Paris et Asilah jugent l’affaire “Hercule contre Hermès”
Le réalisateur Mohamed Ulad Mohand du documentaire Hercule contre Hermès est convoqué mardi au tribunal de grande instance de Paris pour complicité de diffamation à l’encontre de Patrick Guerrand-Hermès. Ce lundi 15 juin, est également attendu le prononcé du jugement du tribunal d’Asilah devant lequel avaient comparu le 25 mai dernier le réalisateur et l’un des protagonistes du film, Mraït El Mektiri, le père d’Hercule, sous l’accusation de violation de la vie privée, du droit à l’image et de diffamation. Patrick Guerrand, héritier de la famille Hermès, est l’auteur de ces plaintes.
«Hercule contre Hermès» est le documentaire mis en cause par le plaignant. Il suit l’histoire de la famille Jebbour-Mektiri, habitant sur la plage de Sidi Mghaït, engagé dans une bataille judiciaire avec leur voisin Patrick Guerrand-Hermès, lequel revendique la propriété de leur terre.
La famille qui vit modestement des revenus de leur terre, de la pêche et des recettes saisonnières d’une paillote d’été, dit refuser de vendre à l’héritier milliardaire leur terrain. Le fils Hercule a purgé une peine de 6 mois de prison pour agression et violence envers des employés d’Hermès, qui selon lui étaient entrés sur ses terres. Sa mère a également été incarcérée 2 mois pour outrage à agent.
Patrick Guerrand-Hermès est installé depuis une dizaine d’années dans cette région paysanne et préservée où il a depuis racheté de nombreux terrains côtiers, pour la réalisation d’un vaste projet immobilier, comprenant notamment 3 terrains de polo.
Le réalisateur déplore, dans une lettre publique, le fait que ni lui ni son producteur n’aient été convoqués à l’audience d’Asilah le 25 Mai, alors que les avocats de la partie adverse ont été entendus. Il appelle également dans cette lettre à ce que ses propres plaintes, déposées en 2011 et 2012, soient entendues. Celui-ci accuse Olaf Guerrand Hermès, le fils de Patrick Guerrand-Hermès, et des employés de ce dernier, d’avoir violemment agressé son équipe de tournage et d’avoir détruit son matériel. La plainte n’a pas encore été reçue.
Mohamed Ulad n’en est pas à son premier procès contre l’héritier Hermès. Le réalisateur dénonce un "acharnement judiciaire" à la tribune de Médiapart «Hermès nous a fait au total 7 procès: deux en France et 5 au Maroc».
En 2013, le documentaire diffusé sur les chaînes 2M faisait l’objet d’une condamnation pour diffamation en Première Instance à Casablanca. Les responsables de la chaîne ainsi que Mohamed Ulad étaient condamnés à verser 80.000 DH de dommages et intérêts à Patrick Guerrand.
Le jugement de 1ère instance était renversé en février 2015 par la Cour d’Appel de Casablanca qui prononçait la relaxe des co-accusés. En mars 2013, l’héritier Hermès obtenait du tribunal de grande instance de Paris que certaines images du documentaire soient floutées au cours de la diffusion sur la chaîne franco-allemande Arte.
Un voisin du polo d'Hermès, écrivain jardinier italien, a écrit un livre où il parle de cette région. Il y dénonce le projet de polo, car bouleversant tout l'écosystème. Il est interviewé dans une émission de France Inter.