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La bataille de Casablanca se fera dans les tractations (carte interactive)

Qui remportera la présidence de la région de Casablanca et qui remportera la mairie? Les noms en lice donnent une première réponse, mais tout dépendra des résultats des urnes aussi bien régionales que communales.    

La bataille de Casablanca se fera dans les tractations (carte interactive)
Khalid Tritki
Le 27 août 2015 à 8h21 | Modifié 27 août 2015 à 8h21

Le 4 septembre prochain, les électeurs s’exprimeront pour choisir leurs élus locaux et régionaux pour le Grand Casablanca. Les états-majors des partis s’activent, pour l’instant, pour obtenir des scores qui les placent parmi les cinq grandes formations politiques en termes de sièges ce qui leur permettra d'être prétendant à la présidence. Toutefois, l’élection du président de la région ou du conseil de la ville (maire) se faisant par scrutin indirect, la force de négociation des partis jouera beaucoup plus que les voix exprimées.

En effet, le mode électoral ne permet pas de dégager une majorité confortable. Des alliances se feront pour introniser un président de consensus. Donc, en plus d’être bien placé parmi les cinq premiers à l’issue des urnes, chaque parti doit disposer d’un joker à brandir au moment des négociations. Et c’est là que les prétendants aux régionales ont besoin des communales et vice versa.

N’oublions pas que le système de la régionalisation, tel qu’il est conçu par la loi, plaide pour une complémentarité, ou affinité, entre les partis présidant des communes et la présidence de la région. Les attributions de cette dernière ne sont pas larges.

Contrairement à ce qu’on croit, la loi la cantonne dans un rôle de stratège qui peut dégager une vision d’ensemble pour toute la région. Le travail de proximité, qui doit être en principe en parfaite cohérence avec la stratégie régionale, est à la charge des communes. La logique, pas la loi, veut ainsi qu’un deal soit conclu entre la région et les communes influentes pour aboutir à un résultat probant en fin de mandat.

Dans la région de Casablanca, l’une des plus étendues et des plus riches du Royaume, ce deal est plus que nécessaire. Mais il y aura un prix à payer: certains partis y gagneront des postes en vue, d’autres accepteront de jouer le rôle de support politique.

Le PAM fait pression

D’ores et déjà, le PAM (parti authenticité et modernité) place son président, Mustapha Bakkoury dans la compétition pour les régionales. Ce choix politique ne laisse pas de doute: le parti vise la présidence de la région et renvoie un signal fort à tous ses partenaires. Encore faut-il qu’il réalise de bons scores aussi bien dans les régionales que dans les communales.

En 2009, le PAM a récolté 22 sièges au conseil de la ville de Casablanca. De l’avis de plusieurs observateurs, les élections de 2015 seront différentes de celles de 2009 car le contexte politique n’est pas le même. La formation de Bakkoury en a conscience. Preuve en est le travail de fond mené au sein du parti et la mobilisation des notables qui gravitent autour de lui.

Cependant, le PAM doit faire face à des machines électorales concurrentes rodées, surtout dans la région de Casablanca. A leur tête figurent l’Union Constitutionnelle (UC) de Mohamed Sajid, le RNI (Rassemblement National des Indépendants) avec deux candidats en vue, Moncef Belkhayat et Chafik Benkirane et enfin le PJD (parti de la justice et du développement) qui présente, entre autres membres du bureau politique, son secrétaire régional du parti à la capitale économique  Abdessamad Haiker.

L’USFP (Union socialiste des Forces Populaires) ayant perdu de son superbe ses dernières années, ne fait pas partie des favoris. L’Istiqlal (PI), lui, entame la compétition les rangs dispersés. En plus de ses conflits internes, son électorat fortement ancré dans la bourgeoisie casablancaise, ne s’identifie plus à son leader.

Le PAM, et à sa tête Mustapha Bakkoury doit donc négocier rude le jour J. Que peut-il offrir à ses futurs partenaires? Les élections locales ouvrent les portes de quatre possibilités: la présidence des communes, la présidence du conseil de la ville, la présidence de la région et enfin des sièges à la deuxième chambre au Parlement. Les partis politiques qui ont déjà brigué des responsabilités locales le savent bien et se préparent déjà à la négociation.

