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ECONOMIE

La pénurie d'eau devient structurelle, un programme national d'impose

 
Alors que le gouvernement planche sur un plan d’urgence anti-sécheresse, le déficit chronique d’eau nécessite des mesures de gestion durable.   

La pénurie d'eau devient structurelle, un programme national d'impose
Ariane Salem
Le 30 décembre 2015 à 20h06 | Modifié 11 avril 2021 à 2h37

La problématique de la sécheresse refait son apparition ce mois-ci, en manchette des journaux. A chaque épisode sec, presse et gouvernement font mine de redécouvrir l’endémie hydrique que connaît le Maroc. Car le problème de la sécheresse est structurel. 

Le pays est passé de 2.500 m3 d’eau disponibles par habitant par an en 1960 à moins de 500 mètres cubes aujourd’hui selon l’ONU. En dessous de 1.000 m3, on considère qu’on est en situation de stress hydrique. 

C’est pour les agriculteurs traditionnels que la compétition pour la ressource hydraulique est la plus rude, alors que l’agriculture constitue le premier pilier de l’économie marocaine.

Les prévisions de croissance en 2016 ont été révisées à la baisse, en raison de l’aléa climatique. Cette situation a également des répercussions sociales en poussant année après année les habitants des zones rurales vers la ville. 

Comment le Maroc s’arme-t-il contre ce déficit structurel hydraulique? 

Une saison de sécheresse aux conséquences redoutables

C’est officiel, le pays entame une année sèche. Alors que la pluie se fait attendre depuis 2 mois, la campagne agricole 2015/2016 est compromise.

Le déficit pluviométrique était estimé à la mi-décembre à près de 50%. Et à la même date, seuls 3 millions d’hectares ont été emblavés au lieu de 4,5 à 5 millions généralement réalisés. 

Le gouvernement planche sur un plan d’urgence pour venir en aide aux agriculteurs les plus menacés. 

Les zones bours - d’agriculture pluviale - sont les plus affectées par le déficit pluviométrique, dominées par les cultures céréalières et de légumineuses de type traditionnel. Le petit élevage est également déjà mis en difficulté. 

Les zones irriguées par les barrages sont épargnées. Ces terres, destinées à la culture d’exportation et industrielle représentent 15 à 20% de la surface utile totale. Profitant ces dernières années d’une bonne pluviométrie, stockée dans les barrages, cette partie de l’agriculture tient le coup. Au 30 décembre, les barrages présentaient un taux de remplissage confortable de 62,4% contre 73% l’année précédente.

D’après Ahmed Darrab, secrétaire général de l'ASPAM (association des producteurs d'agrumes marocains) il est encore temps de sauver une partie de la culture de printemps, s’il pleut dans les prochains jours. Cette pluie serait salvatrice pour reconstituer les nappes phréatiques, et donc les puits dont dépendent les agriculteurs traditionnels. 

Pour ce dernier, les mesures du plan d’urgence doivent inclure le soutien direct aux agriculteurs à travers la distribution de fourrages, et d’aliments du bétail. Il faut également apporter des mesures de soulagement aux crédits de campagne, en garantissant le rééchelonnement des emprunts agricoles. 

Dessalement, goutte à goutte, sensibilisation comme remèdes à la pénurie durable de l’eau

Le plan d’urgence n’a pour seul objectif que qsoulager la charge de l’aléa climatique sur les agriculteurs. Or, le déficit hydraulique est devenu structurel au Maroc. Pour Ahmed Darrab, la fréquente répétition des épisodes de sécheresse rend prioritaires les grands chantiers d’adduction de l’eau. 

Le projet pharaonique de creuser un grand canal transférant les eaux excédentaires du Nord vers le Haouz au Sud apparaît comme le moyen le plûs sur de faire face au problème structurel de l’eau. Les projets de dessalement d’eau de mer ne lui paraissent pas être la solution adéquate pour l’agriculture, car le coût de revient du mètre cube d’eau demeure trop élevé. 

Pour El Houssaine Kafouni, président de l’association nationale Eau et énergie pour tous, les unités de dessalement présentent au contraire un des piliers d’un plan national de gestion de la pénurie d’eau.

Laâyoune et Boujdour ont d’ailleurs déjà recours à cette technologie à usage agricole. Ces unités de dessalement doivent éclore tout le long du front de mer, insiste le militant associatif, à l’image de ce qui se fait en Espagne.

Le ministère de l’Agriculture a déjà lancé cette année un appel d’offres pour la construction d’une telle unité au Sud d’Agadir pour la région du Souss-Massa, qui permettra de soulager la nappe de Chtouka, en déficit hydraulique non renouvelable de 60 millions de m3 par an.  Une autre est prévue à Dakhla.

Pour ce dernier, les améliorations technologiques ont permis d’abaisser le coût du m3 d’eau à usage agricole de 16 dirhams au coût acceptable de 6 dirhams aujourd’hui. A titre de comparaison, l’eau de barrage coûte 1DH/m3 et l’eau de la nappe entre 2 et 3 DH/m3. L’eau devenant rare, elle se fait plus chère et ce renchérissement doit inciter les agriculteurs à des mesures d’économie de la ressource. 

Pour cet ancien député, devenu activiste écologique, une partie de la solution réside dans la lutte contre le gaspillage de l’eau. Les sources de gaspillage sont les plus présentes au moment de l’acheminement de l’eau et de l’irrigation. Or l’agriculture exploite 86% des eaux gérées par les agences de bassin. Pour lui, les agriculteurs doivent aller vers l’irrigation au goutte-à-goutte et les cultures peu consommatrices d’eau. 

Les fuites d’eau creusent également la facture hydraulique. Sur le réseau de distribution de Casablanca, les pertes sont estimées à 24% soit 46 millions de mètres cubes en 2014. Avec une maîtrise de ces fuites à l’échelle nationale, on pourrait aisément économiser 200 millions de mètres cubes par an, remarque-t-il. 

Il note également l’absence de traitement des eaux usées, dont 2 milliards de mètres cubes sont rejetées dans la mer. C’est l’équivalent de 4 barrages. Il faut tendre vers le traitement des eaux usées et leur réutilisation à but agricole. 

Il souligne des lacunes au niveau de l’éducation. La question de la gestion des ressources doit être intégrée aux programmes scolaires, pour que les nouvelles générations s’approprient une culture écologique.

Plus inattendu, il propose également aux imams de sensibiliser les croyants au non-gaspillage lors de la prière du vendredi, pour un impact fort auprès des adultes. Ce changement des mentalités doit également prendre forme au niveau institutionnel. Il prône la constitution d’un ministère de l’Eau à part entière, détaché du ministère de l’énergie et des mines, à même de défendre une réforme de la loi sur l’eau, solide et assortie d’une police environnementale efficace. 

Au sujet des grands ouvrages, Kafouni prône également le projet de grand canal hydraulique, acheminant l’eau du nord vers le sud et la construction de petits barrages collinaires, pour reconstituer les nappes dans les zones semi-arides.

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Ariane Salem
Le 30 décembre 2015 à 20h06

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