L'ancienne médina de Sefrou menacée de ruine
Les habitants de l'ancienne médina de la ville de Sefrou tirent la sonnette d'alarme. Leurs logements risquent à tout moment de s'effondrer, et l'arrivée des premières précipitations n'augure rien de bon.
"Certaines maisons de l'ancienne médina de Sefrou datent de plus de 700 ans! et aucune restauration n'a été faite depuis" nous apprend Abdellah Afethi, membre de l'Association marocaine des droits de l'Homme, section Sefrou.
A la fragilité des constructions, s'ajoute la densité des habitants. "On estime la densité à 1.500 habitants par hectare à l'ancienne médina, sur une superficie globale d'environ 10 hectares" précise notre source.
Les dernières données officielles remontent à 2001, à l'occasion d'une étude réalisée par la municipalité de Sefrou, et qui dévoile des chiffres inquiétants: 45% des Séfriouis occupent un logement menacé d'écroulement, 40% de la superficie de la ville est occupée par 11% des habitants aisés, tandis que 47,8% de la population pauvre est entassée dans un périmètre qui n'excède pas 15% de la superficie globale.
Face à ce constat, un programme d'urgence a été lancé. Décliné par les autorités locales comme étant la première tranche d'un programme de relogement.
"Faux! s'insurge Abdellah Afethi, il ne s'agit en réalité que d'un programme isolé censé faire croire qu'il y a une dynamique pour éradiquer le problème".
Et pour cause, après l'effondrement d'un bâtiment le 24 avril 2010, les autorités ont procédé au recensement des populations concernées par le relogement.
"La réalité est toute autre, nous nous sommes rendus compte que plusieurs foyers assujettis à ce programme n'ont pas bénéficié de l'aide promise, et qu'au même moment, d'autres personnes qui n'avaient aucun droit sur les 17 hectares ont reçu la somme de 50.000 DH, et une parcelle de terrain en co-propriété", s'indigne le militant associatif.
La misère sociale à Sefrou est telle que "20% des familles vivent avec un revenu quotidien compris entre 3 et 20 dirhams!" apprend-on durant la conférence de presse organisée par la section Sefrou de l'AMDH, tenue ce jeudi, citant des chiffres révélés par les autorités locales.
Par ailleurs, Abdellah Afethi nous fait part de sa grande inquiétude de voir bafouer les droits culturels des habitants de la ville de Sefrou.
"Nous avons remarqué que les quelques habitants qui ont accepté l'accord de relogement ont vu leurs anciennes maisons détruites tout de suite après avoir quitté les lieux. Plutôt que d'estimer et promouvoir ce patrimoine architectural millénaire, le témoin historique de plusieurs dynasties qui se sont succédées au Maroc, les autorités préfèrent le détruire", conclut notre source.