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ECONOMIE

Tensions au marché de gros de Casablanca

Comme c'était prévisible, les premières mesures de reprise en main, d'organisation et de contrôle du marché de gros, suscitent une forte résistance.

Tensions au marché de gros de Casablanca
Mustapha Azougah
Le 12 août 2015 à 15h46 | Modifié 12 août 2015 à 15h46

Des tensions sont perceptibles au marché de gros de Casablanca depuis lundi 10 août. Ce jour-là, quelques centaines de perofessionnels ont organisé un sit-in de protestation devant cette institution, menaçant de faire une grève et de paralyser ainsi l'approvisionnement de Casablanca et des villes environnantes en fruits et légumes.

Les informations au sujet de ces tensions sont contradictoires selon que l'on interroge tel ou tel syndicat, tel ou tel responsable.

Ce qui est certain, c'est que ce sont les premières résistances au changement.

Le marché de gros de Casablanca, ouvert en 1986, s'est installé progressivement dans une situation de laxisme et de passe droits. Un montant de 7% de commissions est prélevé sur toutes les transactions réalisées au sein du marché. Mais rien n'est traçable dans cette opération: il n'y a pas de factures, des dizaines de milliers de véhicules de transport fréquentent le lieu chaque jour, et il est impossible de lister avec précision les marchandises écoulées, leur origine, les prix d'achat et de vente.
De plus, il paraît impossible de savoir si les 7% sont réellement prélevés, déclarés et reversés aux collectivités locales ou pas.

Si l'on se base sur les montants de recettes déclarées en 2013 par la Commune Urbaine, la réponse est non, tant le montant paraît modique.

Dans ces 7%, une quarantaine de mandataires prélèvent 1 à 2% sur les transactions réalisées sur les carreaux de ces halles. Ces mandataires ont été désignés en 1986, leurs noms n'ont jamais été publiés et leur mandat de trois ans est depuis longtemps échu. Des professionnels contactés par al-majalla24 appellent à une procédure transparente de sélection des mandataires.

L'état des marchés de gros marocain, l'opacité de leur gestion, leur mode de gestion anarchique en ont fait un obstacle majeur contre l'aboutissement du plan Maroc Vert. En effet, ce plan a eu pour conséquence la hausse de la production. Mais il faudrait que les circuits de commercialisation se modernisent, deviennent plus performants et traçables.

Les collectivités locales détiennent un monopole sur les marchés de gros; monopole qui est devenu, au fil des années, une chasse gardée, un enjeu politique, une source probable d'argent noir et enfin un obstacle au développement des filières agricoles.

Par exemple, le monopole n’est pas conditionné par une prestation de service, la taxe s’est généralisée pour devenir une rente, c'est une taxe ad valorem, qui est perçue sur la valeur.

Le niveau élevé de la taxe, l’avidité de certains, la mauvaise qualité du service, ont conduit à un système de fraudes sur les quantités et les chiffres d’affaires.

Les communes sont devenues les alliés objectifs des mandataires et autres intermédiaires, s’opposant à toute réforme.

Aujourd’hui, l’absence de normalisation par exemple, de différenciation des qualités, de calibrages de produits, impose un comparatif visuel et s’oppose à une dématérialisation et à une accélération de la circulation de l’information. La logistique, le conditionnement, le tri, le calibrage sont des termes qui ne veulent pas dire grand-chose. C’est un lexique étrange et étranger aux pratiques de nos marchés de gros.

Le commerce moderne de fruits et légumes s’appuie sur des normes, entre des opérateurs que des centaines ou des milliers de km séparent et qui parlent le même langage. La logistique joue un rôle essentiel et est devenue une chaîne à part dans la filière.

Dans les marchés de gros modernes comme Rungis, les recettes collectées par le marché sont élevées mais elles sont perçues en paiement de prestations précises, ce qui tire l’ensemble vers le haut.  A part les exportations où on est obligé de se soumettre aux règles internationales, les produits marocains destinés au marché intérieur sont soit achetés sur pied et commercialisés en vrac dans des camions, soit conditionnés dans des caisses en bois ou en plastique. Le tout dans la plus grande opacité. Point.

La qualité est mal rémunérée et on a intérêt à la baisser si l’on veut améliorer sa marge.

La réforme du marché de gros de Casablanca, reprise en main progresivement par Casa Prestations, ne sera pas facile.

Les premières frictions concernent le montant de la taxe. Selon des professionnels contactés par nos soins, l'assiette de la taxe doit être déterminée avec autant de précision que possible, tel est le souhait de Casa Prestations, qui veut instaurer des prix de référence. Autrement dit, lorsque se vendent 10 tonnes de tomates, le prix ne peut être inférieur au prix de référence de la tomate ce jour là. Et les 7% sont perçus sur ce prix global calculé. On imagine les résistances.

La bataille ne fait que commencer.

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Mustapha Azougah
Le 12 août 2015 à 15h46

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