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Développement humain: le Maroc, 126e sur 188

Le Maroc est un pays à développement humain moyen. En cause: la pauvreté, la déscolarisation, le chômage et les inégalités hommes-femmes.

Développement humain: le Maroc, 126e sur 188
Zineb Bouhlal
Le 15 décembre 2015 à 15h26 | Modifié 11 avril 2021 à 2h37

Le PNUD vient de mettre en ligne son rapport sur le développement humain IDH 2015. Ce rapport comporte un classement et des appréciations relatifs à 2014.

Le Maroc est classé 126 dans ce rapport, contre 129 pour l’IDH 2014 et 130 pour l’IDH 2013*. 

Ci-dessous, l'évolution de l'indice IDH du Maroc depuis 1990.

Développement humain: le Maroc, 126e sur 188

*Chaque rapport donne le classement et l’indice de l’année précédente. Par exemple, l’IDH 2015 comprend le classement et l’indice de 2014.

Analysons dans le détail.

Selon le profil dressé par les Nations unies, grâce à la stabilité politique du pays et l’avancée en matière de santé publique, les Marocains sont globalement en sécurité. Cependant, ils sont en mauvaise posture concernant l’éducation, l’égalité et l’emploi, ce qui les empêche de développer pleinement leur potentiel.

D’après le même rapport, le Marocain moyen a une espérance de vie à la naissance de 74 ans. Le taux d’homicides quant à lui est très faible (2,2 homicides pour une population de 100.000 habitants et par an). Ce sont globalement de bonnes nouvelles.

Cependant, du côté de l’éducation, le ton change.

S’il est attendu à sa naissance que les Marocains poursuivent des études pendant un peu plus de 11 ans (ndlr: en considérant que la scolarité débute à 6 ans, on peut en déduire qu’ils doivent quitter l’école à 17/18 ans), ces prévisions sont loin d’être confirmées.

Ainsi, au final, ils quittent l’école beaucoup plus tôt (au bout de 3,2 années chez les femmes et 5,3 années chez les hommes). On se retrouve donc avec une population minoritaire ayant poursuivi des études secondaires ou universitaires (20,7% des femmes, contre 30,2% des hommes).

En suivant cette logique, on pourrait penser que les Marocains quittent l’école parce que le marché du travail leur est plus clément. Ce n’est pas le cas.

Bien que le chômage ne touche que 9,2% de la population active (19,1% des jeunes), la moitié des emplois sont précaires. Le chômage, additionné aux autres indicateurs, est un facteur favorisant la pauvreté. C’est ce que confirme le rapport.

Ainsi, concernant le niveau de vie, 33% de la population marocaine vit:

· Dans une quasi-pauvreté (12,6%)

· En pauvreté (15,6%)

· Dans une extrême pauvreté (4,9%)

Le marché du travail n’est donc pas clément, et il est encore plus dur vis-à-vis des femmes.

A compétences égales, celles-ci touchent 23% de moins que leurs collègues. En parallèle, seules 26,5% des femmes sont actives, contre 75,8% des hommes. Alors qu’on estime que les femmes contribuent plus que les hommes au travail mondial (52% contre 48% chez les hommes).

Enfin, cette marginalisation va au-delà de la discrimination professionnelle puisque près de la moitié de la population féminine déclare avoir déjà été violentée (plus de 44%).

Une situation précaire de la femme qui devrait être une préoccupation prioritaire, alors que celle-ci n’est représentée, pour le moment, qu’à hauteur de 11% au niveau du parlement marocain.

Notons, que le Maroc, 126e sur 188, est placé au milieu des pays à développement humain moyen, loin derrière l’Algérie (83e), la Libye (94e), la Tunisie (96e), l’Egypte (108e) et même la Palestine (113e).

Développement humain: le Maroc, 126e sur 188

Le classement prend en considération des indicateurs illustrant la santé, l’éducation, les revenus et leur composition, les inégalités, la pauvreté, le travail, la sécurité, les flux financiers, la mobilité, la communication, la viabilité environnementale et la démographie.

Le travail décent garantit le développement humain

L’objet du rapport 2015 des Nations unies sur le développement humain est de montrer que le travail décent a concouru à la dignité de la personne et ouvert la porte à sa pleine participation dans la société.

Dans ce sens, il considère celui-ci comme étant un ressort essentiel du renforcement du développement humain, mais distingue entre l’emploi et le travail, deux concepts n’étant pas corrélés de la même manière.

Ainsi, selon le rapport, même si les emplois fournissent des revenus et contribuent à la dignité humaine, à la participation et à la sécurité économique, ils excluent cependant une multitude de formes de travail dont l’influence sur le développement humain ne doit pas être ignorée, à savoir le travail de soins, le travail bénévole et le travail créatif, notamment l’écriture et la peinture.

Cette distinction faite, le rapport précise que le renforcement du développement humain par le travail exige des politiques publiques et des stratégies dans trois grands domaines:

- la création d’opportunités de travail: concerne les stratégies nationales en faveur de l’emploi et l’exploitation des opportunités offertes par le monde changeant du travail;

- la garantie du bien-être des travailleurs: la sauvegarde des droits et avantages des travailleurs, l’élargissement de la protection sociale et l’atténuation des inégalités;

- l’élaboration d’actions ciblées axées sur le travail durable, l’équilibre entre travail rémunéré et non rémunéré et les interventions destinées à des groupes précis, par exemple les jeunes et les personnes handicapées.

Concrètement, ces stratégies concernant l’emploi et la formation accélèrent le progrès humain et réduisent les déficits de développement humain, ce qui permet que le potentiel de tous les individus soit mieux exploité.

Cependant, bien que le travail puisse stimuler le développement humain, il peut aussi lui nuire. Le lien entre les deux n’est donc pas automatique, et est tributaire de la garantie d’un travail dit "décent" puisque le travail destructeur et exploiteur porte directement atteinte au développement humain.

Ce dernier, en accentuant la pauvreté, les inégalités criantes, la viabilité environnementale en général et les conflits politiques et sociaux, constitue un obstacle à l’épanouissement des individus. Ce sont ces obstacles qui font qu’un énorme potentiel humain reste inexploité.

Le Maroc, via son classement, en est l’illustration parfaite.

Quelles mesures adopter pour garantir le développement humain par le travail?

Enfin, selon le rapport des Nations unies, des mesures sont possibles pour avancer vers le travail décent et durables, entre autres:

- Repérer les technologies et les options d’investissement appropriées;

- S’assurer que la population possède les compétences appropriées – en combinant les compétences techniques et de qualité élevée avec les aptitudes essentielles d’apprentissage, d’employabilité et de communication;

- Reconvertir et perfectionner un grand nombre de travailleurs dans les secteurs informels comme celui de l’agriculture. Si certains travailleurs peuvent être joints par le biais du marché, d’autres auront besoin de l’aide du secteur public, d’organisations non gouvernementales et autres. Ces programmes peuvent être un moyen d’aider les femmes et les autres groupes traditionnellement défavorisés.

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Zineb Bouhlal
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