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ECONOMIE

A bâtons rompus avec la nouvelle directrice Maghreb de la Banque Mondiale

Pour la Banque Mondiale, le Maroc doit élaborer une vision de long terme de transformation économique pour entrer dans le sérail des pays émergents en 2030-2040.  

A bâtons rompus avec la nouvelle directrice Maghreb de la Banque Mondiale
Ariane Salem
Le 23 octobre 2015 à 17h00 | Modifié 23 octobre 2015 à 17h00

Marie Françoise Marie-Nelly, la nouvelle directrice Maghreb auprès de la Banque Mondiale, présentait ce vendredi matin le Cadre de Partenariat Stratégique pour le Maroc sur la période 2014-2017.

Ce cadre porte une nouvelle approche pour accompagner la transformation économique du Maroc, orientée sur la performance et l’établissement de contrats sociaux entre l’Etat et les partenaires de la société civile. 

Une nouvelle réflexion a été portée sur l’ensemble de la région MENA, pour que les actions de la Banque Mondiale contribuent à la paix et à la stabilité. Sur le terrain, ses actions intègrent la réflexion sur de nouveaux contrats sociaux entre Etats et citoyens et l’accélération de la coopération régionale. 

Deux axes qui ont toute leur pertinence au Maroc. Consciente du fait que les réformes importantes aboutissent à des échecs lorsque les attentes citoyennes ne sont pas écoutées, la Banque Mondiale appuie la participation des parties-prenantes civiles aux processus de réformes.

Pour la réforme de l’Education, l’Etat doit collaborer avec les enseignants. Sur le dossier de la décompensation, son succès dépendra des transferts des économies réalisées en direction de la population dans le besoin. 

Sur le plan régional, la Directrice a appuyé l’importance d’une plus grande coopération de la zone Mena, région la moins intégrée du monde.

Se référant au modèle de la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier au sortir de la seconde guerre mondiale, l’intégration régionale autour de l’eau, de l’énergie et de l’éducation, peut être un gage de stabilité et de prospérité régionale. Or, le Maroc est un acteur-pivot dans la région MENA. 

Sur le terrain, les actions entreprises au Maroc portent sur la compétitivité et la croissance inclusive, la gouvernance et la croissance verte.

Compétitivité: appuis sectoriels et régionaux

L’appui à la compétitivité et à l’emploi se décline également de façon sectorielle. La Banque met en place des actions de soutien en direction du tourisme et de l’agro-alimentaire. Elle étudie également les termes d’un partenariat avec le Plan d’Accélération Industrielle.

 La régionalisation avancée est également vue comme offrant une plateforme intéressante pour une déclinaison régionale des appuis à la compétitivité.

Déjà engagés dans la région de Casablanca, la Banque étudie quels sont les secteurs d’opportunité dans les régions et les collaborations possibles avec les comités régionaux d’amélioration des affaires (CREAA). 

Compétitivité: le soutien aux PME

Le soutien aux PME ne fait pas l’objet d’un programme particulier de la BM, mais il est plutôt apprécié dans le cadre de la déclinaison sectorielle des appuis de la Banque Mondiale. Toutefois, cette dernière travaille sur une action transversale en réponse à l’enjeu d’accès au financement des PME, en collaboration avec le Ministère des Finances. Il s’agit d’un fonds d’amorçage pour les nouvelles PME.

Au-delà, les experts de la Banque Mondiale ont appelé au changement de lois en direction de l’entreprenariat, soulignant que les différents outils d’aide financière ne suffiraient pas à installer de réelle transformation économique.

Pour que les exemples de réussite se généralisent, certaines avancées institutionnelles s’imposent comme l’adoption de la loi sur les délais de paiement. Si l’Etat a joué son rôle avec le remboursement de la TVA, le secteur privé doit être soumis à de plus fortes contraintes pour redonner de l’air aux PME créancières. 

Autre appel du pied, l’équipe de la Banque Mondiale a souligné l’importance pour le gouvernement de nommer les membres du nouveau conseil de la concurrence, pour que celui-ci soit opérationnel et recouvre sa capacité d’auto-saisine.

Ce nouveau cadre légal de réglementation de la concurrence participe également d’une amélioration de l’environnement des affaires, propice au développement des PME.   

Compétitivité: la fluctuation du taux de change

Le passage au taux de change flottant est une réforme appuyée par la Banque Mondiale et le FMI. L’économiste de la BM, Jean-Pierre Chauffour, a rappelé en quoi cette réforme faisait partie intégrante d’un pack de compétitivité.

