Analyse. Pour réduire les accidents, il faut rajeunir la flotte de véhicules routiers
La principale cause des accidents routiers au Maroc est bien l’âge des véhicules.et leur vétusté. Le coût d’une généralisation de la prime à la casse est nettement inférieur au coût des accidents.
L’accident meurtrier sur la route de Tan-Tan nous rappelle que le Maroc continue de souffrir de ce qui est communément appelé la guerre des routes.
Chaque décennie est plus meurtrière que la précédente, et rien ne semble stopper la tendance.


(Source: Ministère du Transport)
Une bonne nouvelle cependant. Derrière la collection de tragédies humaines et les statistiques des accidents routiers, ces derniers deviennent de moins en moins meurtriers: alors qu’au début des années 1970, il y avait un mort pour 11 accidents, en 2012 le ratio était de 1mort pour 16 accidents.
Le Maroc s’inscrit bien dans la tendance mondiale: le nombre d’accidents routiers va baisser au fur et à mesure que le parc automobile augmente, d’abord parce que les nouveaux véhicules sont plus sûrs, mais aussi parce qu’une large flotte de véhicules oblige le législateur à être plus vigilant.

Ceci ne veut pas dire que la guerre des routes a été gagnée; un peu moins de la moitié des accidents enregistrés sont occasionnés par des véhicules âgés de 10 ans et plus, et un tiers des accidents par des véhicules de 15 ans et plus.
La flotte relativement vétuste au Maroc n’a pas été suffisamment renouvelée entre 1996 et 2007, et avec des véhicules obsolètes, mal entretenus et capables de générer des dégâts humains importants, le risque de blessures ou de mort violente lors d’un accident routier reste élevé, en tout cas trop élevé pour les différentes législations mises en place depuis 2005, du port de la ceinture de sécurité aux amendes instaurées par le code de la route de 2007. Les voitures de tourisme, cars et bus comptent pour 79% des accidents en 2013, un tiers de ces accidents sont dus à un non-respect des bases élémentaires de précaution.
Le renouvellement des véhicules au Maroc est important dans l’effort de lutte contre les accidents routiers, et jusqu’à présent, l’effort le plus important en législation sur la sécurité routière, datant de 2007, ne s’avère pas capable de fournir des résultats suffisants.

La législation actuelle, toutes choses étant égales par ailleurs, est supposée être responsable d’une réduction des accidents routiers, passés de près de 55.000 en 2007, à un peu plus de 45.000 en 2012, ce qui ne s’est pas réalisé comme on peut le voir sur le graphe ci-dessus. Cela veut dire que d’autres éléments dominent entièrement, comme la vétusté des véhicules.
Malgré la hausse significative des importations de véhicules, le Maroc continue à exhiber une flotte vétuste à la moyenne d’âge supérieure à 10 ans, et l’absence de réforme de la caisse de compensation y fut pour beaucoup: tant que le prix à la pompe était artificiellement bas, les propriétaires d’autobus, d’autocars et de voitures légères (surtout la flotte de taxis) avaient – et continuent d’avoir- incitation à garder leurs vieux véhicules gourmands en combustibles, fonctionnant au gasoil, mais peu sûrs en comparaison avec des modèles plus récents, plus efficients en consommation au kilomètre, et surtout intégrant le souci de protéger les passagers.
A ce titre, l’offre du gouvernement à subventionner le renouvellement des taxis péri-urbains est trop timide: le coût immédiat d’une généralisation de cette prime à la casse aux taxis urbains, autocars et autobus est largement inférieur au coût d’accidents et de consommation de combustibles: le coût budgétaire de remplacement intégral des véhicules légers, camions et cars de tout tonnage âgés de 10 ans et plus est de l’ordre de 2,2 Milliards de dirhams. En comparaison, le coût estimé des accidents par le ministère des Transport est de l’ordre de 2% du PIB par an, soit 17 milliards de dirhams.