Entretien. “La justice marocaine trop clémente avec les pédophiles“
Ce constat alarmant est celui du militant associatif Khalid Cherkaoui Semmouni, qui vient de publier un rapport sur l’exploitation sexuelle des enfants au Maroc.
Les chiffres officiels manquent. Mais selon les estimations de Khalid Cherkaoui Semmouni, président de la Coalition contre les abus sexuels sur les enfants (groupement de 33 associations qui luttent contre ce fléau), il y a annuellement environ 200 cas d’abus sexuels sur des enfants au Maroc, dont une infime partie arrive devant un tribunal.
«C’est un sujet tabou, hautement sensible. Les familles ont honte d’aller devant la justice», constate M. Semmouni. Mais le tabou commence à être levé: «Les familles dont les enfants ont été victimes trouvent de plus en plus le courage de déposer plainte et de parler aux ONG».
Entre 2010 et 2015, la coalition qu’il préside a reçu à elle seule 360 réclamations, soit plus de 70 par an (et non 70 par jour, comme l'écrit un confrère dans son édition de ce mercredi).
«Dans près de 70% des cas, les victimes avaient entre 5 et 12 ans. Il arrive que des enfants de moins de 4 ans soient victimes d’abus sexuels!», s’insurge Khalid Cherkaoui Semmouni, qui préside par ailleurs le Centre marocain des droits de l'homme (CMDH).
Face aux pratiques les plus abjectes visant les enfants, la législation pénale marocaine semble dépourvue de réponses.
«L’avant-projet de réforme du code pénal ne comporte pas de dispositions de lutte contre les actes d’abus sexuels sur des enfants et la pédophilie. Le texte ne parle que de viol. Or, il peut y avoir des abus sans qu’il y ait de viol», remarque le président de la coalition, qui demande un amendement du code pénal et l’instauration d’une loi spécifique pour lutter contre la prostitution enfantine: «Le Maroc a ratifié 7 conventions internationales de protection des enfants contre ce type d’abus. Le code pénal doit être compatible avec les engagements du Maroc».
Quand un dossier arrive dans un tribunal, «la justice marocaine se montre souvent trop clémente avec les pédophiles».
Si le pédophile Daniel Galvan a été condamné à purger une peine de 30 ans (après le scandale provoqué par la grâce qui lui a été accordée par erreur), soit la sanction la plus sévère pour ce type de crime, ce n’est pas le cas de tous les pédophiles arrêtés dans le Royaume.
«Il y a un environ un an, un Européen qui a abusé de deux enfants à Tétouan a été condamné à six mois de prison seulement(…) Il arrive que des pédophiles soient acquittés (…) On sent qu’il y a une tolérance vis-à-vis de ce fléau. Or, les sanctions doivent être extrêmement sévères et dissuasives, vu la gravité des actes et les séquelles qu'ils provoquent sur la personnalité de l’enfant», conclut le président de la coalition.