Mobilisation massive en soutien aux deux filles d’Inezgane
Plusieurs dizaines d’avocats et de militants associatifs sont attendus lundi à Agadir pour soutenir les deux filles poursuivies en justice pour «outrage à la pudeur», en raison de leur tenue jugée trop légère.
La mobilisation en soutien aux deux filles d’Inezgane monte crescendo. Après la société civile, c’est au tour des avocats de manifester leur soutien aux deux filles harcelées par la population locale, arrêtées par la police et traduites en justice pour atteinte aux bonnes mœurs, simplement parce qu’elles se promenaient en jupe dans un souk à Inezgane, près d’Agadir, le 16 juin.
Devant la chambre d’accusation, le 6 juillet, date à laquelle se tiendra le procès, ce sera vraisemblablement le défilé des robes noires: «Une centaine de mes confrères de Casablanca, Rabat, Marrakech et d’autres villes assisteront à l’audience. Parmi eux des bâtonniers et de grands juristes comme Maître Abderrahim Jamai (…) Leur présence apportera un grand coup de pouce au dossier», nous indique Maître Houcine Bekkar Sbai, chargé de la défense des deux filles.
Pour Me Sbai, c'est au nom des principes que les avocats se mobilisent: «Notre métier est basé sur la défense du droit et de la liberté(…), il n’appartient pas aux citoyens de se substituer à la justice. Les laisser faire, c’est cautionner un retour en arrière en matière de liberté et de respect des droits de l’homme».
La mobilisation des robes noires devrait monter crescendo d'ici lundi. Il est même probable que le chiffre record de 200 avocats présents soit atteint.
Nos sources évoquent une mobilisation sans précédent de tous les barreaux du Maroc. Le chiffre de 500 avocats inscrits pour défendre les deux jeunes filles pourrait être atteint.
La société civile se montre également particulièrement solidaire avec les deux filles, coiffeuses de profession. Dimanche, plusieurs centaines de personnes avaient défilé à Casablanca et Rabat pour dénoncer «l’intégrisme civil» et la «radicalisation des mœurs» et demander à «assurer la sécurité des femmes dans l’espace public».
Dès ce weekend, de nombreux militants devraient faire le déplacement pour assister à l’audience.
Pour Khadija Rouissi, présidente de l'Association Bayt Al-Hikma qui a notamment effectué un énorme travail de mobilisation, ce qui s’est passé à Inezgane doit tous nous interpeller: «Ce qui s’est passé est très grave, quand la justice réprime la liberté au lieu de la garantir, tous les citoyens doivent se sentir concernés. Nous devons nous mobiliser jusqu’à ce que ce procureur qui a ordonné la garde à vue et ses semblables ne sévissent plus dans la justice».
Pour autant, poursuit Mme Rouissi, la mobilisation doit prendre encore plus d‘ampleur: «Il y a une partie de l’élite marocaine qui observe encore, qui n’est pas dans l’action. Or, pour que les dérapages de ce genre n’arrivent plus, pour une consolidation de la démocratie et une mise en œuvre de la constitution, il faut se mobiliser davantage. Nous devons faire de notre pays un espace de liberté et non de répression».
Poursuivies pour «outrage à la pudeur», les deux filles risquent entre un mois et deux ans de prison, comme le prévoit l'article 483 du code pénal.