La fluctuation du taux de change réduirait en effet le prix relatif des biens échangeables par rapport aux biens domestiques et entraînerait la ré-allocation des investissements en direction des secteurs de biens échangeables.

Or, c’est dans ces secteurs que résident les opportunités de gains en valeur ajoutée. Le taux de change flottant est ainsi vu comme un instrument du rattrapage économique et de l’amélioration de la productivité du travail et du capital. 

L’économiste a également estimé que les pré-requis pour un passage à la fluctuation était présent, mais qu’il fallait maintenant savoir comment intégrer cette réforme à un package de compétitivité.

Santé, éducation: approche par les résultats

Dans sa stratégie sur 4 ans lancée en 2014, les programmes d’appui, particulièrement dans la santé et l’éducation sont orientés sur la performance.

Ces «Programmes pour Résultats» sont conçus comme des prêts dont le déboursement est conditionné par l’atteinte d’objectifs tracés selon un certain nombre d’indicateurs.

La banque veut privilégier les indicateurs de qualité des services comme le taux d’alphabétisation, le taux de vaccination, le nombre de patients consultés, au détriment d’une approche par les intrants - nombre de lits, de classes -, qui a pu par le passé mener à une absence d’efficience des programmes. 

Ce type de financements a déjà été utilisé au Maroc pour appuyer la deuxième phase de l’INDH.

En appui au 2e programme d’urgence pour l’éducation ce sont ainsi 200 millions de dollars de prêt conditionnel qui ont été alloués. La BM privilégie la concentration géographique des actions pour éviter la dispersion des programmes. 

Genre: améliorer la participation économique des femmes

La Directrice a salué les efforts accomplis en termes d’acquis institutionnels sur la question du genre, impulsés par la Moudawana en 2004. Ces progrès ont été reconnus dans le rapport sur le genre publié en juin par la BM. 

Toutefois, la participation économique des femmes demeure alarmante. Seule une petite fraction d’entre elles sont actives: moins de 15%.

La directrice estime que la banque dispose d’un avantage comparatif sur ce pilier de la question du genre, en favorisant l’intégration des femmes au milieu du travail. Cette question est étroitement liée à celle de la productivité des facteurs, et à celle des passerelles entre le diplôme et l’emploi. Marie Françoise Marie-Nelly s’est à cette occasion interrogée sur l’énigme marocaine par laquelle le diplôme ne joue pas comme une assurance contre le chômage.  

Interrogée sur les réformes institutionnelles nécessaires pour promouvoir la participation économique des femmes, et notamment sur le sujet de la parité dans l’héritage, la Directrice a déclaré que les Marocains devaient s’emparer sincèrement de ces grands enjeux et les inscrire dans une vision à long terme pour faire du Maroc un pays émergent à l’horizon 2030-2040. 


Gouvernance: plus de responsabilité et de transparence

Le programme Hakama lancé dans le sillage de la réforme constitutionnelle prend une place importante dans le portefeuille d’actions de la Banque Mondiale au Maroc. Ce programme vient appuyer des réformes de gouvernance apportées par la nouvelle constitution. Une seconde tranche de prêt vient d’être approuvée de 200 Millions de dollars jeudi 22 octobre. 
Ce programme se déploie sous deux axes: 

-les réformes de meilleure gestion des finances publiques, sur le terrain de la loi organique des finances, celle de la passation des marchés publics, des partenariats-publics-privés; 

-les mesures de gouvernance ouverte, avec la mise en oeuvre sur le terrain des droits d’accès à l’information, de pétition publique. 

L’équipe de la Banque Mondiale a rappelé qu’au Maroc, ses actions financières et d’accompagnement technique s’inscrivaient directement dans les politiques publiques engagées par l’Etat, en renforcement des actions du gouvernement. 

Le nouveau Cadre de Partenariat Stratégique pour le Maroc inclut une enveloppe d’engagements budgétaires annuelle moyenne de 1 milliard de dollars. Le Maroc focalise 30% des engagements de la Banque dans la région MENA.

Toutefois, le niveau de décaissement est encore très faible, autour de 13%. Marie Françoise Marie-Nelly souhaite porter ce taux à 18% pour l’année fiscale 2016, avec un objectif désirable de moyen terme de 21%.

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Ariane Salem
Le 23 octobre 2015 à 17h00

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