Abdelouahed El Fassi: “Si Chabat reste, ça pourrait être la fin de l’Istiqlal”
La contestation s’amplifie pour obtenir le départ de Hamid Chabat, secrétaire général de l’Istiqlal. S’il ne démissionne pas de son plein gré, le scénario d’un limogeage est peu probable pour l'instant.
En plus du courant contestataire incarné par «Bila Hawada», ce sont désormais plusieurs dirigeants proches de l’actuelle direction du parti de l’Istiqlal qui réclament à leur tour le départ du controversé secrétaire général. Ils le font discrètement, en privé, sous couvert d'anonymat, mais la colère gronde.
Quel pourrait être l'avenir de l'Istiqlal si Hamid Chabat se maintient? Et quel pourrait être l'Istiqlal sans lui? Le problème est-il Hamid Chabat ou bien tout le parti a-t-il besoin d'une rénovation et de nouvelles méthodes de travail, d'organisation, de communication?
Bila Hawada jubile
Joint par Médias 24, Abdelouahed El Fassi, chef de file de Bila Hawada annonce qu'il n'est absolument pas surpris par la défaite du futur ex-maire de Fès et par ce qu’il nomme un revers électoral du PI.
Se défendant de toute animosité personnelle, il déclare que depuis son arrivée à la tête du parti, Hamid Chabat n’a pas arrêté de détruire tout ce que ses prédécesseurs avaient patiemment construit.
«La débâcle du maire sortant est significative de son apport négatif au parti car je rappelle que le point de départ de l’histoire politique du parti de l’Istiqlal est originaire de la capitale spirituelle.
«Sous la conduite éclairée de Chabat, nous avons perdu Fès et reculé à Rabat, Casablanca, Marrakech, Tanger... C’est un revers sans précédent dans les grandes villes du royaume».
Pour Abdelouahed El Fassi, l’explication est toute simple car avec ses amis de Bila Hawada, il déclare n’avoir jamais cessé de dénoncer la faille humaine qui grippe la dynamique électorale du PI.
Rappelons que si le parti est arrivé 2e en nombre de sièges aux communales, en dehors des provinces du sud, il a enregistré partout ailleurs des revers en ne conservant que des sièges insignifiants, sauf dans les zones rurales.
«Quantitativement, le parti est arrivé deuxième mais qualitativement ce n’est pas le cas. Si vous vous contentez d’additionner 2 sièges à Zagora et 4 ailleurs, vous pouvez allez loin arithmétiquement mais dans des villes qui comptent comme Casablanca, le recul a été énorme.
«Dans cette ville, nous avons à peine décroché 27 élus contre 215 pour le PJD et à Rabat sur l’ensemble des cinq arrondissements de la ville, nous avons eu à peine une femme élue.
«Classé troisième au niveau régional, l’Istiqlal est passé de 170 élus en 2009 à 113 actuellement et en termes de voix nous avons perdu près de 500.000 voix».
Le Dr El Fassi avance que cet échec est à mettre au seul débit de l’erreur de casting de l’Istiqlal.
Il rappelle que Hamid Chabat s’est engagé auprès de plusieurs médias écrits et même devant les téléspectateurs de la chaîne Tv El Oula à démissionner si son parti n’arrivait pas premier en termes de voix exprimées
«Au final, l’Istiqlal est arrivé 3e mais malgré cela, je ne pense pas qu’il aura le courage de démissionner car il faut être un homme de parole et le passé a prouvé qu’il ne l’était pas».
Sur un éventuel limogeage du SG par le comité exécutif du conseil national, El Fassi poursuit que la question de son départ n’est pas du ressort du parti mais uniquement de la personne de Chabat.
«Le conseil national peut se réunir pour le limoger mais je n’y crois pas vraiment car les hommes qu’il y a placé le soutiendront pour continuer à profiter de ses largesses».
