6 T. de résine de cannabis en provenance du Maroc saisies à Marseille
5,8 tonnes de cannabis ont été saisies près de Marseille dimanche 26 juillet selon l’Ocrtis, l’Office central français pour la répression du trafic illicite de stupéfiants.
Selon le directeur adjoint de l’Ocrtis Patrick Laberche, cité par le quotidien Le Monde, «nous avons suivi des mouvements de véhicules qui sont descendus jusqu’au Maroc et sont remontés par l’Espagne».
Pour la police marseillaise, cette prise est la plus importante depuis 2011. En visite dans le département du Var voisin, le président français François Hollande a modifié son programme lundi 27 juillet à la mi-journée pour se rendre à Marseille dans le département des Bouches-du-Rhône, constater la saisie de drogue et féliciter les forces de police.
48 tonnes saisies en juin
Fin juin dernier, la police d’Algésiras avait procédé à la saisie de 48 tonnes de résine de cannabis dans deux semi-remorques en provenance du port de Tanger-Med. Quelques jours plus tard, on apprenait la suspension de ses fonctions du responsable de la police du port tangérois par la DGSN, la Direction générale de la sûreté nationale.
La saisie de 48 tonnes de hachisch marocain à Algésiras constituait le mois dernier la plus importante du genre effectuée en matière de trafic de drogue en Espagne.
Malgré la baisse de moitié des superficies consacrées à la culture du cannabis dans le Rif marocain au cours des 10 dernières années, d’environ 130.000 hectares à 75.000 hectares, la production et l’exportation de hachisch ne semblent pas avoir perdu de leur dynamique.
Ces saisies-records en France et en Espagne interviennent alors qu’un débat sur la légalisation de la culture du cannabis au Maroc a cours depuis plusieurs mois au sein d’une partie de la classe politique marocaine, un débat notamment porté par le PAM et l’Istiqlal.
La culture du cannabis, si elle fait vivre plusieurs milliers de personnes dans le Nord marocain, concerne également plusieurs centaines de personnes recherchées par la police et la gendarmerie. L’économie de la drogue affecte les secteurs des financements politiques et également ceux de l’immobilier et des investissements dans d’autres secteurs.
Hachisch, politique et extrémisme
Dès l’automne 1992, le ministère marocain de l’Intérieur avait interdit à près de 400 candidats et candidates présumés aux élections communales et législatives de se présenter aux compétitions électorales. L’Agence pour le développement des provinces du Nord (APDN) avait été créée quelques mois plus tard, avant d’initier des programmes de reconversion agricole et de développement économique alternatif. Cela ne s’est apparemment pas révélé suffisant.
Outre le fait que le Nord marocain avait vécu de longues décennies dans un relatif état de marginalisation économique, la difficulté du relief et l’enclavement territorial ont constitué de véritables freins au développement régional jusqu’au début des années 2000.
Des années 1970 aux années 1990, les alternatives sociales pour une partie des jeunes du Nord se résumaient au triptyque «contrebande, trafic de drogue et émigration clandestine». Malgré les efforts consentis au cours des 15 dernières années, mais avec l’accroissement démographique, les lignes ont certes bougé, avec notamment le développement des régions de Tanger, de Tétouan et d’Al-Hoceima, mais pas assez pour absorber les nouveaux besoins. Depuis, l’attrait de nombreux jeunes pour l’extrémisme religieux et politique a encore dégradé l’image sociale de la région.
Des centaines de millions en jeu
Les régions de Nador/Mélilia et de Fnideq/Sebta abritent de nombreuses cellules d’extrémistes religieux et politiques, des régions aussi réputées pour l’importance de l’économie de la contrebande et de la drogue.
Régulièrement, la police marocaine démantèle des cellules extrémistes, qui se financent grâce au trafic et à la distribution de drogue dans les quartiers des villes marocaines.
Il est généralement estimé que le commerce du hachisch représente entre un et deux milliards d’euros par an pour le Maroc. Selon la police marseillaise, les 5,8 tonnes de hachisch saisies dimanche représentent «pas moins de 15 millions d’euros à la revente», soit près de 2,5 millions d’euros la tonne. Les 48 tonnes saisies à Algésiras en juin représentaient plus de 100 millions d’euros en valeur à la revente.
La production marocaine peut être estimée à un peu moins d’un millier de tonnes aujourd’hui et représente deux à 2,5 milliards d’euros. Mais tout cet argent ne revient pas au sud de la Méditerranée. Il est aussi réinvesti en Europe.