La double candidature: une arme de négociation

Mohamed Sajid, président du conseil de la ville de Casablanca et leader incontesté de l’UC, se présente à la fois aux communales et aux régionales. Ses chances d’être élu sont réelles. Sa force de négociations est aussi efficace que sa stratégie électorale.

L’homme a commencé par ramener au bercail les anciens leaders qui avaient fait les beaux temps du parti.  Comme cela ne lui suffisait pas, il a orchestré une OPA sur les ténors du Mouvement Populaire à Casablanca. Le but est d’améliorer ses scores par rapport à 2009.

Rappelons qu’à l’époque, l’UC avait obtenu 27 sièges (devenus 30) au conseil de la ville, juste derrière le PJD. Ce dernier ayant réduit ses candidatures pour des raisons politiques, l’avait soutenu en jouant à la chaise vide dans la circonscription de Ain Chock, fief de Sajid et en le poussant à la présidence de la grande commune de Casablanca.

Sajid veut ainsi réitérer cette prouesse, si ce n’est l’améliorer pour négocier, au moins, d’être reconduit à la tête du conseil de la ville de Casablanca et céder la présidence de la région au PAM ou au parti qui surclassera ce dernier.

Le RNI dans l’ombre du PAM?

Le parti de la colombe joue aussi la double candidature. Aussi bien Moncef Belkhayat que Chafik Benkirane sont sur deux fronts: le premier à la commune de Sidi Belyout, le second à Ain Chock et en parallèle,  les deux concourent pour la région.

Précisons d’emblée que le parti n’a pas encore désigné en interne son homme pour la présidence de la région. Bien que Chafik Benkirane soit le président sortant du conseil régional actuel, il n’est pas encore déclaré le candidat favori. Et cela se comprend. Le parti doit d’abord gérer le plus urgent: obtenir des scores assez élevés pour compter au moment des tractations.

Historiquement, le parti de Salaheddine Mezouar dessine une courbe ascendante dans les élections locales. De 10 sièges en 2003 dans le conseil de la ville, il passe à 21 sièges en 2009. Sur le plan national, il est donné troisième en 2009, juste derrière le PAM et l’Istiqlal.

Visant plus en 2015, le RNI s’entoure de ténors électoraux et attire vers lui des notables à influence. Et tout laisse croire qu’il sera dans la majorité prochaine et à la région et au conseil de la ville. Toutefois, sa tendance à rester dans l’ombre du PAM, comme dans le cas des élections professionnelles à Casablanca, le place davantage dans le rôle de support pour que Bakkoury brigue la présidence de la région.

En revanche, la présidence du conseil de la ville se jouera en fonction des scores obtenus face au PJD et au l’UC. Si le parti arrive à surclasser ces derniers, ses chances de diriger la ville seront grandes. Et cela se passe dans la batille des quartiers.

L’inconnu de l’équation: le PJD

Bien qu’il soit fortement ancré à Casablanca, le parti de Abdelilah Benkirane reste l’inconnu de l’équation. En 2009, la formation politique dite «islamiste» a récolté 31 sièges dans le conseil de la ville de Casablanca. Faute de profil ayant l’aval de Rabat, le parti est resté dans l’ombre de Sajid.

En 2015, après son expérience au gouvernement, les observateurs s’attendent à un recul du PJD dans les élections communales et régionales. Une analyse qui n’a pas de fondement vue la force de mobilisation dont dispose le PJD et la discipline de son corps électoral.

Toutefois, le parti n’avance pas des ténors aussi connus et, plus au moins, approuvés que ceux de ses concurrents. Il n’en demeure pas moins qu’il aura son mot à dire dans la constitution des majorités dans les communes casablancaise et dans le conseil de la région.

Il dispose, en outre, et au même titre que les autres partis en lice, d’une autre carte de négociation: sa force électorale dans les autres villes du royaume. En effet, il est d’usage que la présidence dans une ville soit échangée contre une autre ailleurs. Et dans ce type de troc, le PJD sait faire. Il lui reste à décider s’il aura à composer avec le PAM à Casablanca comme ailleurs. Pour cela, Abdelilah Benkirane et Ilyass Omari doivent enterrer la hache de guerre pour une union… d’intérêt.

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Khalid Tritki
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