La traite des humains au Maroc: Washington salue les efforts de Rabat
Le communiqué de presse de l’ambassade américaine au Maroc est un peu plus rose que le contenu du rapport 2015 consacré au Maroc. «En tant que pays source, de transit et de destination pour la traite des personnes, nous nous félicitons de l’engagement du Maroc à lutter contre une question aussi cruciale», écrit l’ambassadeur Dwight Bush.
L’ambassadeur salue notamment la mise en place d’un plan national de lutte contre la traite des personnes et la campagne de régularisation des sans-papiers de 2014.
Avec la publication de ce rapport 2015, le Maroc réintègre la catégorie du «2e tiers», réservée aux pays qui font des efforts sur le volet de la protection des victimes de trafic humain.
Le rapport américain, publié chaque année depuis 2001, rappelle le travail domestique qui affecte des milliers de fillettes de 6 ans, mais note sa baisse depuis 2005. Le travail des jeunes garçons dans les ateliers artisanaux ou la construction est également souligné.
Des vies «hors zone», précaires
Le rapport 2015 n’oublie pas de citer les filières de recrutement de jeunes enfants et femmes ressortissants d’États d’Afrique subsaharienne dans des filières de travail domestique ou de prostitution.
Le cas des citoyens et citoyennes des Philippines est également cité et l’absence d’une ambassade ou d’un consulat de Manille au Maroc est déplorée. Une telle présence note le rapport «rend plus difficile leur protection».
Cependant, la présence d’ambassades du Sénégal, de Côte d’Ivoire, du Mali ou de Guinée à Rabat ne semble pas toujours permettre de fournir beaucoup de protection aux ressortissants sans papiers de ces pays se trouvant à Tanger, Rabat ou dans les périphéries de Nador ou de Fnideq.
Le rapport américain révèle le développement d’importantes filières de trafic d’êtres humains sur Oujda et Nador. Les passages par la frontière maroco-algérienne en théorie fermée restent très nombreux.
Du côté «export», le rapport américain dans sa section consacrée au Maroc cite le cas d’enfants, de femmes et d’hommes marocains exploités par des employeurs ou dans les activités de prostitution principalement en Europe et au Moyen-Orient.
Le rapport note textuellement que «le Maroc ne satisfait pas pleinement les critères minimaux pour l’élimination du trafic; néanmoins, il réalise d’importants efforts en ce sens». Le rapport note que «le gouvernement a modérément amélioré ses efforts pour soutenir les organisations de la société civile qui travaillent avec les populations migrantes vulnérables».
Le rapport note néanmoins qu’en 2014, Rabat n’a pu fournir de preuves d’action concrète contre les auteurs de trafic d’êtres humains. Le rapport déplore également le fait que dans ses actions, Rabat ne fasse pas toujours la différence entre migrants sans papiers et victimes du trafic d’êtres humains.
Recommandations
Dans une large section consacrée aux «recommandations pour le Maroc», le rapport du département d’État américain recommande la mise en place d’une législation plus claire et la mise en œuvre de sanctions sévères contre toutes formes de trafics d’êtres humains.
Plus d’investigations et des garanties de protection des victimes sont recommandées, ainsi que des financements pour les associations qui défendent les victimes, étrangères ou non, de trafics.
Du travail des enfants au Maroc à la «traite des Marocains et des Marocaines» vers l’étranger en passant par la la situation des près de 40.000 ressortissants subsahariens mais aussi syriens ou bengalais au Maroc, la dimension du trafic humain représente un véritable défi pour les autorités de Rabat.
Le rapport du département note que des lois manquent au rendez-vous du respect des droits humains. Leur application est rendue difficile faute de moyens et la lutte contre le trafic des êtres humains se résume parfois à des rafles touchant des communautés de ressortissants subsahariens candidates à l’émigration clandestine vers l’Europe.
Le rapport américain note que l’adoption par le Maroc d’un plan de lutte contre le trafic des êtres humains doit aboutir à l’adoption d’une loi. Cependant, même les dispositions légales contre le travail domestique des mineurs continuent d’être mal appliquées. «Les pouvoirs des inspecteurs en ce domaine restent limités», note le rapport.