Le SPI, ou comment évaluer la prospérité du Maroc
L'organisation internationale The Social Progress Imperative publie son indice 2015 qui mesure le progrès social de chaque pays. Le Maroc est classé 91e sur 133 pays.
Depuis les années 1930, les économistes n’ont eu de cesse de postuler que le bien-être était lié exclusivement à la richesse matérielle, arguant que seule la croissance du produit intérieur brut (PIB) pouvait mesurer notre progrès vers le bonheur. Mais depuis une quarantaine d’années, la pertinence du PIB en tant qu’indicateur hégémonique n’a cessé d’être remise en question.
La recherche sur le bien-être subjectif a ainsi connu un intérêt croissant, qui s’est concrétisé par une multiplication d’indices et de théories mesurant le développement selon le prisme social.
Un indice qui prend en compte des données sociales
Après 5 années de recherches, des économistes et statisticiens de l'organisation internationale The Social Progress Imperative, dirigés par le professeur de stratégie Michael Porter, ont présenté en 2014 le premier Social Progress Index (SPI), un indice qui mesure donc le progrès social de chaque pays. Après cette première expérience notable, l’organisation vient de publier son édition 2015 dans laquelle 133 pays représentant 99 % de la population mondiale ont été passés au crible.
Contrairement au Produit intérieur brut (PIB) qui se base sur des critères purement économiques, le SPI prend en compte exclusivement des données environnementales et sociales. La méthodologie s'articule autour de trois axes : la capacité d'une société à satisfaire les besoins de base de ses citoyens (qualité et accès au système de santé, au logement, à la sécurité…), à construire les fondements de leur bien-être sur la durée (en leur donnant accès à l'éducation et à l'information) et à leur donner l'opportunité de s'accomplir.
Non-respect des libertés individuelles
Avec un score de 59,56/100, le Maroc pointe au 91e rang pour la deuxième année consécutive. Le rapport montre par exemple que le Maroc pèche en matière de respect des libertés individuelles, d’enseignement et de développement durable.
Dans le détail, il est classé 34e en matière de logement, 49e en matière de sécurité individuelle, 61e en matière d’accès à l’information et 75e en matière de soins médicaux de base.
Dans la même veine que le dernier rapport de l’ONG Human Right Watch, The Social Progress Imperative épingle le Maroc pour son non-respect des libertés individuelles (90e). Même son de cloche pour ce qui est de l’accès à l’eau (92e), l’accès aux connaissances de base (98e), l’accès à l’enseignement supérieur (111e) et la durabilité des écosystèmes (118e).
Croissance économique ne rime pas forcément avec bien-être
Les trois premières places du podium sont occupées par la Norvège, la Suède et la Suisse. En revanche, les pays émergents qui connaissent une croissance économique effrénée, comme la Chine, la Russie ou l'Afrique du Sud, arrivent respectivement en 92e, 71e et 63e positions.
En filigrane, l’indice relativise l’idée selon laquelle le développement économique crée systématiquement du progrès social. Et tout comme l’Indice de développement humain (IDH) avant lui, le Social Progress Index met surtout en évidence que tous les pays qui créent de la richesse économique n’ont pas la même aptitude à la transformer en développements humains.
Pour Michael Green, à la tête de l’organisation, « investir dans le bien-être de votre population peut être un moteur de croissance économique ».