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Recomposition du champ politique: vers la bipolarisation conservateurs-modernistes?

Les alliances conclues à l’issue des dernières élections régionales montrent que les acteurs politiques fourbissent déjà leurs armes pour reconfigurer le champ partisan à l’horizon 2016.

Recomposition du champ politique: vers la bipolarisation conservateurs-modernistes?
Samir El Ouardighi
Le 16 septembre 2015 à 17h02 | Modifié 11 avril 2021 à 2h37

L'ouverture politique et les résultats des dernières élections vont-ils mécaniquement provoquer des regroupents entre divers partis?

Avec les 33 formations politiques que compte le Maroc, seules quinze d’entre elles sont représentés au parlement et seuls 8 ont réussi à constituer un groupe parlementaire.

Aux législatives de 2016, le champ partisan sera-t-il toujours autant éparpillé ou faudra-t-il s’attendre à ce qu’une nouvelle carte politique émerge avec deux ou trois grands blocs antagonistes?

L’enseignement principal des dernières élections est que les alliances électorales de la majorité comme de l’opposition n’ont pas résisté à l’opportunisme ou aux affinités entre les uns et des autres.

Quand la majorité vote pour l’opposition et vice-versa!

Alors que les alliances de la majorité et de l’opposition promettaient de respecter les engagements de solidarité pris au début de la campagne électorale, c’est tout le contraire qui s’est produit.

A Fes, le maire sortant Hamid Chabat qui s’est présenté à un troisième mandat a finalement voté pour Driss Azami, candidat de son ennemi juré du PJD.  

Malgré leurs promesses, les élus du RNI ont élu Ilyas El Omari président de la région Tanger-Tétouan-Hoceima. Dans ce cas de figure, Nabil Benabdellah n’hésite pas à parler de vol de la volonté populaire.

La voix de Moncef Belkhayat (RNI) pour le candidat du PAM à la présidence de la région de Casablanca-Mohammedia est un autre symptôme. On a même vu dans un parti très respectable, des élus voter contre leurs propres candidats. Il suffit de lire le document publié par Médias 24 pour découvrir des votes inattendus.

On peut supposer que ces regroupements n’ont pas été suivis d’effet car leurs protagonistes ont conclu au départ une alliance de raison et qui n’a pas résisté à l’épreuve du pragmatisme local ou à la séduction des partis adverses.

Affinités ou opportunisme politique?

Le coup de théâtre de Hamid Chabat ayant annoncé sa sortie de l’opposition pour un soutien critique à la majorité laisse penser qu’une alliance entre le PI et le PJD n’est pas impossible à l’horizon 2016.

Ces 2 partis partagent la même vision conservatrice de la société basée sur un référentiel commun et malgré le départ brusque du PI du gouvernement en 2012, ils restent des partis que beaucoup rapproche (nationalisme, religion…). D'ailleurs, le chef du PJD n'a jamais critiqué l'Istiqlal mais Hamid Chabat.

Les yeux doux du secrétaire général de l’Istiqlal pour le PJD qu’il n’avait pas arrêté de conspuer est une attitude qui peut aussi s’expliquer par sa débâcle personnelle et sa volonté de se maintenir aux commandes du parti.

D'un autre côté, le rapprochement de dernière minute entre le RNI et le PAM prouve que malgré ses promesses de départ, le premier a préféré s’allier à un parti dont il partage les mêmes valeurs et surtout le même électorat.

Hormis le positionnement par affinités, ces alliances s’expliquent aussi par la forte attractivité qu’exercent le PJD et le PAM qui ont été les deux vainqueurs du dernier scrutin régional et communal.

L’explication est toute simple: Un jeune cadre moyen est tenté de rejoindre les rangs du PAM plutôt que ceux du RNI car la jeunesse y est à l’honneur et l’électeur traditionnel de l’Istiqlal ceux du PJD tout simplement parce qu'il a le vent en poupe.

En 2016, quels nouveaux équilibres politiques?

Contactés par notre rédaction, personne parmi les responsables politiques du PAM, du RNI ou de l’Istiqlal n’a voulu se livrer à des spéculations sur les futures alliances électorales.

Seul Nabil Benabdellah déclare que les législatives à venir offriront le même résultat qu’aujourd’hui avec un PJD largement en tête.

«Les dernières élections ont prouvé que l’alternative à ce parti n’est pas incarnée par le RNI ni par le PAM qui ne sont pas des machines modernistes. Nous sommes la seule alternative au PJD car tout comme lui, nous sommes honnêtes mais nous nous distinguons de son conservatisme grâce à nos valeurs de liberté et de société ouverte».

S’il n’exclut pas des alliances avec ses ennemis d’aujourd’hui, il pense qu’ils doivent cesser de chercher «des poux dans la tête du PJD de manière infantile sans quoi ce parti finira par obtenir la majorité absolue au parlement».

«Même si le système politique marocain est fait de telle manière qu’aucun parti ne peut prétendre constituer une majorité absolue, il y a un risque que ce parti puisse y arriver».

Notre interlocuteur invite l’ensemble des partis politiques à se ressaisir sous peine d’un monopole politique du PJD.

«La seule alternative moderniste à ce parti conservateur dont nous sommes alliés est notre formation car nous sommes les seuls à même de le contrôler. Après les récentes manipulations électorales, face au projet du PJD, seul le PPS peut porter une alternative moderne avec des partis qui ont une vraie autonomie de décision et de conviction".

«Notre porte n’est pas fermée au RNI, au MP, à l’Istiqlal, à l’USFP ni même au PAM si ce dernier devient un parti normal comme les autres. La condition sinequanone est qu’il arrête d’actionner des alliances ou des pressions pour remporter des victoires indues».

Sur un éventuel bloc RNI-PAM pour contrer le PJD aux prochaines élections législatives, le secrétaire général du PPS refuse de spéculer mais n’écarte pas un tel scénario.

«Je ne souhaite pas une telle alliance car je ne pense pas qu’elle soit une alternative crédible dans le paysage actuel. En l’état actuel des choses, je ne pense pas qu’elle aura lieu mais tout est possible».

Dans le cas où elle se concrétiserait, Benabdellah lui dénie le terme de bloc moderniste en lui préférant celui de nouvelle majorité car le PPS revendique la paternité du concept de modernité.

«Au lendemain des élections de présidents de région, un déclic s’est produit chez ceux qui ne veulent plus d’un système biaisé. En 2016, il y aura bipolarité entre l’offre conservatrice du PJD et notre positionnement moderniste car nos partis n’ont pas trempé dans les magouilles électorales».

En tout état de cause, les combinaisons gouvernementales hétéroclites ne donnent pas des gouvernements homogènes mais des alliances qui ne résistent pas aux tentations. La redistribution des cartes sur l'échiquier politique se fera-t-elle sur la base des valeurs sociétales et selon un clivage modernité-conservatisme? ou bien plus classiquement sur les politiques économiques et sociales?

La recomposition du champ politique va se faire, la seule inconnue est la suivante: à quel rythme?

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Samir El Ouardighi
Le 16 septembre 2015 à 17h02

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