Pessimiste, Abdelouahed El Fassi pense que son maintien contre vents et marées entrainera une vraie hécatombe de l’Istiqlal au moment des élections législatives de 2016.
«S’il part maintenant, on pourra sortir la tête de l’eau mais on n'arrivera pas aux résultats escomptés. S’il décide de rester et de se maintenir, ça pourrait être la fin de l’Istiqlal ou au moins une débâcle historique».
Pour ne rien arranger, il se dit sûr que le successeur de Chabat à la mairie de Fès fera filtrer des dossiers de mauvaise gestion de la ville. «La nouvelle majorité municipale ne lui fera aucun cadeau et cela ne manquera pas d’éclabousser notre parti».
«Chabat doit démissionner pour sauver notre parti»
C’est en ces termes qu’un ex-membre de sa garde rapprochée s’exprime sous couvert de l’anonymat.
Il faut croire que même blessée, la «bête» suscite toujours autant de crainte auprès de ses détracteurs. C’est d’ailleurs le même son de cloche dans l’article de notre brillant confrère Aziz Boucetta du Panorapost qui a recueilli plusieurs témoignages en ce sens, tous sous couverts d'anonymat. .
Défait électoralement dans la ville de Fès, le maire vaincu continue dans ses déclarations de rester dans le déni total de réalité en proclamant que son parti est sorti vainqueur des élections.
Selon notre interlocuteur, la question de son éjection ou de sa démission ne deviendra une priorité qu’après l’aboutissement des alliances électorales pour présider les communes et les régions.
«Chabat s’est engagé à démissionner en cas de défaite à la mairie de Fès. Il doit donc honorer sa promesse de sa propre initiative sans passer par une décision politique émanant du parti».
Interrogé sur le peu de chances d’arriver à un tel scénario, notre interlocuteur avance que d’après ses informations, Chabat réfléchit à l’emballage pour ne pas donner l’impression d’agir sous la contrainte.
«Jusqu’à il y a peu, il avait la haute main sur le syndicat, la mairie et le parti mais ayant perdu l’UGTM et la ville de Fès, nous savons tous qu’il essayera à tout prix de se maintenir à la tête de l’Istiqlal.»
«Son maintien impacterait négativement notre parti mais aussi toute la scène politique marocaine. S’il ne s’en va pas comme promis, les Marocains continueront de penser que les politiciens sont des menteurs».
A la question de savoir si le courant Bila Hawada n’avait pas eu raison d’émettre des doutes sur la pertinence de placer Chabat à la tête du parti, il avance que le choix de Chabat était motivé par une volonté d’ouverture à un fils du peuple pour en finir avec l’image des familles dynastiques de l’Istiqlal.
«Nous nous sommes dit: pourquoi pas; puis au fil du temps, nous avons compris que nous avions fait rentrer un éléphant dans un magasin de porcelaine. Avec le recul, ramener un syndicaliste à la tête d’un parti politique n’a pas été une idée lumineuse».
«Il faut qu’il comprenne de lui-même qu’il doit partir. S’il ne le fait pas, le conseil national peut en théorie le limoger. J’en doute car Chabat y a placé 250 de ses hommes en infraction des statuts du parti car il n’avait droit qu’à un quota de 100 personnes".
«S’il prend la bonne décision, ce sera une première dans l’histoire politique du Maroc et l'Istiqlal retrouvera sa crédibilité perdue. Dans le cas contraire, l’ensemble des partis politiques seront décrédibilisés, plus qu’ils ne le sont déjà auprès de l’opinion publique qui manifeste son mécontentement par l’abstention».
Cette situation de blocage pose surtout le problème du renouvellement des leaders de la classe politique marocaine et également du renouvellement des méthodes et des mentalités.
Ajoutons que même en cas de départ volontaire de Hamid Chabat de la tête du parti, l’Istiqlal ne dispose pas à première vue de leader pouvant concurrencer l’animal politique qu’est Abdelillah Benkirane.