’administration, aux différentes réunions dereprésentation, y compris régionales.

C’est d’autant moins aisé, que l’on n’est pas toujours très bien organisé, loin s’en faut ! C’est un défaut au Maroc de programmer des réunions à la dernière minute! Et c’est le même problème à la Chambre: il y a beaucoup de décalages, de réunions de commissions qui sont décidées  la veille.

Il faut donc faire des choix. Et c’est souvent au détriment de mon travail de chef d’entreprise. Heureusement qu’au sein de l’entreprise, je suis aidé par un encadrement sérieux à qui je délègue un maximum. Sinon, ce serait très, très difficile… Parce que les autres responsabilités, on ne peut pas les déléguer: les responsabilités au niveau de la Chambre des conseillers sont personnelles et la présence est obligatoire: on est là pour défendre les intérêts des citoyens et des professionnels qui nous ont élus et notre présence est normale.

D’autant plus que la vision de professionnels issus de l’entreprise dans un monde de gens issus souvent de l’administration ou de professions libérales amène plus de pragmatisme: on va droit au but pour gagner du temps. Alors que dans une vue plus administrative, on prend son temps: je pense que l’on apporte beaucoup dans ce domaine.

-Mais, au final, vous n’avez pas le pouvoir de décision qui revient à la première Chambre: n’est-ce pas un peu frustrant ? 

-Fonctionner à deux têtes est très important. La réflexion doit toujours être faite à deux. Mais il faut qu’il y en ait un qui tranche. Sinon en cas de désaccord, tout serait bloqué.

Avec le système actuel, lorsque nous discutons d’un amendement avec le ministre concerné par un texte, nous arrivons souvent à le convaincre, si bien que lorsque le texte repart devant la première Chambre, la majorité suit le ministre et donc reprend notre amendement; aujourd’hui, le code de la presse nous a amenés à proposer 17 amendements: 5 ont été acceptés, que j’ai moi-même, avec la conseillère Neila Tazi, négociés. Nous avons donc réussi à faire passer pas mal de choses.

Mais on n’arrive pas à convaincre sur tout, par exemple, sur la parité: à la tête du Conseil national de la presse, on estime que l’on doit avoir un homme et une femme. Le ministre n’a pas accepté, mais la commission a quand même voté pour. 

Nous avons donc lancé le débat, et cela va permettre à la première Chambre de se pencher sur la question. Mais encore une fois, tant mieux si ce n’est pas une lecture bloquante. Cela apaise et permet à la première Chambre de se dire: on a pris conseil, on peut valider ce qu’ils nous ont proposé ou pas. Et en règle générale, quand c’est accepté par le gouvernement, le problème ne se pose plus, cela passe.

-Qu’est-ce qu’il y aurait à faire pour que cette Chambre des conseillers fonctionne aussi bien que vous le souhaitez?

-Il faudrait mettre plus de monde à notre disposition, ainsi que des moyens financiers supplémentaires. Parfois, on a besoin de faire une petite étude par soi-même. Le budget mis à la disposition des groupes ne fait pas l’affaire en cas de dossiers  compliqués. Mais surtout, nous manquons de moyens humains. Pour moi, c’est essentiel. Même si au niveau de la CGEM, nous n’avons pas trop à nous plaindre puisque nous avons les experts de la confédération à notre disposition. Mais l’idéal serait que, comme en France, chaque parlementaire ait son ou ses assistants, capables de passer 8 ou 10 jours sur un dossier spécifique.

-Vous vous considérez donc davantage comme des professionnels, des experts, que comme des politiques, même si tout est plus ou moins politique?

-En fait, nous sommes des professionnels dans la politique. C’est très important car parfois un politique n’a pas une  vision opérationnelle. C’est bien d’avoir une idée, mais il faut, pour concrétiser, une vision pratique, réaliste.

Nous, nous apportons cette réalité du terrain. C’était la volonté de Sa Majesté et des constitutionnalistes, qui ont décidé d’amener ce sang neuf pour donner cette touche de réalisme indispensable.

-En étant à la fois chef d’entreprise et élu à Chambre des conseillers, ne risquez-vous pas, un jour, d’être confronté à un problème de conflit d’intérêt? Et même si ce n’est pas le cas,  n’avez-vous pas une vision forcément plus ou moins corporatiste?

-C’est une question essentielle! C’est d’ailleurs une des premières choses que l’on remarque en lisant le règlement intérieur, qui exige qu’un conseiller, qui pourrait avoir un intérêt personnel sur un sujet, s’abstienne de toute participation aux débats.

Mais malgré tout, ce que vous dites est vrai: quand, à une époque,  les syndicats ont défendu les intérêts exclusivement des salariés, ils l’ont fait avec une réaction corporatiste.  Aujourd’hui, il y a une discussion par la force des choses et notre présence permet d’amener la vision de l’entreprise dans toute réflexion. Et je ne pense pas que ce soit une mauvaise chose!

Dans notre monde, l’entreprise est un moteur: c’est le moteur de l’emploi, de la richesse, de la valeur ajoutée; c’est le moteur de la croissance: vous ne pouvez pas légiférer si vous n’intégrez pas systématiquement cette dimension là, comme vous devez intégrer la dimension humaine, la dimension syndicale, la dimension de la parité, du genre, de la durabilité etc.

Cette dimension entreprise est une dimension stratégique dont on doit tenir compte dans toute réflexion, dans toute loi. Sauf qu’avant, cette dimension n’avait pas les bons défenseurs… ou pas de défenseur du tout. 

Pour répondre totalement à votre question, je dirais qu’il faut un minimum d’honnêteté: si nous avons parmi nous quelqu’un qui est dans l’agriculture, ce ne serait sans doute pas très intelligent qu’il soit dans les commissions qui défendent les lois spécifiques au monde agricole. Parce que, à un certain moment, il serait amené à défendre son prè carré.

A la deuxième Chambre, nous sommes tous très vigilants sur ce point: on se surveille entre nous! Mais on n’a même pas besoin de le faire, car les députés s’autocensurent dès qu’ils se trouvent directement concernés.

-Pour conclure, qu’est-ce qui vous plaît dans ces nouvelles activités?

-C’est très personnel! Dans ma famille, mon père, mon grand-père, mes oncles, ont toujours été des gens qui ont apporté quelque chose au pays. A l’époque du protectorat, ils se sont battus pour la liberté du Maroc; ils se sont battus pour la construction du Royaume. Et je poursuis ce qu’ils ont commencé. Je sers mon pays comme mes parents l’ont servi.

J’ai grandi dans une famille où l’on se posait souvent la question: qu’est-ce que l’on peut apporter aux autres? Parce que Dieu nous a donné la santé, le travail: il faut à notre tour donner quelque chose, avec cette envie de participer au développement, à la richesse, au bien-être de nos concitoyens.

Je me suis toujours senti concerné par la chose commune et donc par la Politique avec un grand P. J’aurais sans doute pu faire de la politique: j’ai souvent été sollicité, mais je trouve qu’en gérant mon entreprise correctement, je participe à la vie locale, au développement de l’emploi etc.

Après, pour faire de la politique pure et dure, il faudrait que je me libère de tout ça: je n’y suis pas prêt. Mais j’ai trouvé actuellement le bon compromis, avec une partie de mon temps que je donne à la communauté et le reste du temps que je consacre à mon entreprise.

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Patrick Marescaux
Le 2 février 2016 à 8h10

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