Reportage. A Tétouan, des militants du PJD qui ne veulent pas “se faire voler leur vote”
C’est une victoire significative que le PJD a remportée à Tétouan: un maire reconduit, un challenger très critiqué et des électeurs et des militants qui font la veille.
Tétouan se souviendra de son mardi 15 septembre 2015. Il s’agissait d’élire le président du conseil communal de la ville. A l’issue des élections du 4 septembre dernier, le PJD avait obtenu 23 sièges, le RNI 16 sièges, le PAM et l’Istiqlal se partageant le reste.
C’est le maire PJD Mohamed Idaomar qui symbolise le PJD à Tétouan. Elu en 2009, sa côte est meilleure six ans plus tard. «Tous les quartiers de la ville sont éclairés, l’état de la voierie s’est amélioré,» indique à Médias 24 Fatima-Zohra, 22 ans, sympathisante du parti venue rejoindre ses amis devant la mairie de Tétouan ce mardi matin.
Son amie Afrahe, 22 ans, étudiante, enchaîne: «Les services municipaux sont mieux gérés. Les gens du PJD communiquent avec nous. Il y a du respect».
«Pendant la campagne électorale, explique Asmae, le PJD a distribué un livret sur son bilan des six années passées et un document avec son programme».
Contrairement à Asmae et Afkar, Ayoub 22 ans est étudiant à la fac à Tanger et membre de la jeunesse du PJD. «Idaomar, explique-t-il a fait durant son premier des choses pour la ville et les quartiers; l’éclairage, la voierie; maintenant il va entrer les détails».
C’est-à-dire?
«Maintenant, me dit Asmae nous attendons des actions pour les jeunes, les femmes, des formations et de l’emploi. Les femmes doivent sortir, être actives».
Devant la mairie de Tétouan, ça discute, ça lance des slogans et les militants attendent la proclamation du vote.
«Nous sommes là pour protéger notre vote»
«Nous sommes là, explique le jeune Ayoub car les gens veulent protéger leur vote, ils ne veulent pas se le faire voler».
Au lendemain des résultats du 4 septembre, le PJD a scellé un pacte avec le PAM et l’Istiqlal pour s’assurer la majorité, «mais on n’est jamais trop prudent». Surtout que le RNI et son leader local Rachid Talbi Alami qui avait convaincu Salaheddine Mezzouar de lancer la campagne du RNI à Tétouan ont relativement échoué. Pour Talbi, «la faute en revient au PAM qui ne contrôle pas ses élus».
Malgré sa longue expérience de notable à Tétouan et sa présidence au parlement à Rabat, les Tétouanais ne l’ont pas choisi. Et ils ont surtout reconduit Idaomar, un homme du sud qui a su gagner la confiance des gens du nord.
A l’intérieur des locaux municipaux, 59 élus sont réunis. Mais Rachid Talbi Alami reconnaissant son échec demande la parole et annonce qu’il retire sa candidature.
Ce seront du coup 53 élus qui voteront pour Mohamed Idaomar, des PJD, des PAM, des Istiqlal et des RNI. Composé de neuf membres le bureau de la commune de Tétouan comprend des élus PJD, Istiqlal et PAM dont deux femmes. Mais pas d’élu RNI.

Ouvriers de la société Norvicuir manifestant au moment du vote à Tétouan
Plus tard dans la matinée, lorsque Rachid Talbi Alami sortira des locaux municipaux, des quolibets fuseront. Pour le président de la Chambre des Représentants, la présence des protestataires devant la mairie et celle des ouvriers licenciés de l’entreprise Norvicuir relève de «la manipulation politique,» déclarera-t-il à Médias 24.
Car les militants et les sympathisants du PJD n’étaient pas les seuls à être méfiants et en colère ce mardi matin. Des ouvrières et des ouvriers de la société Norvicuir manifestent devant la mairie. Ils brandissent des jugements non exécuté et leur adjugeant des indemnités de 70.000 DH pour licenciement abusif. Talbi Alami est l’un des actionnaires de Norvicuir, entreprise située à la zone industrielle de Tétouan.
Entre des slogans de soutien au maire Idaomar, des slogans contre Talbi Alami, la police et les forces auxiliaires ultra-présentes, un cortège passe. Le Roi est à Tétouan où il prépare l’accueil de son invité le président François Hollande. Deux Mercedes 600 vert émeraude et des motards de la garde royale passent, suivis de deux Chevrolet 4X4.
Les élus discutent et votent, les citoyens attendent leur nouveau maire, le Roi travaille à ses bureaux de la place El Feddan. Images du Maroc et de Tétouan, septembre 2015.