RNI: des manœuvres pour et contre Salaheddine Mezouar
Les manœuvres se suivent et se ressemblent au sein du Rassemblement National des Indépendants (RNI). Une fois encore, des clans se forment et réfléchissent, parfois agissent, pour prendre le contrôle de la formation politique. Et chacun peaufine son plan, voir fomente son complot, et attend son moment pour porter le coup fatal.
Les anti Salaheddine Mezouar semblent avoir trouvé le point faible de la présidence. Ainsi, selon des sources du bureau politique du parti, ayant requis l’anonymat, la faiblesse de leadership au sein du parti est étroitement liée à l’obédience, sans réserve, au Parti Authenticité et Modernité (PAM).
«Le parti donne l’impression qu’il n’a pas d’existence indépendamment du PAM», se hasarde notre interlocuteur.
Pour ce clan, la présidence du RNI a "vendu" le parti au PAM lors des élections communales, régionales et professionnelles. Pour preuve, les tenants de cette théorie avancent le vote, au conseil régional, de Moncef Belkhayat, membre du bureau politique du parti et élu local à Casablanca, au bénéfice de la présidence de Mustapha Bakkoury du PAM, au détriment du candidat du PJD.
Pour jouer la partie avec finesse, les opposants à Mezouar pensent pouvoir atteindre ce dernier à travers Moncef Belkhayat.
Ils envisagent ainsi, dès cette semaine, de convoquer Belkhayat à un conseil de discipline au sein du parti. Cette manœuvre vise à pousser l’élu local à reconnaître avoir reçu des instructions de la présidence pour voter PAM lors des élections du président du conseil régional de Casablanca.
Si Belkhayat réagit ainsi, Mezouar sera invité à s’expliquer devant une assemblée remontée contre lui, puisque le noyau dur du parti est composé d’élus casablancais farouchement opposés au ministre des Affaires étrangères. Une grogne qui, epsèrent ces derniers, pourrait conduire à la tenue d’un congrès extraordinaire pour débarquer Mezouar.
"Nous ne voulons pas aller jusqu’au là. Nous cherchons plutôt l’indépendance du parti à la veille d’une échéance importante", nuance un autre membre du clan anti Mezouar. Une nuance qui prouve encore une fois l’indécision qui caractérise le RNI.
Changer le noyau dur
Les pro-Mezouar ne sont pas non plus des enfants de choeur. Ils ont leur plan. Plus difficile à mettre en œuvre. Le clan favorable au ministre des Affaires étrangères fantasme sur la refonte ou le renouvellement du noyau dur du parti.
L’idée est de se séparer progressivement, ou de faire changer de camp, les 120 élus parlementaires et locaux issus de Casablanca qui forment le noyau dur du parti.
Deux obstacles, au moins, se dressent contre cette stratégie. D’abord, ce groupe d’élus englobe des bailleurs de fonds qui misent de grosses sommes sur le parti. S'ils quittent le parti, il faut trouver une alternative financière.
"Le parti peut instituer un système de contribution financière obligatoire qui s’imposera à tous les membres et sera fixée à hauteur des besoins du parti, sans oublier les appels aux dons et collectes de fonds", explique un fervent défenseur de la présidence de Salaheddine Mezouar.
Le deuxième obstacle beaucoup plus paralysant est lié aux élections législatives de 2016. Il faudra en effet impérativement trouver des candidats (remplaçants) capables de décrocher des sièges au Parlement. "Pour construire un parti solide et cohérent, il n’y pas de mal de se mettre électoralement en retrait. Il faut voir loin", martèle un proche de Mezouar.
Cette approche idéaliste ne tient pas compte des gènes du RNI. Historiquement, le RNI est né dans un contexte électoral autour d’élus sans appartenance politique.
Contrairement à la définition classique d’un parti politique, ce parti qui se réclame du "libéralisme solidaire" n’a pas grandi avec une idéologie propre. Sa puissance et son existence dépendent de sa machine électorale. Un retrait pourrait lui être fatal.