Journée internationale contre la pauvreté: quid du Maroc?
La communauté internationale célèbre ce 17 octobre la journée internationale pour l'élimination de la pauvreté. Où en est le Maroc?
S'il est vrai que le Maroc a déployé des efforts en vue d'éradiquer la pauvreté, la persistance du phénomène est tout aussi réelle. Les années se succèdent, la société se métamorphose, et la pauvreté change de visage. Plusieurs indicateurs ont d'ailleurs été révélés cette semaine par le Haut commissariat au plan (HCP), relatifs au recensement de 2014.
On apprend à ce propos que la base de la pyramide des âges au Maroc rétrécit. Par ricochet, le sommet de la pyramide s'élargit.
La population de plus de 60 ans passe, en une décennie, de 8,1 à 9,6% en 2014. Parmi eux, 18,8% sont des actifs occupés, 16,6% vivent d'une retraite et seuls 0,4% d'entre eux disposent d'une rente.
Chiffres à l'appui donc; 64% de la population âgée de plus de soixante ans ne dispose d'aucune autre source de revenu que ceux provenant de la solidarité sociale. Ajouté à cela le fait que 70,5% de cette population n'ont aucun niveau scolaire.
Autre chiffre lié au vieillissement de la population: le taux d'activité de la population marocaine a baissé, passant de 35,9% en 2004 à 34,3% en 2014. Il s'agit concrètement du rapport entre les actifs occupés et chômeurs sur le total de la population. La régression de ce pourcentage pose le problème de l'amoindrissement des ressources humaines capables de créer de la valeur, accentuant, ainsi, le fléau de la pauvreté.
Lancée en mai 2005, l'Initiative nationale pour le développement humain avait pour ambition de combattre la pauvreté et d'éradiquer l'extrême pauvreté.
Dix ans plus tard, il est certain que les réalisations du projet restent très éloignées des objectifs escomptés. Et pour cause, malgré l'injection de fonds qui dépassent le budget initial global prévu pour l'INDH, l'axe de la lutte contre la pauvreté est le seul qui n'a pas atteint le seuil prévu.
Sur la période 2005-2012, les axes de la lutte contre l'exclusion, la lutte contre la précarité et le programme transversal ont enregistré des dépassements respectifs sur budget de 21,5%, 23,9% et 794%, au moment où les dépenses servant à la lutte contre la pauvreté ont été inférieures à l'enveloppe initialement réservée de -20,4%, selon un rapport du CESE.
Dans un rapport publié en avril 2012 par Care international Maroc et le Réseau marocain de l'économie sociale et solidaire, les causes profondes de la pauvreté revoient à des correspondances multiples. Le document liste 5 déterminantes:
-L'insuffisance des moyens en termes de ressources propres mobilisables à des fins de satisfaction des besoins fondamentaux,
-l'importance des besoins non satisfaits (alimentaires, soins de santé, transports...etc.),
-la difficulté d'accès au financement pour la mise en œuvre des projets susceptibles de valoriser les potentialités,
-la défaillance dans le processus participatif (sentiment d'exclusion)
-et l'enclavement.
Sur l'ensemble de ces points, l'INDH peut difficilement se targuer d'avoir gagné des points!
Quoi qu'il en soit, la société civile reste très sensible à la question. D'ailleurs, plusieurs associations à leur tête l'AMDH ont appelé à une manifestation symbolique, ce samedi 18h30 à Rabat. Le rassemblement était prévu sur l'avenue Mohammed V. Espérons que les officiels seront dorénavant plus alertes.