Benkirane: “l'opposition inspire la compassion”
Al Jazeera a diffusé la seconde partie de l'interview de Abdelilah Benkirane: relations avec l'Oposition, popularité du PJD et du chef du gouvernement, notion d'Etat... Facebook, le Real-Barça, Antar, font partie des métaphores utilisées.
Abdelilah Benkirane est probablement le seul chef de gouvernement arabe capable de citer, au détour d’une phrase, “les habitants de Facebook“ [en arabe, soukkane Facebook].
C’est exactement la métaphore utilisée par Benkirane lors de la seconde partie de l’interview qu’il a accordée à Ahmed Mansour, le célèbre journaliste frériste d’Al Jazeera. L’émission a été diffusée mercredi soir sur la chaîne qatarie.
“Les habitants de Facebook“ donc, “dans leur majorité, m’ont soutenu“, affirme le chef du gouvernement en évoquant les suites du récent incident qui a eu lieu au Parlement entre lui et Driss Lachgar.
Benkirane, très en verve, explique que les deux séances mensuelles parlementaires auxquelles il est invité sont très suivies, y compris dans les cafés. “Les Marocains les comparent à un match Real-Barça“, ajoute-t-il et “ceci dérange l’Opposition“.
Pour ce qui concerne le rythme des réformes, celles-ci ne peuvent être immédiates. “Nous ne sommes pas dans un film de Antar“, allusion à un héros mythique de l’Arabie. En d’autres termes, ce n’est pas un film d’action, mais des plans progressifs de réformes.
La question du journaliste portait sur l’incapacité du gouvernement à combattre la corruption [en arabe, al-fassad, un terme plus large qui signifie corruption mais également prévarications, racket, détournements]. Le Maroc n’est plus ce qu’il était, répond Benkirane, en donnant comme exemple l’arrestation de juges, d’agents d’autorités ou de fonctionnaires de la DST pour corruption. “Sa Majesté tient au strict respect de la loi contre tous ceux qui y contreviennent“. La corruption “est acculée“, résume-t-il mais pas “supprimée“ et elle ne l’est dans aucun pays au monde.
Il pense que Chabat est téléguidé par une personne qu’il ne nomme pas, mais qu’il désigne comme étant secrétaire général adjoint du PAM. Tout le monde comprend qu’il désigne Ilyas El Omari.
L’opposition? Elle est en ruines, elle inspire “la compassion“. L’agressivité de Chabat, c’est “sa manière de faire de la politique, c’est son style“. L’opinion considère que “les attaques de Chabat contre moi, c’est de la bassesse“.
Sur ses incidents répétés avec l’Opposition, il trouve maintenant la bonne posture. Il essaie de prendre de la hauteur, réagit en souriant, explique. Il n’est pas dans l’impulsivité, argumente et défie: pourquoi leur ferais-je cadeau d’une démission? Si on pense pouvoir me faire tomber, qu’on attende les élections, une motion de censure ou qu’on fasse bouger la rue!
Sur les leçons à tirer de l’expérience marocaine, il est encore plus à l’aise. D’une part, “nous“ [c’est-à-dire les islamistes dont il fait partie depuis le début des années 80] “n’avons jamais pris un guide Nous n’avons pas reçu une délégation de Dieu, nous ne sommes pas des prophètes. Nous avons tôt fait la différence entre la prédication et la politique. La politique, c’est la gestion de la chose publique, et nous y sommes une partie parmi tant d’autres. C’est pourquoi il y a chez nous séparation entre le mouvement de prédication [Attawhid wal islah] et la vie du parti“.
Benkirane ajoute : “la religion, c’est une élévation morale avant toute chose, ce n’est pas la longueur d’une barbe“. Il explique longuement la notion d’Etat, l’importance de l’Etat et des intérêts de l’Etat. Il a cette phrase étonnante: “Je ne regarde pas la France comme un pays chrétien“, c’est un partenaire. Il cite l’alliance avec les Etats-Unis, les intérêts, la notion d’Etat. Les relations d’Etat à Etat dépassent donc les clivages identitaires et religieux.
En quelque sorte, Benkirane a une pratique laïque ou sécularisée de la politique. En quelque sorte.