Médina de Tanger: des riverains contre les constructions non contrôlées
Riverains et associations de défense du patrimoine de la médina sont mobilisés depuis plusieurs jours pour mettre fin aux travaux de surélévation d’une maison située place Amrah au cœur de la casbah.
Les travaux se poursuivent comme Médias 24 a pu le constater ce samedi 4 avril.
Maison composée à l’origine d’un rez-de-chaussée et d’un étage, la maison situé place Amrah a été acquise en 2013 par un new-yorkais, Frank Di Biasio. Après plusieurs consultations avec des entrepreneurs et des fonctionnaires de l’administration, il finira par obtenir une autorisation de rajouter un étage supplémentaire et un retrait.
Sans pouvoir disposer d’une copie en propre, Médias 24 a pu consulter les plans de l’architecture ainsi que lire l’autorisation de construire.
Sur cette affaire, il existe au moins deux aspects qui semblent sujets à caution. L’Agence urbaine a confirmé à des propriétaires et des riverains de la zone, que les hauteurs autorisées étaient à R+1 à place Amrah.
Le deuxième point relève d’autorisations qui peuvent être délivrées même si leur contenu viole des règlements d’urbanisme. Il faut être patient et négocier avec la direction des monuments historiques, la commune et le caïd. Il faut savoir partager et «diluer» les responsabilités au cas où des contestations surgiraient.
Au-delà des aspects réglementaires et architecturaux, les constructions sauvages et les effondrements d’habitations tuent au Maroc, il y a eu le drame de Bourgogne et ses 23 morts en juillet 2014.
Régulièrement, des maisons s’effondrent et tuent des innocents dans les médinas de Casablanca, Safi ou Fès.
La wilaya et la commune attendent-ils des morts à Tanger avant de faire le travail attendus d’eux par les citoyens et les riverains de la médina et de la casbah?
Des riverains et l’association Al Boughaz que préside l’historien et écrivain Rachid Taferssiti ont d’ores et déjà écrit au wali, au caïd de l’arrondissement et à la direction des monuments historiques.
Du côté des entrepreneurs du bâtiment de Frank Di Biasio, on insiste sur le fait que «la maison était en ruine et qu’elle a été sauvée». Cela se fait visiblement en élevant des murs de brique, en violation de règles d’urbanisme et de voisinage les plus élémentaires.
«Si notre voisin new yorkais voulait une vue sur la mer, il n’avait qu’à s’acheter un appartement sur la baie» insiste avec bon sens une voisine de M. Di Biasio.
Selon les informations que nous avons pu recueillir auprès des riverains, de l’entreprise de construction et de décoration, «M. Di Biasio voulait agrandir sans à avoir à traiter directement avec l’administration mais en faisant le nécessaire si besoin est».

Lorsque les voisins immédiats de M. Di Biasio, Anne et Jean-Marc Auchard sont allés se plaindre du mur de 3 mètres surélevé devant leur terrasse (photo ci-dessus) à la direction des monuments historiques et auprès du caïd de l’arrondissement, on leur a répondu que «s’ils voulaient ajouter un étage à leur maison, on leur donnerait l’autorisation». Médias 24 a pu apprendre ce samedi que le propriétaire américain de la maison serait prêt à abattre le mur trop proche de la maison voisine …
Anne et Jean-Marc, avant d’acheter leur maison sur la place Amrah, avaient obtenu la confirmation que «la zone était bien en R+1» ont-ils confirmé à Médias 24.
Ces cas de violation des règles de l’architecture de la médina et de l’urbanisme dénoncés régulièrement par Rachid Taferssiti et l’association Al Boughaz ne sont que la partie visible de l’iceberg.
Des quartiers de la médina immortalisés par Matisse viennent d’être défigurées a signalé Al Boughaz récemment. Un autre café historique de la ville a été «orientalisé et modernisé» là «où l’architecture de la médina de Tanger est particulière» note Taferssiti.

Une banderole désormais déployée depuis 24 heures sur la place Amrah appelle les habitants à «sauvegarder le patrimoine historique de la médina de Tanger». Dès lundi à nouveau, les riverains marocains et français et l’association Al Boughaz reprendront leur bâton de pèlerin.
Il faut convaincre plus de riverains et la commune du saccage que la médina subit. Dans le silence mais non sans complicités.