Importateurs de céramique: Le dumping est une accusation fallacieuse
Face aux accusations de l’APIC (association des producteurs de céramique), l’APISA (association des importateurs de céramique) se défend de toute concurrence déloyale et dénonce en retour une industrie locale peu compétitive, énergivore, maintenue par les aides indirectes de l’Etat.
Au mois de juin, nous publiions un article sur ces céramistes qui, face aux menaces sur leur emploi, avaient déposé une requête de mesure anti-dumping auprès des autorités de régulation. En cause, les importations de céramique en provenance d’Italie mais surtout d’Espagne, à des prix dits anti-concurrentiels, en-dessous du prix de marché.
Légitimement, les importateurs de céramique représentés par leur association, l’APISA, répliquent que l’accusation est fallacieuse et cherchent à défendre leur activité à travers une lettre peu amène transmise à notre rédaction. La réponse apportée est très précise et accusatoire; il ne manque que les éléments de prix pourtant nécessaires pour contester la tricherie.
Une entreprise qui paye ses impôts ne triche pas
Pour l’APISA, l’APIC n’apporte aucune preuve tangible aux allégations de dumping. Rappelons que les producteurs affirmaient que le carreau espagnol, vendu 30 DH le mètre carré, contre 45 à 50 DH pour le carreau marocain, était vendu moins cher qu’en Espagne même.
Si l’APISA n’apporte aucun élément chiffré sur les prix, elle joue le jeu de la transparence fiscale en divulguant quelques masses sur les entreprises qu’elle représente: les 70 entreprises qui emploient 2.000 personnes paient au Maroc 60 millions de DH d’impôt sur les sociétés, et 400 millions de DH de droits et taxes à l’importation. Ces entreprises sont engagées dans le commerce, la distribution et l’immobilier et contribuent à «l’amélioration de la qualité technique et esthétique du bâti».
Cependant une enquête anti-dumping ne prend pas compte de ces arguments, mais bien ceux de prix appliqués et de qualité des produits. Et là, c’est au requérant d’apporter la preuve de ce qu’il allègue.
Les carences de la production nationale en cause
L’absence de compétitivité de la production nationale est en fait pointée du doigt par l’association des importateurs. Pour cette dernière, les producteurs n’ont pas tenu leurs objectifs de mise à niveau et d’orientation à l’export promis à l’autorité de tutelle lorsqu’ils avaient bénéficié de mesures de sauvegarde entre 2005 et 2010. Ceux-ci incluaient une extension des taxes en douane et un contrôle systématique du poids et de la qualité des carreaux importés.
Les importateurs à travers leur représentant Youssef Belkaid considèrent cette industrie nationale n’être qu’une industrie d’importation protégée où 90% des intrants seraient importés (énergie, émaux, machines, colorants, etc.). Quant aux intrants, l’eau et l’argile, l’APISA dénonce une exploitation abusive et polluante de ces ressources rares.
A l’opposé, l’industrie européenne des matériaux de construction serait au-delà de tout soupçon environnemental, ne serait-ce qu’en Espagne, où les épisodes de sécheresse se répètent chaque été.
Cette bataille à couteaux tirés entre producteurs et importateurs sera bientôt du ressort du ministre de tutelle, qui doit recevoir la copie corrigée de la requête anti-dumping. Celui-là n’a pas chômé depuis que l’immobilier est entré en phase de torpeur: les requêtes des producteurs de matériaux de construction s’empilent sur son bureau.