Louardi: “Nous soutenons notre confrère Dr Lahna, il doit juste se conformer à la loi”
Sur les réseaux sociaux, le Dr Lahna dénonce les blocages que subit son centre médico-social où il donne des consultations gratuites aux réfugiés et aux démunis. Le ministre de la Santé s'explique et l'appelle à "se conformer simplement à la loi".
Nous vous en parlions il y a moins de deux semaines. Le Centre "socio-médical" Injab ouvrait alors ses portes.
Le Docteur Lahna, son directeur, avait annoncé la nouvelle sur Facebook. Elle avait été largement reprise par la presse. Cet établissement, destiné aux Subsahariens, aux Syriens et aux Marocains démunis pour les soigner à moindre coût, voyait donc le jour dans le quartier de Farah Salam à Oulfa, en périphérie casablancaise.
Sauf que lundi, une délégation ministérielle est venue en visite dans le centre, ce qui a perturbé le cours des événements pour les employés du "cabinet": un gynécologue, deux médecins-légistes, une sage-femme, une assistante sociale et une assistante administrative, selon les informations fournies par ce personnel. Pour le médecin, le centre est "en pause", suite à cette visite par "deux délégués de l’inspection, un représentant de l’ordre des médecins et un de la délégation régionale de la Santé".
Le centre "en pause"
Le Dr Lahna, ancien chef de clinique des universités de Paris VII, dit se limiter pour le moment à faire de la communication. Les ONG, dont Yalla Maroc, qui avaient soutenu le projet et comptaient, toujours selon Zouhair Lahna, aider à lever des fonds pour couvrir les frais d’intervention et de laboratoire, de même que les cliniques et les hôpitaux "partenaires", se sont, pour le directeur, retirées de l’initiative par peur.
Actuellement, le médecin discute "avec des mécènes et des donateurs individuels", et n’abandonne pas l’espoir d’un jour reprendre les pourparlers avec des ONG et des soutiens publics comme privés, nationaux comme internationaux.
Le professionnel de la médecine spécialisé dans l’humanitaire voit plusieurs obstacles au développement de son centre. Tout d’abord, celui-ci concurrencerait les offres déjà présentes dans le quartier, d’autant plus que toute personne pourrait se prétendre démunie pour bénéficier de consultations et autres prestations gratuites.
Par ailleurs, l’établissement sortirait trop "des sentiers battus", avec sa mission humanitaire. Affirmant avoir déposé une demande d’autorisation pour le cabinet dix jours avant l’ouverture de ce dernier, le docteur ne comprend pas que les inspecteurs ne l’aient pas prévenu de leur visite, ne fournissant aucun détail sur le déroulement de celle-ci.
Les explications du Dr Louardi, ministre de la Santé
Le ministre de la Santé, joint par Medias24, a répondu que l'envoi de la commission relevait de ses prérogatives. "Bien sûr que nous ne l’avons pas prévenu. Etant donné qu'il n'a pas d'autorisation du Conseil de l'Ordre des médecins, une visite inopinée du ministère est possible. C'est la loi. Certes, il a bien déposé une demande en tant que médecin spécialisé en gynécologie pour un cabinet. La dénomination 'centre médico-social' pose alors problème."
Et d'ajouter: "Par ailleurs, quand le Dr Lahna a exercé en France, il a obtenu une radiation de l'ordre marocain, car on ne peut être inscrit dans deux ordres. Il doit désormais fournir la preuve qu'il est radié de l'ordre français."
Pour le ministre, il s'agit uniquement de clarifier la situation aux yeux de la loi. "Nous soutenons ce confrère, mais il doit se conformer à la loi. Qu'il crée une association par la suite et le ministère pourra l'aider, lui fournir des moyens... Actuellement, d'autres confrères nous appellent pour que nous éclaircissions l'affaire, car avec la publicité que fait le centre, cela devient de la concurrence déloyale." La visite avait un but purement informatif, d'après le ministre.