Tentatives pour ressusciter la koutla, le champ politique bouge
La tentation de ressusciter la Koutla démocratique est de retour. Elle est dans l’air, les partis concernés se parlent. Tour d’horizon.
La Koutla pourra-t-elle renaître de ses cendres? En tout cas, c’est ce qu’ont -implicitement- laissé entendre les chefs de file du Parti du progrès et du socialisme (PPS), de l’Istiqlal et de l’Union socialiste des forces populaires (USFP), lors d’une rencontre organisée jeudi 7 janvier à Casablanca sur le bilan du gouvernement. Ceci, en présence du ministre PJD de la Communication, Mustapha Khalfi, lors d'une rencontre organisée par le journal Al Michâal et Chouf TV.
Le PJD, l’allié fidèle et proche du PPS, le sait et semble l’accepter. Bien que l’Istiqlal et l’USFP se situent en principe dans lopposition.
Chacun a ses calculs. Benkirane aimerait pousser l’Istiqlal à dénoncer définitivement son alliance avec le PAM.
Le PPS de Nabil Benabdellah a tout intérêt à un tel rapprochement: d’une part, cela pourrait légitimer et donner raison a posteriori à sa présence au gouvernement et à sa stratégie de positionnement politique. Cela créerait également un pôle “maâkoul“ [sérieux] et démocratique plus large. Et montrerait que le PJD n’a pas le monopole de la vertu.
Benkirane et Benabdellah seraient également heureux de recevoir du renfort dans leur croisade contre le PAM et son supposé autoritarisme.
L’Istiqlal et l’USFP, en perte de vitesse tous les deux, gagneraient de la visibilité en cas d’alliance formelle, voire d’une participation à un prochain gouvernement.
Comme dit l’un des leaders des formations concernées, “tout cela est subtil et tout en finesse“.
La koutla est gelée depuis la formation du gouvernement en 2012. Rappelons à ce titre que l’USFP avait décliné l’offre du chef de gouvernement, alors que le parti de l’Istiqlal et le PPS avaient accepté de s’allier au PJD. L’Istiqlal s’était retiré en 2013, avec fracas.
Mohamed Ansari, membre du comité exécutif du parti de l’Istiqlal estime dans une déclaration à Médias 24, qu’il est urgent de rattraper le temps perdu et de s’unir de nouveau autour de la Koutla afin de relever les défis des prochaines échéances électorales.
Mais la priorité, selon lui, est de pouvoir reconstruire l’union interne du PI avant de passer à l’étape des alliances. Ce parlementaire istiqlalien imagine une future majorité gouvernementale entre les partis de la koutla et le PJD et une opposition forte dirigée par le parti Authenticité et modernité.
Cette configuration de l’échiquier politique est possible, selon les observateurs. Mais l’expérience a déjà démontré qu’en dépit des engagements pré-électoraux, l’échiquier politique marocain reste façonné selon les résultats des élections.
Les alliances se font et se défont au gré des circonstances et des intérêts suscitant les critiques de part et d’autre.
«Rien ne présage pour le moment que la formation des alliances connaîtra un quelconque changement», souligne le professeur des sciences politiques Ahmed El Bouz. Tous les scénarios sont possibles, selon lui.
Il pense même que malgré les passes d’armes entre le PJD et le PAM, ces deux partis politiques pourraient s’allier pour former un prochain gouvernement. Tout reste envisageable.
D’ailleurs, la formation des alliances politiques au Maroc est vertement critiquée aussi bien par les observateurs que les citoyens avertis. I
ls sont nombreux à penser qu’éthiquement, les partis politiques sont appelés désormais à annoncer leurs intentions d’alliances sur des bases claires avant les élections.
En fin connaisseur de la scène politique marocaine, le progressiste M’hammed Grine estime que le Maroc a fortement besoin de l’émergence de grands pôles autour des programmes pour dépasser les surenchères verbales qui ont caractérisé le champ politique marocain pendant les trois dernières années.
Pour atteindre les objectifs escomptés, il s’avère nécessaire, de l’avis de M. Grine, que les formations politiques annoncent noir sur blanc les alliances envisagées et celles qui sont impossibles pour que les citoyens puissent voter en connaissance de cause. Encore faut-il respecter les engagements pris.