Maghreb Steel obtient une protection sur les tôles laminées à froid
Le ministère chargé du Commerce extérieur a décidé d'appliquer la mesure de sauvegarde sur les tôles laminées à froid et tôles plaquées ou revêtues avec l'imposition des importations d'un droit additionnel ad valorem de 22%.
Cette protection antidumping devrait, en principe, soutenir Maghreb Steel qui traverse une situation financière difficile. Toutefois, elle pourrait être dommageable pour plusieurs branches indisutrielles qui se situent en aval de la sidérurgie.
Accroissement massif des importations
Le ministère chargé du Commerce extérieur a bouclé l’enquête de sauvegarde sur les importations des tôles laminées à froid et des tôles plaquées ou revêtues. Il en ressort que les importations des tôles laminées à froid ont connu une augmentation de 65% entre 2010 et 2013 avec une légère baisse de 5% pour la période janvier-avril 2014 en comparaison à la même période de l’année précédente.
Les importations des tôles plaquées ou revêtues ont augmenté de 65% entre 2010 et 2013. Pour la période janvier-avril 2014, cet accroissement a atteint 97% en glissement annuel.
"Préjudice financier" pour Maghreb Steel
Cet accroissement des importations est jugé rapide et anormal causant un préjudice financier pour Maghreb Steel selon l’enquête. Ce préjudice est expliqué par une détérioration notable des indicateurs de Maghreb Steel matérialisée par la réduction de la production, des ventes au volume et en valeur, la part de marché, du taux d’utilisation des capitaux de production, de l’emploi et par l’augmentation des stocks et l’enregistrement.
Une nouvelle mesure de protection antidumping
Ainsi, le ministère chargé du Commerce extérieur a décidé d’appliquer la mesure de sauvegarde projetée avec l’imposition d'un droit additionnel ad valorem de 22% sur les importations des tôles laminées à froid et tôles plaquées ou revêtues, à compter de la date d’entrée en vigueur jusqu’au 31 décembre. Ce droit sera de 20% en 2016, de 18% en 2017 et de 16% en 2018.
Notons, à ce titre, que Maghreb Steel avait annoncé, lors de la publication de son profit warning 2014, que les mesures de protection antidumping vont permettre d’entrevoir une reprise de son activité en 2015.
La protection antidumping a-t-elle déjà profité à Maghreb Steel ?
Maghreb Steel avait déjà obtenu des mesures antidumping contre la tôle laminée à chaud (entre 11% et 22% sur les producteurs de l’UE et de la Turquie) sur une période de 5 ans. Malgré cette protection antidumping, le sidérurgiste marocain est resté dans l’impasse avec une baisse continue de son activité.
En 2014, le sidérurgiste marocain a enregistré une perte de 641,4 MDH contre une perte de 561 MDH en 2013 et de 424 MDH en 2012. Ainsi, sur les trois dernières années, Maghreb Steel cumule une perte de 1,6 MMDH. Par ailleurs, la dette nette a atteint 5,7 MMDH à fin 2014 soit 8,5 fois les fonds propres.
Quid des autres acteurs du marché?
Enfin, si la protection antidumping est supposée aider au redressement de Maghreb Steel, elle devrait, en revanche, pénaliser d nombreux autres acteurs du marché.
Les industriels qui utilisent les tôles laminées à froid, seront pénalisés par un surcoût pouvant aller jusqu'à 22% au niveau de cet intrant.
Un industriel de la place, s'exprimant sous couvert d'anonymat, qualifie cette décision "d'erreur monumentale", contradictoire avec la volonté affichée d'aider l'industrie. Pour lui, jamais Maghreb Steel ne sera comptéitif car la sidérurgie, c'est le rencontre de deux intrants, le fer d'un côté, l'énergie électrique de l'autre, et dans les deux cas, le Maroc ne peut pas être compétitif. Pour lui, c'est une subvention déguisée, payée par le consommateur final et le producteur marocain, au nom d'une protetion illusoire, au bénéfice d'une toute petite production de 1 million de tonnes au maximum, qui ne pèse rien sur le marché international.