Pourquoi les prix à la pompe ne baissent pas aussi vite que les cours du pétrole
Les consommateurs s’interrogent. Ils voient les cours mondiaux dégringoler et les prix marocains freiner. Que se passe-t-il? Explication apr des sources de la profession.
Ce lundi 25 janvier, les prix constatés à Casablanca étaient les suivants (montage photo ci-dessous):

La différence d’une enseigne à l’autre, d’une station à l’autre, est en soi trop importante et montre bien que la concurrence entre marques est insuffisante. Mais elle n’explique pas tout. Loin de là.
Légalement, les prix sont libres et de ce fait, les distributeurs ont toute latitude de les augmenter ou de les baisser en fonction de leurs stratégies commerciales.
Chacun observe le voisin et concurrent et en fonction de sa propre stratégie de conquête de parts de marché, baisse ou augmente ses prix. Souvent et de manière ponctuelle, Winxo s’est par exemple placé en dessous d’Afriquia.
De son côté, en raison de son poids national, Afriquia fait le marché ou en tous les cas, pèse très fortement dessus.
Au final, Shell s’est en gros situé dans la tranche haute du prix. Total juste en dessous et Afriquia a opté pour les prix bas, pesant sur le marché dans le sens de la baisse.
Mais cette petite concurrence n’explique pas pourquoi les prix n’ont pas baissé davantage. La différence entre le prix théorique et le prix pratiqué flirte avec les 50 centimes/l pour le super et les 85 centimes pour le gasoil. Chez Afriquia, le plus bas actuel du marché, elle est respectivement de 35 et de 62 centimes/l.
La première raison à cette situation est que les opérateurs ont manifestement effectué un rattrapage, en intégrant dans leur prix de revient, des coûts oubliés ou sous-estimés par l’ancienne formule de calcul. Par exemple, la hausse des taxes portuaires, l’augmentation du prix du transport, le calcul de la densité du produit ou encore les commission de changes sur le dollar. C’est ce que nous expliquent des sources professionnelles.
La seconde raison est plus inattendue. L’Etat impose aux distributeurs de tenir 20 jours de stocks au minimum. Cela signifie en réalité, si l’on tient compte des rotations et de l’approvisionnement des stations, des stocks qui peuvent atteindre 35 ou 40 jours.
La baisse des cours joue contre les distributeurs qui stockent. Lorsque vous achetez à un prix donné et que le cours international baisse, votre stock est déprécié. Surtout si vous vendez en tenant compte des cours les plus bas.
Ce différentiel de prix, depuis une année environ, a fait perdre à la profession, selon les mêmes sources, plusieurs dizaines de millions de DH, peut-être 1 milliard.
La profession considère que le stock est une obligation stratégique d’intérêt public et souhaiterait que l’Etat intervienne en matière de coût de financement, de coût de stockage et de risque sur les cours.
En d’autres termes, on nous vend du carburant plus cher que le cours mondial, car on ne nous vend pas au prix du jour, mais au prix de deux à trois mois auparavant.
