Mountassir Billah met en garde contre un “essoufflement“ du secteur numérique
Le patron de l’ANRT Azzedine Mountassir Billah a évoqué tout ce que le digital a changé dans nos vies et dans l’économie lors du 2e African Digital Summit (ADS) tenu à Casablanca cette fin de semaine. Il a mis en garde contre un “essoufflement“ du secteur.
L’homme chargé de réguler le secteur des télécommunications connaît ses tables. Il rappelle les 400.000 lignes de téléphone (fixes) au Maroc en 1985 et les 44 … millions d’aujourd’hui ; les 15 millions d’abonnés à Internet d’aujourd’hui avec un taux de pénétration supérieur à 55%.
«Le secteur des télécoms rappelle A. Mountassir Billah était un secteur pour lequel l’Etat peinait à trouver des financements pour y investir dans les années 1990. Aujourd’hui, le secteur rapporte plus de 12 MMDH en recettes fiscales à Rabat pour un chiffre d’affaires global de 34 MMDH,» dont 85% viennent des particuliers. C’est justement cette proportion de 85/15 qu’il s’agit de changer.
Plus de services et de contenus
Mountassir Billah a attiré l’attention de son audience composée de professionnels de la com et des télécoms, d’observateurs et de hauts-fonctionnaires, sur le possible essoufflement du secteur. Raison invoquée: la croissance du secteur des télécoms marocain s’est faite sur la voix et son avenir passe par un fort développement du contenu vidéo, texte, data, images.
Pour cela, Mountassir appelle à la mise en place d’un véritable écosystème pour développer les services et les contenus. Comme cela a été fait pour l’automobile ou l’aéronautique au cours de ces dernières années.
Avec un cadre fiscal adapté, une programmation de la formation, de l’exportation et beaucoup de synergies.
Aujourd’hui, tout cela se fait, mais de manière éparpillée. Une responsable digitale de BMCE Bank avoue “que les compétences manquent et qu’on est obligé de débaucher chez nos prestataires et partenaires“.
Buzzkito lui n’a attendu ni Maroc Export ni écosystème pour produire du contenu en arabe: «Pour le vendre au Maroc, mais aussi en Algérie, en Tunisie et en Egypte,» explique un de ses dirigeants sur la scène principale.
Pour Mountassir Billah, «la seule réussite en matière de services digitaux est constituée par le boom de l’offshoring, qui représente 8 MMDH de chiffre d’affaires pour le pays».
L’écosystème pour les services et les contenus c’est d’abord des RH, des créatifs et des nouvelles technologies.
L’autre piste de développement, non exclusive de l’option écosystème, est double, selon Mountassir Billah. Il parle d’un “chemin court, qui consisterait à accompagner les petites start up familières du numérique». Puis «il y a le chemin long, avec une locomotive tirée par l’Etat et les grands groupes».
Mountassir Billah aura également appelé les grands groupes privés et les administrations «à investir le champ numérique».
Malgré les stratégies de e-gouvernement et Maroc Numeric, l’administration n’est pas en avance et l’interaction numérique avec de nombreux groupes privés reste parfois laborieuse, comme dans les banques et les assurances.
Réorienter le secteur vers les services et les contenus, se tourner résolument vers l’avenir, constituent des choix qui ne peuvent que profiter à l’emploi et à la formation. Plus du tiers des entreprises sondées par le cabinet Kurt Salmon pour l’étude sur les tendances digitales 2016 au Maroc comptent embaucher. Au 2e ADS cette semaine à Casablanca, la grande majorité des présents avaient moins de 35 ans.